Pierric Chalvin, directeur général d'Unitex
Pierric Chalvin, directeur général d’Unitex @Antoine Merlet
Article payant

"Nous sommes devenus complètement sino-dépendants" (Pierric Chalvin, porte-parole du textile en Auvergne-Rhône-Alpes)

Délégué général depuis 12 ans d’Unitex, la plus importante organisation professionnelle régionale textile de France, Pierric Chalvin sait que l’avenir passera, comme dans d’autres filières, par une souveraineté française, "indispensable".


17 000 emplois et 3,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le textile rhonalpin, autant dire qu’il l’a dans la peau. Mais pas n’importe quel textile. L’autochtone, celui qui est fabriqué par les 580 entreprises régionales. Tout sauf une mince affaire, quand on sait que la France importe 75 % de ses vêtements. Si la crise lui a donné du fil à retordre, Pierric Chalvin sait que l’avenir passera, comme dans d’autres filières, par une souveraineté française, “indispensable”. Et quand les collectivités ou certains services de l’État filent du mauvais coton, comme lorsqu’ils demandent de produire des masques alors que le marché est inondé de produits asiatiques à bas prix, il n’hésite pas à hausser le ton. Pierric Chalvin n'est pas du genre à filer en douce.

Note aux lecteurs : Article paru dans le numéro papier de Lyon capitale de juillet-août 2021.

Pierric Chalvin, directeur général d'Unitex Pierric Chalvin, directeur général d'Unitex
@Antoine Merlet

Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?
Pierric Chalvin : Non si l’on entend par grande gueule celui qui donne son avis sur tout, qui s’oppose par principe à tout. Oui s’il s’agit d’alerter et d’attirer l’attention sur certains sujets.

Quel est votre dernier coup de gueule ?
Le plus notoire est celui des masques, évidemment. Le 17 mars 2020, au début du confinement, aucun masque en tissu n’était produit en France. En mai, mille entreprises du textile et de l’habillement fabriquaient chaque jour plus de six millions de masques en tissu. La mobilisation a été extraordinaire, d’ailleurs largement incitée par l’État.

Vous n’êtes donc pas en colère ?
Le problème, c’est que deux mois et demi plus tard, un certain nombre de commandes ont cessé du jour au lendemain. Certains engagements pris n’ont pas été tenus et des entreprises se sont retrouvées avec des stocks monstrueux sur les bras. On parlait alors de 3 millions de masques finis et du tissu pour en fabriquer 19 millions. Des sociétés ont dû licencier en raison de cette surproduction.

De quels engagements parlez-vous ?
Quand vous avez des pouvoirs publics qui, chaque jour, vous appellent en vous disant qu’il faut produire plus et renforcer les capacités de production car le pays en a besoin, puis que, derrière, certaines collectivités ou des services de l’État vous disent : “Bon finalement, on n’en a plus besoin” parce que les importations de produits asiatiques déferlent en France et que le marché est saturé de masques chinois jetables à bas coût, comprenez que c’est difficilement compréhensible.





“Méfions-nous des appels d’offres publics remportés par des entreprises ayant leur siège social en France mais qui, en fait, font tout venir d’Asie !”









Est-il exact que des collectivités passent des appels d’offres à des sociétés dont les produits viennent de l’autre bout du monde ?
Le problème des appels d’offres est assez simple. En période d’urgence, ils sont passés de gré à gré, sans publicité ni mise en concurrence. Dans ce cas, les acheteurs publics peuvent dire qu’ils souhaitent privilégier tel ou tel fournisseur. À partir du moment où l’on n’est plus en procédure d’urgence, les appels d’offres sont soumis au Code des marchés publics. Dès lors, on ne peut plus privilégier qui que ce soit. En d’autres termes, tout le monde peut concourir pour n’importe quel appel d’offres et on ne peut pas privilégier tel ou tel pays. C’est une aberration de la réglementation européenne et, de fait, française, liée à la politique ultra libérale de l’Europe. Soit dit en passant, les États-Unis ont le Small Business Act qui permet de privilégier les entreprises américaines dans les marchés publics. Et je ne parle même pas de la Chine où il n’y a pas un seul appel d’offres qui échappe à une entreprise nationale. Pour revenir à votre question : avec ce système, nos entreprises perdent chaque fois que le prix est le critère le plus important car il n’existe pas un produit que les Chinois ne savent pas vendre a minima 40 % moins cher. À l’inverse, lorsque les critères techniques ou environnementaux sont mis en avant, alors nos entreprises françaises gagnent souvent.

Pour des questions de coûts liés à la main-d’œuvre j’imagine...
Nous avons, en France, les normes sociales et environnementales les plus exigeantes du monde, ce qui est évidemment très bien. Mais, dans les faits, cela a un coût non négligeable. Et nous avons du mal à rester compétitifs face à des concurrents qui fabriquent parfois en polluant très fortement leur environnement et en exploitant leurs salariés qui sont parfois des enfants ou des prisonniers. Je ne vous parle même pas des matières, comme le coton, qui peuvent provenir de pays aux mains de dictatures sanglantes. Lorsque nous achetons un vêtement, il faut bien avoir cela en tête.

Il vous reste 72 % de l'article à lire.
Article réservé à nos abonnés.

Connectez vous si vous êtes abonnés
OU
Abonnez-vous

Suivez-nous
d'heure en heure
d'heure en heure
Faire défiler vers le haut