Départ de l'UTMB 2017 © Alexandre Girbal
Départ de l’UTMB 2017 © Alexandre Girbal

“L’UTMB est un événement à la pointe en matière de santé dans le monde”

Entretien avec Pierre Sallet, docteur en physiologie, membre de la commission médicale de l'UTMB et président d'Athletes for Transparency, une association qui milite pour l'éthique dans le sport.

Quelle est la réalité du dopage dans l'ultratrail ?

Pierre Sallet : C'est un vaste sujet. Pour vous donner une image, le dopage est une sorte de fusée à trois étages. Le premier étage regroupe l'ensemble des médicaments qui devraient être inscrits sur la liste des interdictions de l'Agence mondiale antidopage mais qui ne le sont pas. Pourquoi ? C'est une vraie question... Le résultat est que des athlètes prennent ces médicaments, comme l'ibuprofène, le tramadol (…), non pas pour se soigner, mais pour améliorer leurs performances. Si vous prenez de l'ibuprofène lors d'une compétition de tir à l'arc, ce n'est pas sûr que ça pose un problème pour la santé de l'athlète, encore moins que ça dope les performances. En revanche, en ultratrail, cette substance peut à la fois améliorer les performances de l'athlète et générer de très sérieux problèmes de santé, comme des atteintes rénales sévères. Sur l'UTMB ou d'autres ultratrails, de nombreux coureurs prennent un ibuprofène au départ de la course, peut-être pour lutter contre un mal de tête, et finissent par en prendre toutes les deux ou trois heures parce que ça aide à tenir. C'est tout le problème de l'automédication, avec les risques que cela comporte.

Le deuxième étage de la fusée, ce sont tous les médicaments inscrits sur la liste des interdictions, mais que les athlètes peuvent utiliser, avec une autorisation d'usage à des fins thérapeutiques (AUT). C'est notamment le cas des corticoïdes. Ce sont des hormones naturellement sécrétées par l'organisme mais on les connaît surtout sous forme de médicaments anti-inflammatoires puissants, utilisables pour de nombreuses pathologies. Il s'agit simplement par exemple de justifier d'une tendinite récalcitrante pour se voir prescrire des corticoïdes et faire une demande d'AUT. Là, l'athlète est dans les clous, car il a obtenu son autorisation d'usage. Les corticoïdes permettent de reculer le seuil de la douleur. Le danger, c’est la combinaison des corticoïdes avec la déshydratation, qui peut provoquer une insuffisance rénale aiguë.

Pour vous, les corticoïdes devraient être interdits en permanence ?

Oui. Ma position est que si vous prenez des corticoïdes, c’est que vous êtes malade, donc que vous devez vous soigner. Dans le cadre du programme Quartz mis en place par l'Itra [International Trail Running Association] dans le trail-running, qui vise à protéger la santé des coureurs et à contribuer à un sport sans dopage, un coureur est autorisé à courir seulement sept jours après la dernière prise d'un corticoïde.

Pour finir, le troisième étage de la fusée concerne les substances interdites type EPO ou hormones de croissance. Là, contrairement aux deux premiers étages, nous sommes clairement dans une infraction au règlement de la lutte antidopage.

Peut-on quantifier ces cas de triche en ultratrail ?

C’est très difficile. Ce que je peux vous dire, c'est que nous cherchons à quantifier avec la fondation Ultra Sports Science l'automédication (doses utilisées, types de substances), mais il est vrai qu'il est encore facile de voir de nombreux coureurs prendre des cachets seuls, sans avis médical, pendant la course. Nous pensons que l'origine des malaises sévères qui se produisent pendant une course d'ultratrail peuvent être dus à la prise de cachets. On est en train de s'en rendre compte. C'est très massif, on ne pensait pas que c'était autant. En 2015, l'Équatorien Gonzalo Calisto, 5e de l'UTMB, a été suspendu à la suite d'un contrôle antidopage positif à l'EPO effectué à Chamonix, à l'arrivée de la course, sur la base de renseignements que nous avions fournis grâce au programme Quartz. Mais les cas de dopage sont encore très rares.

Quelle est la position de l'UTMB sur cette question du dopage ?

En matière de politique de santé, l'UTMB est un événement à la pointe au niveau mondial. C'est un laboratoire depuis 2008, où l'on expérimente de nouvelles procédures pour protéger la santé des athlètes et contribuer à la lutte antidopage. Cette année, environ deux cents athlètes d'élite vont participer à une sorte de circuit spécifique dans lequel, trente jours avant la course, ils vont envoyer des échantillons capillaires et/ou sanguins et/ou urinaires de chez eux, en parallèle à des contrôles le jour de la course. Ce protocole permettra de déterminer le profil des athlètes, qui peut prendre quatre formes.

Soit le profil est normal, soit le profil est atypique – c'est le cas d'athlètes que nous testons pour la première fois avec des valeurs en dehors des normes de laboratoire. Soit le profil montre une maladie potentielle. Soit, enfin, il s'agit de profils anormaux, en relation probablement avec du dopage. Face à ces deux derniers profils, une commission médicale se réunit. Mais on ne parle que de la santé de l'athlète.

Cette année, et c'est une première mondiale, tous les athlètes engagés sur l'UTMB vont pouvoir compléter un espace santé où ils vont indiquer les médicaments qu'ils prennent, leurs antécédents médicaux, etc. Cela permettra aux soigneurs sur la course de connaître en temps réel tous les antécédents médicaux des athlètes – pour ceux qui les auront déclarés. Le jour de la course, cet espace peut vous sauver la vie, en permettant aux équipes médicales d'accéder à vos informations (groupe sanguin, maladies chroniques, allergies, médicaments pris...) et d'adapter la prise en charge en conséquence.

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