Une Lyon Capitale 783

Et si c’était elle ?

Il n’y a décidément pas loin du Capitole à la roche tarpéienne. Quand on a assisté au concours d’éloges que fut le dernier conseil municipal de Gérard Collomb avant son départ à Paris, et constaté la froideur de celui qui a couronné son retour, on se dit qu’en dix-huit mois bien de l’eau a coulé sous les ponts de Lyon et d’ailleurs.

Gérard Collomb a quitté sa ville dans l’émotion non feinte de ses équipes, pour une capitale où la presse s’était toujours montrée bienveillante à l’égard de ce bon client, tonton flingueur des années Jospin-Royal-Hollande. Il est revenu suivi d’une horde de journalistes, plus sévères les uns que les autres, pour constater que ses différentes oppositions avaient eu le temps de potasser des discours des plus cinglants. C’est sans doute sur les réseaux sociaux que le changement de climat est le plus radical. Hier bienveillants à son égard, ils se montrent aujourd’hui d’une cruauté sans pareille, chacun de ses posts y étant désormais suivi d’un flot de commentaires plus acerbes les uns que les autres. À ce petit jeu, l’incroyable succès de la vidéo du discours de Nathalie Perrin-Gilbert sur les “15 000 raisons” pour lesquelles il n’aurait pas dû revenir, vue par 1,3 million d’internautes, est évidemment un événement de ce début de campagne. Et le signe que la guerre des étoiles lyonnaise, avec Luke Kimelfeld, Leia Perrin-Gilbert et Palpatine Collomb, sera suivie bien au-delà des frontières métropolitaines…

Au point d’imaginer que la maire du 1er arrondissement puisse être la prochaine maire de Lyon ? À dix-huit mois du scrutin, tout pronostic semble hasardeux, tant la réponse dépendra à la fois du contexte national, des projets des différents candidats, de leurs éventuelles alliances et surtout de l’état des divisions au sein de l’équipe sortante. Cela dépendra aussi de Nathalie Perrin-Gilbert elle-même. Saura-t-elle incarner une alternative et rassembler suffisamment ? Née en politique en même temps que Lyon Capitale, lors de la campagne de 1995, elle a eu le temps de s’y faire largement autant d’ennemis, si ce n’est davantage, que son ancien mentor. Mais elle a raison de croire en ses chances. Sa personnalité est contestée et fait même souvent l’objet de commentaires “hystériques” – parce que c’est une femme ? – mais elle a été suffisamment constante dans son opposition à l’actuel maire de Lyon pour que personne ne soit en situation à gauche de lui contester ce titre d’opposante en chef. Seul David Kimelfeld pourrait incarner une alternative et rassembler plus large, mais il est pour l’instant contraint à une stratégie plus subtile. En s’appuyant sur La France Insoumise, Nathalie Perrin-Gilbert prend le risque assumé de se faire “corneriser” si la campagne s’avère décevante, mais elle devient ainsi l’évidente figure du rassemblement, même si ses relations difficiles avec les écologistes et les socialistes ne lui garantissent pas que la démarche sera parsemée de pétales de rose… Ils pourraient cependant s’y résoudre : sur le papier, une union des différentes forces de gauche et des écologistes semble tout à fait en mesure de décrocher une victoire “à la grenobloise”.

Un sondage récent de Lyon Capitale a en effet confirmé la réalité politique apparue au premier tour de la présidentielle : ensemble, ils représentent 40 % de l’électorat lyonnais, à gauche d’un bloc central Collomb/Macron estimé à 30 % des intentions de vote. Les hommes de main de Gérard Collomb font déjà le deuil de quelques arrondissements trop ancrés à gauche, comme le 1er, mais aussi peut-être le 4e et le 7e. Les législatives, poussées par une forte vague Macron, leur ont en revanche donné beaucoup d’espoirs sur les deux bastions de droite, les 2e et 6e arrondissements. Si l’effet Collomb n’est pas au rendez-vous, tout semble ouvert en revanche, y compris des triangulaires serrées dans la plupart des arrondissements. À ce petit jeu-là, même la droite pourrait avoir ses chances si elle surmonte ses divisions. Aventure à suivre…


Le n° 783 de Lyon Capitale (décembre 2018) sera en kiosques à partir de ce vendredi 23 novembre

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Nathalie Perrin-Gilbert au conseil municipal, le 19 novembre 2018 © Tim Douet
En 2020, Nathalie Perrin-Gilbert portera les couleurs de La France Insoumise. Après avoir conquis le 1er arrondissement en 2014, elle lorgne désormais sur la ville entière. En s’appuyant sur les Insoumis et sur des citoyens engagés associativement, elle se fixe l’objectif de “déconfisquer” une ville qui appartient aujourd’hui, dit-elle, à Gérard Collomb et à une “oligarchie politique et économique”. Entretien.
2 commentaires
  1. vieuxlyon - 23 novembre 2018

    Renouveau des pratiques en Politique? Respect des engagements antérieurs? Que nenni! En 2020, Madame Perrin Gilbert, ardente défenseure du non cumul des mandats dans le temps, aura 25 ans de vie politique en tant qu'élue. Dans la même ville, où ces dernières années elle est effectivement devenue une opposante résolue à Monsieur Collomb, au point que cela seul, ou presque, aura intéressé les médias. Ce duel, avec tout ce qu'il risque de faire ressortir comme "haine recuite" de la part des protagonistes, va t'il à nouveau dominer la prochaine campagne électorale, au risque de saturer le débat, d’occulter les grands enjeux et surtout, de fatiguer les électrices/électeurs?
    Notre ville a besoin de sang neuf. La nouvelle candidature de Monsieur Colomb est une candidature de trop et celle de Madame Perrin Gilbert tout autant. Non seulement parce qu'ils exercent leur mandat depuis longtemps, trop longtemps, mais aussi et peut-être surtout, parce qu''en cette période de grand chamboulement, l'heure n'est plus à l’ultra-personnalisation du Politique mais à l'émergence de nouvelles formes de gouvernance pour lesquelles ni Monsieur Collomb ni Madame Perrin Gilbert n'ont fait montre, dans l’exercice de leurs mandats, d'une réelle appétence.

  2. JANUS - 12 décembre 2018

    Tout sauf NPG. Ce qu'elle reproche à Collomb c'est elle aussi. Sa pratique de gestion à la mairie du 1° en est l'exemple.

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