Mai 68, Philippe Faure : "J'en suis sorti avec une grande tristesse"

Par Anne-Caroline Jambaud
Posté le 10/04/2008  à 00:02 |  lu 3559 fois |  Réagissez|
Imprimer l'article Suggérer à un ami Agrandir la taille du texte Diminuer la taille du texte
Mai 68, Philippe Faure : "J'en suis sorti avec une grande tristesse"

Rétrospectivement, Philippe Faure, directeur du théâtre de la Croix-Rousse, porte un regard triste et amer sur son année de vie en communauté, en 1968-1969 : les idéaux n'ont pas résisté à la réalité.



En mai 68, j'avais 17 ans, j'avais quitté l'école et c'était les derniers mois de ma mère qui souffrait depuis plusieurs années d'un cancer. J'étais parti vivre en communauté à Caluire, montée des Forts, au-dessus de l'Ile Barbe. On était une douzaine, ça mélangeait des ouvriers - cheminots, électro-mécanicien -, des glandeurs, des intellos, que des gens là un peu par hasard. Il y avait un étudiant en histoire ; pour moi, c'était le gourou, il théorisait un peu, il nous donnait de l'énergie. Il y avait très peu de filles (...) pas de drogue, pas d'alcool. Peu de sexe : les nanas, elles étaient toutes pour le gourou ! J'ai vécu mai 68 à l'intérieur de cette communauté, de manière intime ; on avait peu de contacts avec l'extérieur. On faisait parfois des incursions dans les manifs aux Cordeliers mais notre révolution, on la faisait chez nous. Je crois ce n'était possible que parce que c'était mai 68 autour : presque de manière inconsciente, on mettait en pratique les slogans de mai 68, du style "inventez votre propre vie". Il y avait plein de gens qui passaient ; il y avait une liberté de circulation incroyable ; on ne disait pas ce qu'on faisait dans la vie ; aucun endroit n'était réservé ; il y avait une formidable chaleur humaine. Il y avait plein d'autres communautés à Lyon et on se rencontrait souvent. On parlait des nuits entières, on écoutait de la musique anglaise, on me passait des livres... J'ai passé un an dans cette communauté puis je suis parti pour faire du théâtre. Mais finalement, je suis sorti de mai 68 avec une grande tristesse, le sentiment que collectivement, c'est très difficile de mettre des rêves en pratique. Il y a ceux qui créent le rêve et ceux, toujours les mêmes, qui achètent à bouffer pour ceux qui créent le rêve. Il y a ceux qui ont pris ça pour un simple espace de liberté et ceux qui y ont cru vraiment. On a tous rêvé un utopie égalitaire mais les plus forts, les plus malins, ont confisqué le pouvoir et les autres sont restés sur le carreau. Les révolutions, c'est fait pour les plus forts, jamais pour les plus faibles. Le mec qui se tapait toutes les nanas et s'est fait refaire sa maison à l'œil par les membres de la communauté, c'est celui qui s'en est le mieux sorti. Les autres, ceux qui faisaient tourner la communauté, ne se sont pas bien remis de leurs rêves ; ils se sont donné à une cause qui ne les a pas récompensés ; ils se sont fait baiser. J'en revois parfois, à la Croix-Rousse, qui ont participé à des communautés à ce moment-là. Certains sont devenus des pauvres types, avec un sentiment de trahison. Ils croyaient vraiment que le monde allait changer alors que les plus modestes sont encore plus modestes et les plus malins ont su rebondir. Avec le recul, c'était une expérience très triste."

FaureMai 68témoignage
0 commentaire

Il n'est pas possible de poster des commentaires au-delà de 60 jours après la publication de l'article.

ARTICLES LES PLUS COMMENTÉS
VOS DERNIERS COMMENTAIRES
"autoproclamé" Tout est dit. N'y aurait-il pas mieux à faire culturellement avec les subsides publiques qu'un Nième entre-soi municipal ?
Posté par  jerome manin | le 14/05/2012 19:07
Une équipe de super héros que le public aime déjà, des acteurs biens choisis, de l'humour, de l'action.. la mayonnaise prend ! Ajouté à cela...
Posté par  putoisblogueur | le 29/04/2012 17:23
Esprit critique  |  Hip-hop à la russe
Perso, je vais danser dans un super festival à la Croix-Rousse : Funambals.
Il y a deux gros bals folk ce soir et samedi....
Posté par  guidoline | le 30/03/2012 17:13
Je suis allée à l'avant première hier soir : j'ai aimé.
Si vous aimez l'humour d'Alain Chabas et de jamel, vous allez rigoler. Allez-y !...
Posté par  clairette | le 07/03/2012 22:10
Esprit critique  |  La faiblesse du poignet
Beau papier, venant qui plus est d'un arracheur de tibia notoire! Hornby et Pourriol, what else?
Posté par  drazen | le 29/01/2012 19:25
200 M.d'années hystériques après le big bang ?
Devinette
qu'est-ce?
une nouvelle aventure dans l'espace temps.Point barre
Posté par  un bon bateau | le 08/01/2012 14:06
Bien le comment alors buongiorno Bella comme dirait woody allen
Posté par  un bon bateau | le 08/01/2012 13:59
Et suivez le conseil d'une star tous les jours !
Posté par  conseilsdestars.com | le 07/01/2012 11:07
J'aime et Happy Endings et How I Met Your Mother. Attention toutefois, la première met deux ou trois épisodes avant de devenir vraiment plaisante. Dans...
Posté par  romain blachier | le 02/01/2012 20:16
Profitons en pour revoir "Vol au dessus d'un nid de coucou" de Milos Forman !
Posté par  putoisblogueur | le 09/12/2011 16:55
AU SOMMAIRE DU MENSUEL
RECHERCHE