Polyglottes surdiplômés pour emploi au SMIC

Par Steven Belfils
Posté le 05/05/2010  à 17:39 |  lu 3763 fois |  12 réactions|
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Polyglottes surdiplômés ()
©timdouet

Surqualifiés et pourtant sous-payés. C’est ce que dénoncent les employés de TAI assistance dans le 3e, qui ont fait une grève de deux heures mardi. "Usés", "essorés", ces salariés sont en souffrance. Le moyen d’y remédier selon l’équipe managériale : un concours de gâteaux !

Une cinquantaine de salariés de TAI assistance, filiale d’Axa s’était rassemblée ce mardi 4 mai devant le bâtiment de leur entreprise cours Lafayette dans le 3e. Un groupe de travailleurs à la moyenne d’âge plutôt jeune et aux accents internationaux, qui a décidé de débrayer pendant deux heures en début d’après-midi. Dans le groupe, on retrouve des Italiens, des Hollandais, des Allemands et bien d’autres nationalités. A peine un petit accent peut venir trahir la nationalité de certains. Une sorte de casting de l’Auberge Espagnole, la dimension comique en moins. " Cela fait 10 ans que l’entreprise n’avait pas connu de grève " rapporte Nicole, une salariée.

 Surqualifiés et sous-payés

Chaque employé de cette plateforme d’appel est au minimum parfaitement trilingue. Pour tous, bac+4 ou bac+5. Et pourtant, sur la fiche de salaire, cela ne se voit pas. " Nous sommes considérés ici comme si nous avions juste un bac professionnel " explique Maria Lupo représentante CGT. " Notre salaire est de 1090 euros net " ajoute t-elle. Un salaire qui n’a rien d’astronomique lorsqu’on prend en considération les missions confiées. 7 jours sur 7, jour et nuit, ces agents répondent aux appels de chauffeurs de poids lourds du monde entier, en perdition sur le bas coté de la route. Ils gèrent leur prise en charge et leur dépannage, dans toutes les langues, jonglant sur plusieurs logiciels informatiques et prenant des décisions engageant des sommes d’argent conséquentes (5 000 euros parfois). Ce que revendiquent les salariés, c’est avant tout  une reconnaissance de leurs compétences et de leur formation. Et ceci passe par une augmentation salariale. 

 " Pas une astreinte, du télétravail " 

Outre le salaire brut de base, ce qui pose problème au salariés, c’est la gestion du temps de travail. Huit heures par jour, jusqu’à six jours par semaine, de jour comme de nuit, avec en plus des " astreintes de langue ", qui peuvent se tenir pendant les jours de repos. Si par exemple un employé parle couramment allemand, qu’il est d’astreinte, et que le centre d’appel a besoin de ses services, il est joint par téléphone. A sa charge alors d’assurer de chez lui, plus qu’une simple traduction, toute la gestion du dossier. Ce qui sous entend que, jour comme nuit, de repos ou non, l’agent d’astreinte peut travailler. " Ce n’est pas une astreinte mais du télétravail " estime Maria Lupo. Pour ces astreintes la rémunération forfaitaire brute pour la semaine est de 75 euros. Plusieurs autres employés confient que souvent, ils sont amenés à faire de la traduction au kilomètre, ce qui ne fait pourtant pas partie, disent-ils, de leurs obligations contractuelles.

La solution au mal-être : " un concours de gâteaux "

Mais derrière ces réalités salariales chiffrées, il y a également la souffrance au travail. Une employée témoigne : " On n’ est pas assez nombreux et on gère toujours plus de dossiers. On travaille sous pression toute la journée. On fait comme on peut, mais on se fait hurler dessus par les clients à longueur de temps." Selon les employés, le turn-over est très important et le mois dernier il y aurait eu trois démissions. Nicole, une autre salariée précise : " si on n’en peut plus, qu’on ne veut pas faire quelque chose, la direction nous dit qu’on est pas motivés ". Ils ont tenté, depuis longtemps d’alerter la direction du mal-être ambiant. " La seule solution qu’on nous a proposé pour remonter le moral des troupes en réunion d’équipe managériale,  c’est un concours de gâteau ! " brocarde Maria Lupo.

