25 ans d'Handicap International : le lobbying, l'arme de l'humanitaire

Par Laurent Burlet
Posté le 06/02/2008  à 00:00 |  lu 4917 fois |  0 réaction|
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25 ans d'Handicap International : le lobbying, l'arme de l'humanitaire

Anniversaire. L'ONG lyonnaise, prix Nobel de la paix en 1997, célèbre ses 25 ans d'existence au service des handicapés.

Au programme, deux jours de conférence pour réfléchir à l'avenir des ONG. En amont des festivités, Lyon Capitale vous explique comment l'association Handicap International s'y prend pour faire signer aux Etats des traités internationaux interdisant certaines armes.

1997: 122 Etats signent le traité d'Ottawa, interdisant les mines anti-personnel. Derrière cette signature hautement diplomatique, une coalition mondiale de 1600 ONG. A leur tête, l'association lyonnaise Handicap International. En 2008, l'ONG s'apprête à faire signer un nouveau traité interdisant, cette fois-ci, les bombes à sous-munitions.

Le volet grand public de ces campagnes, on le connaît : pyramides de chaussures, pétitions, tribunes dans les journaux, appels aux dons,... Nécessaire, cette sensibilisation de l'opinion n'est pas suffisante pour décider les gouvernements à s'engager. Il faut du lobbying. "Handicap maîtrise l'alpha et l'omega de l'exercice, estime le président de l'Association française des conseils en lobbying (l'AFCL), Jean-Christophe Adler. Hyperspécialisée sur son sujet, elle dispose d'une information techniquement, juridiquement, économiquement irréprochable.Surtout, elle a créé un courant d'opinion favorable, en jouant avantageusement sur l'émotionnel. Quand on arrive à émouvoir un politique, c'est plus facile d'être entendu".
Jouer sur l'émotionnel et l'expertise
Partant du constat qu'il fallait non seulement réparer les conséquences des mines antipersonnel mais aussi traiter les causes, l'ONG lyonnaise a décidé en 1992 de mener une campagne mondiale pour interdire ces mines. Restait à inventer la méthode de "plaidoyer". Mise au point au début des années 90, elle a, peu ou prou, été réutilisée à l'identique à partir de 2003 contre les bombes à sous-munitions. Tout d'abord, avant d'aller démarcher les décideurs, Handicap a su construire un argumentaire qui s'appuyait sur 10 ans d'expérience de terrain au contact des personnes handicapées. "On est crédible auprès de l'opinion publique comme des décideurs parce qu'on apporte une expertise et qu'on s'appuie sur une population, les handicapés, que l'on représente", explique Jean-Marc Boivin, responsable de l'action politique et coordinateur du lobbying. L'ONG a ensuite formé une coalition avec d'autres ONG pour démultiplier sa force de conviction. Dans les 70 pays où Handicap est implantée, des membres de l'association, en plus de leurs autres occupations, vont rencontrer les politiques ou les fonctionnaires. Il n'y a qu'à Paris qu'une personne est payée à plein temps pour sensibiliser sénateurs, députés, fonctionnaires des ministères et militaires. Parallèlement, Handicap avance sur le terrain diplomatique. L'idée est de vendre le sujet à un Etat "moral", ni trop puissant, ni trop microscopique. Contre les mines, le choix s'est porté sur le Canada, contre les bombes à sous-munition, la Norvège. "C'est une alliance stratégique : nous avons besoin d'un Etat pour porter notre cause. Cet Etat a besoin des ONG pour créer un courant d'opinion favorable permettant la signature du traité, précise Jean-Marc Boivin". A court terme, ce genre d'alliance permet de financer la campagne. Les trois postes actuels consacré à "l'action politique", basés à Lyon, sont payés par la Norvège. A l'initiative de ces pays et jusqu'à la signature d'un traité, des conférences sont régulièrement organisées sur la question, où siégent les représentants des pays. Handicap est présente aux conférences pour approcher les diplomates et leur apporter les arguments. "On boit un café avec eux, on discute, on crée des groupes de travail". Depuis la signature du premier traité et le prix Nobel, ce travail de lobbying est facilité : la coalition des ONG emmenée par Handicap siège désormais aux côtés des Etats lors des discussions pour interdire les bombes à sous-munitions.
Puisqu'elle s'est montrée efficace, cette "méthode" a été suivie par d'autres ONG. "Handicap est un cas d'école, conclut Henri Rouillé d'Orfeuil, le président de Coordination Sud*. Pour faire adopter le traité sur la Cour pénale internationale, Amnesty International a réussi à fédérer des ONG et à s'appuyer sur un Etat, Trinidad et Tobago".
*Une plateforme de 120 ONG françaises de solidarité internationale. Henri Rouillé d'Orfeuil a publié "Diplomatie non-gouvernementale. Les ONG peuvent-elles changer le monde ?" aux Editions de l'Atelier.

Handicap International en chiffres
200 salariés sont basés au siège lyonnais
4000 salariés et collaborateurs travaillent dans 70 pays
73,7 millions de budget pour 2006
43 millions d'euros proviennent de dons, legs ou partenariats

Un colloque international pour ses 25 ans
400 personnes, 40 nationalités représentées et une floppée de noms prestigieux (Ronnie Brauman de MSF, Lakhdar Brahimi, l'ancien conseiller spécial de Kofi Annan, et Pascal Boniface, le directeur de l'ISIS). Le colloque sur "l'avenir des ONG dans la nouvelle gouvernance mondiale" s'annonce sous les meilleurs hospices pour Handicap International.

Rens : les 12 et 13 février au Centre des Congrès. Inscription : entre 100 et 200 euros. www.hiconference2008.org

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