Lyon : une table ronde émue pour les 30 ans du procès Barbie


Par Julie Mermet
Publié le 12/05/2017  à 17:14
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Ce jeudi 11 mai, la ville de Lyon commémorait les 30 ans du procès de l’ancien SS et membre du parti nazi Klaus Barbie. 300 personnes étaient réunies autour des représentants de la justice, d’un psychiatre et des époux Klarsfeld, acteurs majeurs de ce procès historique. 

Table ronde pour les 30 ans du procès Klaus Barbie à Lyon
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Table ronde pour les 30 ans du procès Klaus Barbie à Lyon

La salle de l’Hôtel de Ville de Lyon était comble ce jeudi 11 mai pour la commémoration des 30 ans du procès pour "crimes contre l'humanité" de Klaus Barbie, ancien chef de la Gestapo de Lyon entre 1942 et 1944. Un public plutôt âgé comptait des anciens combattants, des personnalités emblématiques du procès ainsi que trois rescapés de la Shoah. En attendant que les intervenants s’expriment, les spectateurs feuilletaient, émus, les portraits dessinés des 44 enfants d’Izieu et de leurs sept éducateurs, déportés à Auschwitz en 1943.

"Personne n’est sorti indemne de ce procès"

Lorsqu’il pénètre en 1987 dans la "salle des pas perdus" du Palais de Justice de Lyon, André Cerdini, alors président de la Cour d’Assises du Rhône, décrit "une entrée dans l’arène". Les 37 jours d’audiences qui ont suivi ont marqué les esprits des intervenants. Pour Paul-Richard Zelmati, l’un des 39 avocats des parties civiles, "personne n’est sorti indemne de ce procès". Une affaire historique qui, selon André Cerdini, a subi un "basculement", lorsque le surnommé "boucher de Lyon" a décidé de ne plus comparaître en audience. "Quand les victimes ont témoigné pour la première fois sans Barbie, elles ont sauté sur leur colère" témoigne la première jurée Christiane Levrat, émue. "On voyait les familles qui écoutaient ce qu’avaient vécu leurs proches pour la première fois, et qui s’effondraient", ajoute-t-elle. "J’ai été ébranlé par les témoignages des femmes" confesse à son tour l’ex-président de la Cour, acquiescé par ses confrères. Quant à Alain Jakubowicz, avocat des parties civiles, il a été frappé par "les yeux" de Klaus Barbie. "On comprend qu’une fois confronté à ce regard-là, on ne peut jamais l’oublier". 

Le profil psychiatrique d’un "monstre"

Jacques Védrinne était l’un des psychiatres de Klaus Barbie pendant son procès. "Il m’a fallu une préparation psychologique importante avant de me confronter à lui", confie-t-il. "Il fallait atteindre des conditions d’objectivité optimales, en mettant de côté l’idée du monstre, du boucher". Lors du premier examen de Klaus Barbie, un homologue de M. Védrinne avait évoqué le deuil de ses parents, de son frère et de son fils. "Et il a pleuré", affirme le psychiatre, avant d’interpeller la salle, stoïque. "Vous imaginez ce monstre pleurer ?". Devant une audience studieuse et stupéfaite, Jacques Védrinne laisse échapper une anecdote. "Quelques jours après, Klaus Barbie s’est plaint d’un entretien brutal, avec des méthodes ‘pires que policières’". Le public esquisse un sourire d’ironie. "Lors de notre seconde rencontre, il m’a confié que mon confrère avait agi comme s’il le considérait comme un criminel". La salle rit alors de plus belle.

"Le procès Barbie, c’est le vaccin contre le négationnisme"

Alain Jakubowicz aborde le sujet du "devoir de mémoire". Pour l’avocat, "un procès pour crime contre l’humanité, ce n’est pas un procès pour les juifs ou pour les anciens combattants. Mais pour ceux qui viennent après", affirme-t-il d’un ton engagé. Il estime qu’il faut "concerner les jeunes générations". "Il reste aujourd’hui une poignée de malades mentaux. Mais le procès Barbie, c’est le vaccin contre le négationnisme" clame-t-il alors, en haussant la voix. Pour Serge Klarsfeld, représentant des familles des enfants d’Izieu en 1987 et principal artisan du retour de l’officier nazi en France, le procès de Klaus Barbie a été "exemplaire". "La justice française a montré un visage remarquable", ajoute l’ancien avocat. Il remercie par ailleurs "ceux qui ont voté contre les extrémistes le 7 mai", avant de quitter la salle avec son épouse, la militante antinazie Beate Klarsfeld.

À 19h30, la table ronde se termine face à un public sensible et attentif. Trois rescapés de la Shoah sont appelés à se lever, et suscitent un tonnerre d’applaudissements. L’assemblée se dresse, et certains sortent discrètement les mouchoirs. Après un instant de silence, la salle de l’Hôtel de Ville désemplit. Chacun revient au réel après ce voyage dans le temps, trente en arrière. 

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