Deux heures de débrayage et une promesse orale

Si les salariés n’ont, dans un premier temps, pas l’impression d’avoir été entendus, ils savent au moins que leur action a marqué. " C’est la panique là haut ", précise Maria Lupo, qui redescend d’une première entrevue avec la direction. Sur la cinquantaine d’employés qui travaillent sur le « plateau », seuls quelques uns sont restés à leur poste. La situation se fait effectivement tellement pressante que, quelques dizaines de minutes seulement après la sortie des délégués du personnel, Sophie Fauconnier, directrice des ressources humaines, descend chercher les représentants du personnel et les invite à remonter discuter. Le petit cortège reprend le chemin des bureaux. Vingt minutes plus tard, Maria Lupo ressort, sous les applaudissements de ses collègues. Un dialogue semble s’être ouvert. L’espoir d’être entendu, renaît chez les employés. " Ils avaient l’air à l’écoute. Nous avons demandé un salaire de base brut à 1800 euros. Ils vont en étudier la faisabilité ", annonce la déléguée CGT. Pas d’accord ferme donc, mais une promesse orale de rediscuter d’une augmentation à la faveur d’une réunion vendredi 7 mai, à condition de reprendre le travail… Ce qu’attendent maintenant les salariés, c’est l’accord écrit vendredi de l’augmentation de leurs salaires à 1800 euros, ce qui serait un premier signe. En revanche, si tel n’était pas le cas, les employés du centre téléphonique de TAI assistance promettent d’autres actions.

La directrice des ressources humaines, que nous avons sollicitée à plusieurs reprises n’a pas souhaité s’exprimer.

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A lire toujours d'actualité "Souffrance en France" de C Dejours

Signaler un abus | le 06/05/2010  à 09:40 | Posté par  Amicale Lyonnaise  

De l'utilité du travail ... aujourd'hui il faut etre très courageux pour bosser pour 1100E/mois, car il est bien préférable de vivre des différentes aides et d'optimiser le systeme ...

Signaler un abus | le 06/05/2010  à 10:12 | Posté par  stivostine69  

pas courageux, mais fou...

Signaler un abus | le 06/05/2010  à 15:29 | Posté par  ???  

Les chasseurs de têtes par là !

Signaler un abus | le 06/05/2010  à 16:21 | Posté par  jean christophe  

Je lis cet article et je crois rêver!! J'imagine que vous avez déjà saisi l' Inspection du travail??? Il faut en finir avec ce genre de racaille qui se profite des jeunes salariés. Diplômés vous êtes au Smic et vous avez été embauchés pour parler en langues étrangères. Mais la prime de langues étrangères chez vous c'est de combien? ou peut être on vous oblige aussi à travailler avec d'autres langues que celles engagés dans le votre contrat? et sans vous payer la prime???? C'est fou et du jamais vu. Si vos engagements ont été sur deux langues, par exemple l'espagnol et l'allemand (ce qui fait déjà 3 avec le français..) vous ne devez pas faire cadeau à ces gens là, ils doivent bel et bien vous payer une prime. Renseignez vous et bon courage, à votre place diplômé et parlant 3 langues en recevant des appels téléphoniques à longueur de journée vous devriez être payés minimum 2300 eur net. Bon courage à vous tous et tenez bon!! et n'oubliez pas de saisir l'inspection du travail

Signaler un abus | le 06/05/2010  à 18:22 | Posté par  Jean  

Réponse à Jean : il n'existe malheureusement aucune prime de langues dans cette entreprise. Des chargés d'assistance ayant par exemple été recrutés pour parler espagnol ou allemand doivent même ouvrir des dossiers en anglais. La situation s'aggrave de jour en jour, raison pour laquelle la plupart des salariés du plateau ont décidé de réagir, et je les félicite pour leur action.

