Quand Saint-Fons finançait le PS

Par Terra Paul
Posté le 30/11/2009  à 10:46 |  lu 2915 fois |  10 réactions|
Imprimer l'article Suggérer à un ami Agrandir la taille du texte Diminuer la taille du texte

Affaires. À Saint-Fons, la municipalité socialiste avait mis en place un système permettant de financer l’association Léo Lagrange et indirectement le PS local dans les années 80. Les hommes clés de cette affaire sont morts, mais vingt ans après, cinq prévenus comparaissent devant le tribunal correctionnel de Lyon,toute la semaine, dont le maire actuel de Feyzin, Yves Blein.

Avec le procès de l’affaire de Saint-Fons cette semaine, la justice va statuer sur un système mais aussi sur une époque. Celle des années 1980. Des années “paillettes”, où il fallait briller pour exister dans des médias devenus incontournables. Des années où les campagnes électorales commençait à coûter de plus en plus cher … alors qu’aucun financement public n’était prévu pour les partis politiques. Les petites combines d’hier sont devenues de grands systèmes, à droite comme à gauche. Pour gagner une élection à l’époque, il valait mieux avoir des marchés publiques à négocier… et le moins possible de scrupules. Lorsque la justice s’en est mêlée, quelques élus l’ont payé cher, mais beaucoup sont passés entre les gouttes. Surtout qu’au moment où les affaires éclataient, la loi venait enfin de moraliser la vie politique en offrant un vrai financement public aux partis et aux candidats.

Vingt ans de magouilles
Si l’affaire de Saint-Fons se retrouve devant le tribunal correctionnel de Lyon, c’est parce qu’elle a survécu au temps, aux changements de mœurs et de maires. À Saint-Fons des élus socialistes ont perpétué pendant une grosse vingtaine d’années un système de pompage de l’argent municipal au profit d’une association proche du Parti Socialiste. Le montage financier a été inventé par Franck Serusclat. Un proche de François Mitterrand. Sénateur-maire, il jouissait d’une aura nationale et pesait dans le PS du Rhône. Créée en 1950 par Pierre Mauroy, la fédération Léo Lagrange va devenir, selon des spécialistes des affaires politico-financières, la deuxième mamelle du PS après le système Urba.

La raison est à chercher du côté de Saint-Fons. Une ville paradoxale : ouvrière mais riche. De nombreuses entreprises d’industrie lourde, une partie de la vallée de la chimie, y ont élu domicile. Grâce à la taxe professionnelle, Saint-Fons dispose d’une jolie cagnotte. La municipalité de gauche décide de s’en servir pour faire du social. Un objectif honorable en soi, mais la justice soupçonne des “détournement de fonds, abus de confiance et autres faux et usages de faux”.

Le système s’est installé dans le temps et à aucun moment, il n’apparaît qu’un élu et notamment Yves Montgenot, le successeur de Franck Serusclat à la mairie de Saint-Fons, n’ait un jour songé à l’arrêter. Au mépris des lois et du risque pénal, la tambouille interne a duré.

Un homme de droite allié à un policier

Pour devenir une affaire, il aura fallu que vienne le temps de l’alternance politique. En 2001, Michel Denis, divers droite, est élu maire avec pour programme d’assainir la gestion de la ville. “Je ne pensais pas faire de la politique un jour, mais quand j’ai appris ce qu’il se passait à Saint-Fons, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose“, se rappelle celui qui fera éclater l’affaire. “Tout le monde dans l’agglomération savait ce qui se déroulait à Saint-Fons. Alors l’une de ses premières décisions sera de demander un audit sur l’attribution de subventions“. Et pour le mener à bien, il choisit une pointure : Antoine Gaudino. Un ancien policier, expert de l’investigation financière et qui connaît bien les affaires politiques pour avoir mis sur la place publique l’affaire Urba.

Antoine Gaudino rendra un rapport accablant de 1 000 pages. Il a en partie été repris par la justice. La grosse différence entre les deux documents est liée à la prescription. La justice ne statuera que sur des faits ayant eu lieu de 1998 à 2001. Le rapport de Gaudino remonte, lui, jusqu’aux années 1980. “Les socialistes avaient instauré un système mafieux”, ose même un proche du dossier.

Un an après son élection, en 1966, Franck Serusclat, fonde le Comité pour nos gosses (CPNG). Une association para-municipale qu’il présidera jusqu’en 1991 et qui avait pour but “la défense et l’organisation des conditions de loisirs des enfants de Saint-Fons”. Au fil des ans, le CPNG étendra ses prérogatives aux jeunes et même aux personnes âgées. L’association, qui ne bénéficiait d’aucune convention avec la ville, percevra une subvention annuelle de 13 millions de francs soit un peu moins de la moitié des subventions totales allouées par la municipalité.

