Rue 89

Ce que Frédéric Mitterrand a vraiment écrit

Par Rue 89
Posté le 08/10/2009  à 12:56 |  lu 2470 fois |  1 réaction|
Imprimer l'article Suggérer à un ami Agrandir la taille du texte Diminuer la taille du texte
Ce que Frédéric Mitterrand a vraiment écrit

Lundi 5 octobre, sur le plateau de de « Mots croisés » sur France 2, l'eurodéputé verte Corinne Lepage, le député PS André Vallini, le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre et la Frontiste Marine Le Pen débattent des crimes sexuels et de leur récidive.

Et soudain, elle s'énerve, déplorant que le ministre de la Culture ait écrit une apologie du tourisme sexuel dans son roman d'inspiration autobiographique et appelant à sa démission :

"Et cet homme-là est ministre de la culture ! Mais qu'est-ce qu'on va dire aux délinquants sexuels, quand Mitterrand est ministre de la Culture et pose une tache indélébile sur le gouvernement ?" (Voir la vidéo.)

Les passages lus par Marine Le Pen sont effectivement issus de "La mauvaise vie", publié en 2005, mais le résumé et les conclusions qu'en tire la responsable frontiste sont "pour le moins rapides", comme le relève Yves Calvi.

"La mauvaise vie" n'est pas un roman faisant l'apologie du tourisme sexuel. Ça n'en est ni le propos, ni le thème principal. Dans ce texte, Frédéric Mitterrand met en scène les confidences d'un homme fatigué de mentir. Il livre alors ses parts d'ombre : son enfance, son homosexualité, ses amours déçues, sa mélancolie maladive, ses relations sexuelles tarifées…

Les « gosses » ne sont pas des enfants, mais des étudiants

C'est du chapitre « Bird », le surnom d'un garçon rencontré en Thaïlande, que sont extraits les passages incriminés. De quoi est-il question ? Des ses voyages en Asie. Le chapitre s'ouvre sur sa rencontre avec un "garçon". Le mot est répété tout le long du chapitre. "Les garçons" ou "les gosses". Ils sont ainsi décrits :

"J'imaginais Tony Leung à 20 ans (Tony Leung est un acteur hongkongais né en 1958. Dans cette phrase, il faut comprendre “il ressemble à Tony Leung à 20 ans”, ndlr)

La plupart d'entre eux sont jeunes, beaux, apparemment épargnés par la dévastation qu'on pourrait attendre de leur activité. J'apprendrai plus tard qu'ils ne viennent pas tous les soirs, ont une petite amie, sont souvent étudiants et vivent parfois même avec leur famille qui prétend ignorer l'origine de leur gagne-pain."

Il ne s'agit donc pas d'enfants, mais d'étudiants. D'ailleurs, lorsqu'un rabatteur lui propose « young boys, no trouble, very safe", il décline et se fait cette réflexion :

"Je mesure le chemin parcouru par la réputation des Français, depuis le french-lover hollywoodien des années 30 au pédophile planqué des années 2000."

Ce que décrit Frédéric Mitterrand dans ce chapitre, ce sont des errances éthyliques. Tristes. Sordides. Il sait ce que la fréquentation de bars à prostitués a de peu glorieux et l'écrit :

"Contrairement à une assertion généralement colportée il y a peu de ruines sexuelles occidentales parmi le public, la clientèle est en majorité locale, d'âge moyen, bien convenable et sort en bande légèrement arrosée au whisky-coca.

Évidemment j'ai lu ce qu'on a pu écrire sur le commerce des garçons d'ici et vu quantité de films et de reportages ; malgré ma méfiance à l'égard de la duplicité des médias je sais ce qu'il y a de vrai dans leurs enquêtes à sensation ; l'inconscience ou l'âpreté de la plupart des familles, la misère ambiante, le maquereautage généralisé ou crapahutent la pègre et les ripoux, les montagnes de dollars que cela rapporte quand les gosses n'en retirent que des miettes, la drogue qui fait des ravages et les enchaîne, les maladies, les détails sordides de tout ce trafic.

Je m'arrange avec une bonne dose de lâcheté ordinaire, je casse le marché pour étouffer mes scrupules, je me fais des romans, je mets du sentiment partout, je n'arrête pas d'y penser mais cela ne m'empêche pas d'y retourner. Tous ces rituels de foire aux éphèbes, de marché aux esclaves m'excitent énormément. La lumière est moche, la musique tape sur les nerfs, les shows sont sinistres et on pourrait juger qu'un tel spectacle, abominable d'un point de vue moral, est aussi d'une vulgarité repoussante.

Mais il me plaît au-delà du raisonnable. La profusion de garçons très attrayants, et immédiatement disponibles, me met dans un état de désir que je n'ai plus besoin de refréner ou d'occulter. L'argent et le sexe je suis au coeur de mon système, celui qui fonctionne enfin car je sais qu'on ne me refusera pas (…) La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclat ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l'autre (…).

Je sais aussi très bien que tout cela n'est qu'une sinistre farce que je me raconte à moi-même. J'ai beau résister, le mensonge se délite quand je prends l'avion du retour, le réel me remet le nez dans ma merde dès que j'arrive à Paris, le remords m'attrape et ne me lâche plus d'une semelle, rendu furieux par la peur d'avoir failli perdre ma trace."

S'ensuit le récit de sa nuit avec Bird, dont il dit tomber amoureux. Le long du chapitre, il ne sera question que de le retrouver :

"A-t-il deviné que je l'ai vraiment aimé le temps d'un éclair et que j'ai eu tant pitié de lui, de moi, de toute cette histoire qu'il ne m'était pas possible de continuer et de le laisser comme ça dans un tel abandon."