Signaler un abus | le 06/05/2010  à 19:30 | Posté par  Titi  

Quelques précisions s'imposent à toutes ces affirmations : aucune personne embauchée à bac + 4 ou + 5 parlant plusieurs langues n'est obligée d'accepter de travailler pour 1090 euros /mois. Mais aujourd'hui une entreprise d'assistance qui se bat pour créer des emplois en France ne peut qu'avoir une politique salariale proche des minimas sociaux. La surcharge d'activité engendrée par un nouvau contrat a été obtenue en face d'entreprises d'assistance se situant dans des pays étrangers n'ayant pas un smic horaire équivalent à celui de la France. Ce nouveau contrat génère entre 20 et 30 embauches et nécessite des salariés parlant plusieurs langues mais ne permet pas une politique salariale en adéquation avec ces surdoués.Depuis 10 ans les assistants qui se trouvent sur le plateau effectuent le même travail que demandé aujourd'hui à un certain nombre de nouveaux embauchés ou de plus anciens d'ailleurs. Il est vrai qu'aujourd'hui on peut constater que les conditions de travail se sont énormément dégradées : passage de 6 pauses de 5 mn à deux pauses (sans compter la pause repas); plus de course de chaises roulantes; plus de cigarettes fumées sur le plateau ; plus de musique assourdissante la nuit au détriment des appels ; plus de fêtes organisées avec des personnes extérieures les WE etc ... et oui, ce nouveau contrat demande aux personnes surdouées d'effectuer un travail pour lequel ils acceptent un salaire de base de 1090 euros /mois + majorations le soir et le WE + primes d'astreinte + 13ème mois + participation à l'intéressement + mutuelle + tickets resto + prime de vacances + prime de fin d'année .... oh mon Dieu, quelle horreur !!!!!!

Signaler un abus | le 06/05/2010  à 22:24 | Posté par  Un mari qui a peur pour le travail de sa femme  

OUI QUELLE HORREUR!!! Il y a 10 ans la société ne gérait pas autant de contrats! le flux d'appel n'était certainement pas le même!!! Et les primes, parlons en!!!Des primes soumises a des objectifs irréalisables!!! Je pense que pour écrire ca vous ne connaissez pas nos vraies conditions de travail, la pression est telle que certains n'ont mm plus le temps de prendre leurs pauses repas, on doit être dispo 7/7 accepter des changements de plannings incessants, accepter des missions qui normalement ne font pas parties de nos attributions, et être sous un stress permanent!!! La direction prétend vouloir limiter le turn over mais que fait elle pour cela? Les avantages cités font parti du strict minimum légal! On change constament d'horaires et entre 7h et 22h rien n'est majoré! Et votre femme est elle deja rentré en pleurant??? Car sur le plateau cela arrive tous les jours!!! Vous etes vous déja fait crié dessus pendant 7h? tout en devant gérer 6 ou 7 voir plus de dossiers en même temps? Je pense que ce vous ne comprenait pas c'est que la plupart des personnes tiennent a leur emploi et ne font pas ca par plaisir, si les conditions de travail étaient convenables elles seraient acceptées par tous.

Signaler un abus | le 07/05/2010  à 00:44 | Posté par  Gunter  

En espérant que vos compétences soient reconnues à leurs justes valeurs, je vous souhaite du courage pour militer activement contre ce qui constitue CLAIREMENT un abus et une injustice!

Grégory

Signaler un abus | le 07/05/2010  à 01:06 | Posté par  Grégory  

Dénoncez vos patrons et vos conditions de travail à l'actionnaire AXA, les actionnaires n'aiment jamais le bruit et la mauvaise presse !

Signaler un abus | le 08/05/2010  à 23:59 | Posté par  rebellyon  

Un concours de gâteau, décidement les managers sont soit ironiques soit lamentables, soit les deux...

Signaler un abus | le 09/05/2010  à 19:48 | Posté par  olivier  

Houlà que de méconnaissance !!! un salaire minimum de 2300 euro net : y en a qui rêve : aucun assisteur n'est à ce tarif pour un technicien débutant fût-il polyglotte.

Quant au mari qui a peur pour le travail de sa femme, les sociétés d'assistance recrutent donc si bonbonne perd son taf elle peut toujours venir : mais on en reparlera quand
Dupont La joie devra s'occuper des gamins le soir, et les weeks ends, quand il faudra qu'il court pour aller les récupérer à l'école etc ...

Signaler un abus | le 11/05/2010  à 11:16 | Posté par  belladone  

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