Très rapidement, il deviendra difficile de savoir où allait l’argent et ce que faisait le CPNG. Un seul homme connaissait ces réponses : Michel David. Il avait été recruté par Franck Serusclat pour mettre en place le système sur lequel la justice statuera. À Saint-Fons, il a été aussi secrétaire de section du PS et directeur des services. La présidente qui a succédé à Franck Serusclat à la présidence du CPNG, Madeleine Picq, une des cinq prévenus, avouera n’avoir été qu’une femme de paille. Une affirmation d’autant plus facile à tenir que Michel David, vers qui tous les reproches sont tournés, est décédé en 2001. “Seul Michel David maîtrisait le fonctionnement global, élaborait son budget, visait tous les bons de commandes et les factures et délivrait les bons à payer, quand il ne remplissait pas lui-même les chèques”, précise l’ordonnance de renvoi validant ainsi les propos de l’une des cinq prévenus.

La justice n'est revenu que trois ans en arrière ... seulement !

La justice qui ne pouvait revenir que trois ans en arrière a posé son regard sur un certain nombre d’agissements qui permettent de constater le flou qui régnait autour de l’utilisation des fonds du CNPG et de ceux de la municipalité. Dans les faits pointés du doigt, on retrouve la gestion du château de Dolomieu, une structure d’accueil d’enfants dont la ville de Saint-Fons est propriétaire. La municipalité ne veut pas s’en occuper directement et recourt donc en 1994 à une délégation de service public. L’Union Régionale Léo Lagrange (URLL) sera choisie. Un contrat lie les deux parties. La ville s’engage à payer l’URLL 150 francs par enfants accueillis si la barre des 7 000 visites par an est atteinte.

Il est aussi précisé que la commune versera une subvention annuelle d’équilibre d’un montant de 950 000 francs, une clause qui n’apparaissait pas dans l’appel d’offres qui du coup était faussé. Plus étonnant encore, les sommes en question n’ont pas été payées comme convenu par la ville mais par le CNPG alors même qu’aucun contrat ne les liaient. La barre des 7 000 journées n’a jamais été atteinte mais le paiement a lui bien eu lieu. L’URLL dans le cadre de la résidence de Dolomieu a été surfinancé. Des éléments constitutifs de détournements de fonds publics et de recel.

Un autre épisode de l’affaire de Saint-Fons est assez symptomatique d’une gestion pour le moins négligente de l’argent du CPNG. Il concerne Catherine Rannou. Pendant longtemps, cette fonctionnaire a été employée dans différentes associations de la nébuleuse de Saint-Fons. En 1999, elle est rattachée à l’Éducation nationale qui lui paiera son salaire et la mettra à disposition de l’URLL. Mais l’URLL continuera pendant trois ans à facturer son emploi au CNPG. Le tout pour un montant de plus de 300 000 francs annuels.

Le système mis en place était assez complexe. L’URLL s’abritait derrière de nombreuses associations satellites pour récolter l’argent du riche CNPG via des surfacturations de salariés mis à disposition ou des prestations qui n’ont jamais existé ou pas entièrement. Le tout étant approuvé par des membres d’associations siégeant souvent au conseil municipal. Dans sa grande bonté, le CNPG est même allé jusqu’à payer des formations qui ne lui étaient pas destinées.

Derrière tous ces agissements, le financement de la vie politique n’apparaît pas clairement. Le seul destinataire de ces malversations semble être la fédération Léo Lagrange et ses démembrements locaux. “Rhône-Alpes était l’une des seules régions où cette association ne perdait pas d’argent”, précise une source judiciaire. Saint-Fons y a grandement contribué.

Au procès, son secrétaire général national, Yves Blein, comparaîtra comme prévenu. À ses côtés, se trouveront Yves Montgenot- ancien maire de Saint-Fons (1995-2001), qui a expliqué aux enquêteurs avoir seulement perpétué des pratiques existantes - et des hommes et des femmes de paille. “Dans cette affaire, seule la partie émergée de l’iceberg sera jugée”, regrette Michel Denis, maire divers droite de Saint-Fons de 2001 à 2008. En matière politico-financière, la justice ne remonte que sur trois ans. En allant chercher plus loin, c’est un système d’une autre ampleur et avec d’autres responsables qui aurait pu se retrouver devant le tribunal correctionnel de Lyon.

