Bourgogne : des citoyens défient la multinationale Harsco Minerals


Par Daphné Gastaldi
Publié le 18/12/2015  à 18:35
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Depuis 2009, la multinationale Harsco Minerals France recycle le crassier sidérurgique de Sauvigny-les-Bois (Bourgogne), pour en extraire des métaux onéreux. Mais cette activité génère des nuages de poussières sur la commune limitrophe d’Imphy. Inquiets pour leur santé, les riverains comptent lancer une procédure, avec un ténor du barreau de Paris. 

Alexandre Chignard ()
© Hugo Ribes / Item
Alexandre Chignard du collectif Stop Pollutions

Place du Pont de Loire, à Imphy. D’immenses tas gris signalent la présence du crassier près du cours d’eau, en bordure de la ville et de la zone protégée Natura 2000. Depuis sept ans, ces déchets  issus de la fusion d’aciers inoxydables sont en partie recyclés  par la firme nord-américaine Harsco Minerals qui en extrait des métaux à forte valeur marchande. Une façon de « transformer la poussière en or ».  Du matin au soir, un ballet de camions passe sous les fenêtres des riverains, dans un nuage de fine poussière blanche qui s’accroche aux pneus des voitures et aux vitres. Les voisins guettent le trafic, avec des jumelles parfois, inquiets face aux retombées de particules dans leur jardin, surtout en période sèche.

C’est ici, dans la Nièvre, que sont traités les laitiers issus des acieries, une matière de recouvrement utilisée lors de la fonte du métal contenant de la chaux, de la silice ou encore de l’oxyde de chrome. Depuis son implantation, Harsco Minerals France a d’abord évacué le crassier historique d’Imphy grâce à un procédé humide unique en Europe, et s’attaque désormais aux nouveaux laitiers en provenance d’Aperam, l’aciérie de la ville détenue à plus de 40% par la famille Mittal, mais aussi des usines d’Ancizes-Comps (Puy-de-Dôme) et de Feurs (Loire). En tout, ce sont près de 600 000 tonnes qui ont été broyées et filtrées sur place.

L’omerta à Imphy

Face à l’entrée du site, une famille vit les fenêtres fermées depuis que ce terril est en activité. Leurs trois enfants en bas âges ont de graves problèmes respiratoires. « Ils font des surinfections bronchiques récidivantes et de l’asthme. Même le bébé était sous ventoline à 6 mois alors qu’il n’y a aucun antécédent dans la famille», déplore le jeune père de famille, Alexandre Chignard. Comme lui, dix-sept autres personnes ont rejoint le collectif de riverains Stop Pollutions, créé au printemps dernier. Fer de lance de ce combat, Roger Martin est un ancien employé de l’usine Aperam où il  a travaillé pendant 32 ans. « Je fais des pneumonies et ma femme a des problèmes de thyroïde. Et je connais bien la composition des laitiers. Dans le crassier historique, ils ont déversé de l’amiante, des PCB et des acides.  Il y a forcément eu de l’amiante dans l’air quand ils l’ont traité. Mais c’est l’omerta ! », s’inquiète  Roger Martin en montrant le monticule de poussières grises retenues dans le système de ventilation de sa maison. Interrogé, le maire de Sauvigny-les-Bois, Alain Lecour semble éviter le problème : « Tout est contaminé, et alors ? On arrête tout ?  Il y a 20 personnes qui travaillent sur le site. Moi aussi, je suis exposé. Quand il y a de la poussière, j’appelle le directeur pour savoir ce qu' il se passe, et puis voilà », lance-t-il, résigné, avant de faire demi-tour.

Soutenu par l’association environnementale DECAVIPEC, le collectif Stop Pollutions récolte des documents pour dénoncer l’envol de poussières et le potentiel risque sanitaire. Danièle Auclin, la présidente de DECAVIPEC, a dû réclamer pendant des mois les mesures de retombées de poussières effectuées en 2012 et en 2015 à la préfecture de Nevers. « Le préfet craint que les résultats affolent inutilement la population, mais on est déjà affolé ! », rétorque-t-elle.  « ll y a une opacité incroyable dans cette affaire», constate leur avocat Maître François Lafforgue, défenseur des victimes de l’amiante et des phytovictimes, qui s’est illustré dernièrement dans le procès historique d’un agriculteur contre Monsanto.

« Il y a des métaux lourds »

Imphy ()
© Hugo Ribes/Item
Poussière grise en provenance du site Harsco Minerals

En exclusivité, Lyon Capitale a pu consulter les derniers relevés de poussières réalisés entre juin et juillet 2015 à Imphy, qui prouvent que le crassier est chargé de métaux lourds comme le chrome VI, le plomb ou le nickel. La Direction régionale de l’environnement, de l’Aménagement et du logement (DREAL) reconnaît la présence de produits dans ces poussières mais ne peut  conclure à un risque sanitaire avant de réaliser d’autres analyses autour des maisons.  « Il y a des métaux lourds, mais il n’y a pas de fibres d’amiante sur les mesures de 2015», explique le chef de service Gilles Roux. Et d’ajouter rapidement : « Il n’y a pas de normes en France sur les retombées de poussières, on ne sait pas vraiment. Harsco a peut-être fait des bêtises et, dans ce cas, ils iront devant la justice. En attendant, ils ont nettoyé le tas historique. Si ça n’avait pas été fait,  ça se serait infiltré dans les terres et les nappes phréatiques ». Lors des dernières inspections de la DREAL, des non-conformités ont pourtant été relevées dont une importante : l’entreprise Harsco Minerals n’a pas effectué les mesures de retombées de poussières deux fois par an comme l’imposait l’arrêté préfectoral du 26 août 2009, et malgré les mises en demeures de l’administration. Face aux plaintes des riverains, la préfecture prévoit d'effectuer d’autres analyses en plaçant des jauges Owen, un instrument de mesure, autour des habitations en 2016.

Las d’attendre, l’association DECAVIPEC et le collectif de riverains Stop pollutions envisagent une procédure pénale. Après une réunion publique avec Maître Lafforgue, ces citoyens ont décidé d’utiliser la plateforme de financement participatif Citizencase pour payer les honoraires. D’ici février, le collectif espère récolter ainsi près de 7000 euros pour être en mesure d’affronter la multinationale. Contacté, le directeur du site d’Harsco Minerals France, lui,  a refusé de répondre à nos questions.

 

Lien vers la collecte pour le procès de  « Le ballet infernal »

 

 

 

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Vos réactions
1 commentaire

C'est dommage, les bons sujets et les bons articles, tout le monde s'en fout.
Et ce n'est pas repris par le reste de la presse, car chaque média se croit plus intelligent que l'autre et ne veut pas "faire de la pub" aux autres...
A moins que ce soit pour protéger les "éternels" intérêts financiers : de l'emploi, de la ville, de l'entreprise, etc... ?

Signaler un abus | le 24/12/2015  à 11:21 | Posté par  Abolition_de_la_monnaie  

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