Frédéric Mitterrand a donc bien été un touriste sexuel parmi d'autres à Bangkok. Il raconte aussi d'autres bars, d'autres amours tarifées dans d'autres villes, dont Paris. La prostitution, il en dit qu'elle est "comme une autre sorte d'amour qui circule entre les êtres, malgré tout".

Interrogé à plusieurs reprises dès 2005

Déjà interrogé à ce sujet en 2005, lors de la sortie de son livre, il s'était défendu d'avoir eu des relations avec des petits garçons et s'il reconnaissait des passages "glauques" et "moches", le ministre de la Culture disait avoir voulu un récit de vérité.

Sur les plateaux télés, il admet avoir eu recours au prostitués. A Franz-Olivier Giebert qui lui demande s'il a mauvaise conscience à Bangkok, il répond :

"Ça dépend, c'est pour ça que je ne pouvais pas faire l'économie de ce chapitre, parce que je ne sais pas, et ne sachant pas encore maintenant je pense qu'il est plus honnête de le dire. (…) Si je n'avais pas écrit ce chapitre, j'aurais menti. Et le but de ce livre était de ne pas mentir et de ne pas mentir à moi-même."

Aujourd'hui attaqué par le FN mais aussi par le Parti socialiste - Benoît Hamon s'est dit « choqué » - Frédéric Mitterrand a déclaré que "se faire traîner dans la boue par le Front national est un honneur".

A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89

Ailleurs sur le Web

MitterrandFNLe PenPSHamon
Rue 89
Partager
VOS REACTIONS
1

Finalement, Lyon Capitale comme tous les autres médias, comme l'élite, défend l'indéfendable et tente de justifier l'immoralité. Les propos pédophiles de Mitterand sont pourtant sans ambiguité.

Le décalage entre le peuple et son élite est valable également avc la presse locale.

Je suis dégouté par ces soutiens.
Pauvre France !

Signaler un abus | le 12/10/2009  à 11:43 | Posté par  Edgar  

Il n'est pas possible de poster des commentaires au-delà de 60 jours après la publication de l'article.

This text will be replaced
ARTICLES LES PLUS LUS
Posté le 02/02/2012  |  lu 4772 fois
Posté le 01/02/2012  |  lu 3603 fois
Posté le 26/01/2012  |  lu 2333 fois
Posté le 23/01/2012  |  lu 2251 fois
Posté le 20/01/2012  |  lu 2123 fois
Posté le 10/02/2012  |  lu 2112 fois
Posté le 07/02/2012  |  lu 1917 fois
Présidentielle  |  Ils deviennent fans d'Hollande !
Posté le 24/01/2012  |  lu 1677 fois
Posté le 16/01/2012  |  lu 1676 fois
Posté le 27/01/2012  |  lu 1588 fois
VOS DERNIERS COMMENTAIRES
Que vous le vouliez ou non, simple communauté de projets ou nouvelle collectivité territoriale, il s'agit bien d'un ''zinzin'' de plus avec des dépenses de...
Posté par  Martin de Givors | le 13/02/2012 13:37
Pour qui voter? Mme Belkacem qui se fait inviter par les amis de Ben Ali en pseudo séminaire, ou les voyages à Maurice payé par...
Posté par  M. Pignon de lyon | le 13/02/2012 11:03
@ GRD,Mais ne te laisse pas obnubiler ainsi par la droite : cette circonscription sera représentée avec beaucoup de compétence et d'ardeur à la tâche...
Posté par  Gérard Eloi | le 12/02/2012 20:25
Front National  |  Pourquoi ils votent FN
Pourquoi votent PS ou UMP ? Deux partis, qui depuis 40 ans, à tour de rôle, ont contribué au patakès ambiant ? 40 ans de...
Posté par  dazibao | le 11/02/2012 09:56
On parle beaucoup des parlementaires et des appuis de Paris dans ces histoires de candidatures et de secteurs. Qu'en pensent les principaux concernés : les...
Posté par  Gérard | le 11/02/2012 00:56
@ Populiste, Tu as raison.
Surtout qu'elle est géniale, Mme la Ministre : en une phrase, elle a fait plus que Sarkozy en 5 ans...
Posté par  Gérard Eloi | le 10/02/2012 18:29
Bonjour,
Madame Nachury est une élue d'un des rares arrondissements lyonnais tenus par la droite le 6eme.Cet arrondissement est géré comme les verts le font...
Posté par  populiste | le 10/02/2012 17:54
Front National  |  Pourquoi ils votent FN
La "philosophie chrétienne" ?? ...... elle oublie la jeune fille que la loi de 1905 sur la laïcité a été violemment combattu par la droite...
Posté par  Sophie_Lyon | le 10/02/2012 10:53
Front National  |  Pourquoi ils votent FN
J'ai regardé le doc, franchement entendre autant d'inepsies en 12 mn, c'est dur ! je ne sais même pas s'il faut pleurer ou rire; que...
Posté par  Sophie_Lyon | le 10/02/2012 10:45
@Lyon-olé : sauf que la déontologie d'anonymous justement ce n'est pas de s'attaquer aux journalistes, ni de trafiquer des mails. C'est illégal ? mais wikileaks...
Posté par  bruno | le 08/02/2012 23:23
AU SOMMAIRE DU MENSUEL
RECHERCHE
TRIBUNE LIBRE
LIENS PARTENAIRES