Partager
VOS REACTIONS
10

La prescription de 3 ans doit soulager beaucoup de socialistes...

Pour se "blanchir", tous les protagonistes socialistes accablent Michel David (décédé en 2001) ; les absents ont toujours torts... !
La ficelle est grosse mais hélàs elle va fonctionner!

Signaler un abus | le 30/11/2009  à 12:36 | Posté par  contribuable perplexe  

c'est pas tres beau ces salades socialistes,en plus accuser un mort c'est degueulasse et courageux,la famille devrait réagir

Signaler un abus | le 30/11/2009  à 13:58 | Posté par  lulu  

On parle du passé, mais est-ce vraiment différent quand Gérard Collomb refuse de donner la liste des associations subventionnées par la mairie ? Est-ce différent quand l'objectif fixé en 2007 de plus de 7800 + 4600 employés est la réélection d'un maire ? Est-ce différent quand un journal proche du PS utilise les ressources municipales publiques au service d'une idéologie ? Est-ce vraiment différent quand le parti socialiste et le régime Collomb dispersant un brouillard telle que les finances locales ne sont plus accessibles ?
Le procès d'anciennes pratique des socialistes est certes à faire, mais il faut s'intéresser à ce qui se passe maintenant au lieu d'attendre 20 ans pour tomber des nues....

Signaler un abus | le 30/11/2009  à 14:07 | Posté par  jerome manin  

maintenant avec ce qui c'est passé a saint fons dans les années 80 , collomb a de l'expérience,rires

Signaler un abus | le 30/11/2009  à 14:12 | Posté par  dudule  

les socialios pas tres clairs et ils font la morale
Perquisitions au conseil général des Bouches-du-Rhône et à la communauté urbaine de Marseille

Signaler un abus | le 30/11/2009  à 14:22 | Posté par  sytral  

le point.fr
Selon nos informations, des perquisitions sont menées depuis lundi matin dans les locaux de la communauté urbaine de Marseille ainsi qu'au conseil général des Bouches-du-Rhône, présidé par le socialiste Jean-Noël Guérini.
En avril dernier, une information judiciaire a été ouverte à Marseille sur les attributions de certains marchés publics. La procédure, qui vise le frère de Jean-Noël Guérini, retient notamment les qualifications pénales de "corruption", de "blanchiment d'argent" et de "prise illégale d'intérêt", en plus d'éventuelles "atteintes à l'égalité des candidats dans les marchés", "trafics d'influence" et "détournements de fonds publics".

Selon les informations recueillies par Le Point auprès de sources proches de l'enquête, la procédure ne porterait pas seulement sur des marchés de traitement des déchets, mais aussi notamment sur d'éventuelles fraudes dans les agréments délivrés aux maisons de retraite. Plusieurs de ces délits ne peuvent être reprochés qu'à des élus ou à des personnes exerçant une fonction publique - ce qui n'est pas le cas d'Alexandre Guérini.

Contre-attaque surprenante

Comme lepoint.fr l'a révélé, Jean-Noël Guérini a fait adopter vendredi par sa majorité une disposition l'autorisant à engager des poursuites contre certains médias. Cette décision lui permet d'intenter au nom - et aux frais - de la collectivité qu'il préside des actions en diffamation contre les organes de presse qui ont évoqué l'affaire visant son frère, l'homme d'affaires Alexandre Guérini. Ce dernier a, en effet, été l'objet d'une série de perquisitions conduites la semaine dernière par les gendarmes de la section de recherches de Marseille. Le texte a été adopté par la majorité de gauche. Les élus de droite, minoritaires au sein de l'assemblée départementale, ont refusé de prendre part au vote.
Une contre-attaque surprenante dans la mesure où le département des Bouches-du-Rhône n'a pas été mis en cause par les médias : l'essentiel des informations publiées évoquaient, au contraire, les marchés de la communauté urbaine de Marseille.

 

Signaler un abus | le 30/11/2009  à 14:27 | Posté par  sytral  

sont ringards ces soces ils changent pas
À Marseille, l'enquête judiciaire évoque des soupçons de corruption et de blanchiment

Signaler un abus | le 30/11/2009  à 14:32 | Posté par  sytral  

queyranne fait moi voir tes comptes (ptdrrrrrr)apres ce qui se passe a marseille il faut etre vigilant riress

Signaler un abus | le 30/11/2009  à 14:57 | Posté par  dudule  

Quel objectivité Lyon Capitale... J'en suis impressionné, je ne pensais pas qu'un journal se positionnerait ainsi, à se demander pourquoi un procès est nécessaire étant donné que vous avez déjà tous les éléments nécessaires.

