Les Verts, une nouvelle donne à gauche ?

C'est pourquoi ils s'y préparent énergiquement en travaillant à un grand rassemblement de la " famille " écologiste allant de la Modem écologiste Corinne Lepage à l'altermondialiste José Bové en passant par les mouvements associatifs et Nicolas Hulot. Leur ambition est de réaliser un score à deux chiffres pour retrouver le niveau historique de 1988 (10,8 %) et l'élan de la campagne de Cohn-Bendit en 1999 (9,72 %). Sur ces élections se joueront donc une bonne partie de leur crédibilité politique avec en perspective les régionales de 2010 et la présidentielle en 2012. Demain se prépare aujourd'hui. Mais le plus nouveau est que ce grand rassemblement, s'il doit aboutir, constituerait une offre politique nouvelle à gauche. Entre l'archaïsme des luttes claniques du PS et le jusqu'au-boutisme radical du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) d'Olivier Besancenot, les Verts pourrait devenir une force autonome de la gauche en brisant la logique des alliances traditionnelles avec le PS. C'est plus facile à dire qu'à faire, et c'est plus facile à faire aux Européennes qu'à faire dans d'autres élections. Car aux Européennes, il n'y a qu'un seul tour de scrutin donc nul besoin de tergiverser en vue des alliances de second tour. Les Verts pourront donc s'autoriser de ne pas être inféodé au PS. C'est facile, pratique mais est-ce que ce sera efficace ?
La question de l'hégémonie politique
En clôture des journées d'été des Verts à Toulouse, le débat entre José Bové et Daniel Cohn-Bendit a lancé la dynamique de ce grand rassemblement. Même si tout le monde semble prêt à des concessions, des difficultés persistent. Nicolas Hulot, dans un message vidéo, a indiqué vouloir soutenir et encourager l'initiative sans y participer directement. Un de ses proches, Jean-Paul Besset, a été sifflé par les militants la veille lors d'un débat. Un élu écologiste explique que Besset " n'existera dans le rassemblement que si Hulot le soutient. Sinon Besset n'existe pas. Personne ne le connaît ". Or, Jean-Paul Besset a réaffirmé que " Nicolas Hulot ne participerait pas à cette aventure. J'y participe sur mon nom propre. " A la question de savoir ce qui pourrait faire capoter ce grand rassemblement, Jean-Paul Besset met en garde contre " l'hégémonie politique. Il faut que ce soit des listes autonomes des partis et des formations politiques. " Le député Verts de Paris, Yves Cochet, fait la même analyse. " Ce n'est pas une aventure des Verts. Ça nous échappe et c'est nouveau. Il faut que les Verts sachent qu'ils n'auront pas la maîtrise politique de cette initiative. " Lors du grand oral de samedi, la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, a déjà répondu favorablement à ces craintes : " Les Verts sont d'accords pour participer à ce grand rassemblement et ne pas dire qu'ils en sont les chefs. "
En revanche, dans les travées des Journées d'été, l'eurodéputé sortant, Alain Lipietz, nous expliquait que le véritable danger se trouvait dans les visions divergentes de l'Europe. Son intuition fut juste vu les échanges entre José Bové et Daniel Cohn-Bendit. Le premier avait appelé à voter non au référendum sur le traité constitutionnel en 2005 tandis Daniel Cohn-Bendit luttait, lui, pour le oui. " Ce n'est un secret pour personne qu'on a pu avoir des divergences. Il est important de les assumer sans invectives " a déclaré hier le leader de la Confédération Paysanne estimant que ce ne doit pas être " les chefs d'états et les technocrates qui fassent l'Europe à notre place ". Daniel Cohn-Bendit lui a rappelé que les chefs d'état étaient " démocratiquement élus. " Malgré tout, Le co-président au Parlement européen a lancé un appel à José Bové : " José, tu as une personnalité que je veux dans le casting ! "

Les Verts, un parti pour Bobos ?
La difficulté pour les Verts sera de convaincre un électorat populaire de gauche. Un élu Vert rappelait qu'un score à deux chiffres aux Européennes " c'est jouable. C'est un vote européen donc plus bobos. " La jeune secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, a répété que le socle commun de ce rassemblement était acquis et qu'il se situait résolument à gauche : " Le libéralisme est incompatible avec une société écologique. " Or, malgré la signature du pacte écologique de Nicolas Hulot par 700 000 personnes et la vivacité du débat sur l'état de la planète, les Verts ont reçu une belle claque aux dernières présidentielles (1,57 %). Dès lors, pour que ce grand rassemblement des écologistes puisse constituer une vraie alternative à gauche, il faudra convaincre ceux dont la préoccupation reste le pouvoir d'achat : les ouvriers, les employés et les salariés précaires. Et donc se défaire un peu de l'image d'un parti boboïsé. Convaincre les classes populaires afin d'être suffisamment fort pour ne pas retourner dans les jupons du PS. Tel est, aussi, l'enjeu de ce grand rassemblement. " On a vocation à être un grand parti qui touche un large public " a affirmé Dominique Voynet lors d'un débat informel de la veille même si l'ex-ministre de l'environnement n'est pas totalement convaincue par ce grand rassemblement. " Rassembler les Verts, c'est pas un petit sujet " a-t-elle martelé. Un Conseil National Interrégional (CNIR) doit valider la démarche de ce rassemblement les 13 et 14 septembre prochains. A l'applaudimètre, les militants adhèrent déjà. Il ne reste plus qu'à séduire le peuple de gauche.
Slim Mazni Photo : Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts en discussion avec le député Vert de Paris, Yves Cochet.

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