Au passage, votre éloge de M.Gaudino m'a bien fait rire. je cite " une pointure : Antoine Gaudino. Un ancien policier, expert de l’investigation financière et qui connaît bien les affaires politiques pour avoir mis sur la place publique l’affaire Urba. "
Une pointure ? Je ne crois pas qu'il soit expert comptable ou qu'il ne possède un quelconque diplôme mettant en avant ses qualités quant à ce domaine. Oui, il y a Urba, mais c'est tout, autant laisser des vrais personnes compétentes faire ce travail.

Signaler un abus | le 02/12/2009  à 19:35 | Posté par  Fumble  

Dans ce cas tu t'es sans doutes déjà posé la question de pourquoi personne n'arrive à donner un montant précis quant à ses supposés détournements. On parle parfois de plusieurs dizaines de millions, comme de deux millions.
Et puis bonjour l'argument " ils sont tellement cons ". C'est sûr que tu dois certainement bien les connaître, avec ce genre de jugement hâtif sans fondement, je ne doute pas de ton ouverture d'esprit.

Le fait d'être expert comptable donne tout d'abord une certaine crédibilité, et doit certainement aider pour ce genre de chose. Mais bon vu tes arguments, il faut croire que n'importe qui peut remplir ce travail.

Signaler un abus | le 02/12/2009  à 23:05 | Posté par  Fumble  

Il n'est pas possible de poster des commentaires au-delà de 60 jours après la publication de l'article.

This text will be replaced
ARTICLES LES PLUS LUS
Posté le 23/01/2012  |  lu 21071 fois
Posté le 25/01/2012  |  lu 8010 fois
Posté le 06/02/2012  |  lu 6211 fois
Posté le 27/01/2012  |  lu 5613 fois
Posté le 18/01/2012  |  lu 4420 fois
Posté le 18/01/2012  |  lu 4124 fois
Posté le 20/01/2012  |  lu 4013 fois
Posté le 26/01/2012  |  lu 3202 fois
Posté le 30/01/2012  |  lu 3132 fois
Météo  |  Neige et froid arrivent
Posté le 30/01/2012  |  lu 3023 fois
VOS DERNIERS COMMENTAIRES
@eilage
C'est d'abord la faute de Michel Noir, notre regretté maire, qui a lancé dans les années 90 le projet de restructuration des HCL.
Puis,...
Posté par  patriceB | le 12/02/2012 18:00
Comme tout les ans au travail le tuyau d'eau éclate et chez moi les radiateurs éléctriques et à gaz sont de sortie. Pour moi rien...
Posté par  brahma7777777 | le 11/02/2012 10:21
alors mr le petit baron local, champion du karaoke
Racontez nous un peu comment sont les plages tunisiennes .... drôle cette discrétion autour de ce...
Posté par  PERHAPS | le 10/02/2012 17:51
La réception devrait se trouver dans le Grand Dôme, qui restera cependant un espace ouvert aux Lyonnais.Sa majesté est trop bonne ! les gueux pourront...
Posté par  Sophie_Lyon | le 10/02/2012 11:02
Comme PERHAPS, encore merci !
Posté par  lyonnais | le 09/02/2012 19:19
BRAVO !
et merci de ne pas être les godillots du baron local comme bon nombre de vos collègues On vous a élus, et vous avez...
Posté par  PERHAPS | le 09/02/2012 19:02
Bien qu'étant proche de la majorité gouvernementale actuelle je considère la décision de ne pas retenir l'université de LYON - SAINT ETIENNE comme une grande...
Posté par  bernardin | le 09/02/2012 12:00
Qui peut croire et oser dire que notre pays, est toujours une démocratie ?Encore une fois, le ps et l'ump se sont entendus pour cacher...
Posté par  Yvan, de Lyon | le 06/02/2012 15:59
Pfff,mais c'est dingue, on se croirait dans les années 1970, à ne penser qu'à grand coup de bagnoles et de béton. Le secteur entre Lyon...
Posté par  DD | le 06/02/2012 15:37
Génial, la Démocratie confisquée ! les citoyens n'ont pas le droit de savoir, nous sommes trop immatures. pendant ce temps là les petits arrangements entre...
Posté par  Sophie_Lyon | le 06/02/2012 13:11
AU SOMMAIRE DU MENSUEL
RECHERCHE
TRIBUNE LIBRE
LIENS PARTENAIRES