Relevants (Stylistik Junior)
© Julie Cherki

Stylistik Junior : la relève de la danse à Lyon

Accompagnée par la Maison de la danse, The Relevants (d’abord connue sous le nom Stylistik Junior*) est une nouvelle compagnie dont les 13 interprètes, issus du 8e arrondissement de Lyon, ont participé au projet Babel 8.3. La passion de la danse s’est propagée en eux et certains veulent en faire leur métier ! Ils sont à la Confluence ce jeudi.

“Tout est parti de Babel, explique Matthieu Rietzler, secrétaire général de la Maison de la danse. Ces jeunes dansaient au centre social des États-Unis, dans le 8e, depuis longtemps, avec Fouad Hammani et ils étaient dans le groupe du chorégraphe Abou Lagraa pour Babel. On a senti qu’il ne fallait pas les lâcher après cette expérience car on risquait de passer à côté de quelque chose. Nous savions qu’ils voulaient structurer leur pratique et qu’ils étaient à l’étroit au centre social en raison de leur âge et par rapport à ce qu’ils voulaient faire.” Ne souhaitant pas qu’ils se retrouvent livrés à eux-mêmes, Dominique Hervieu et son équipe ont entamé une réflexion avec le centre social et ont décidé de les accompagner. La première étape a été de leur expliquer comment se crée une association, pour poser un cadre. Par la suite, il leur a été proposé de travailler avec le chorégraphe Abdou N’gom*, qui les connaissait car tous ont été au collège Longchambon (également dans le 8e) où il intervient depuis plusieurs années. “Nous leur donnons la possibilité de voir des spectacles, des occasions de se montrer en public, précise Matthieu Rietzler, comme au musée des Beaux-Arts dans le cadre du projet “L’art de l’inclusion”. Cela fait un an que l’expérience a commencé et comme cela se passe bien on repart sur une seconde année, avec le soutien de la Ville. Mais nous avons proposé un cahier des charges qui indique par exemple que d’autres personnes peuvent rentrer dans le groupe ou qu’il n’y a pas de filles. Ils doivent s’engager également dans une certaine rigueur de travail vis-à-vis du chorégraphe qui est à leurs côtés. Tous ne veulent pas devenir des professionnels, par contre ceux qui le veulent ont un niveau d’exigence bien affirmé.” Et d’ajouter que trois d’entre eux sont agents d’accueil à la Maison de la danse, une fierté pour Dominique Hervieu, qui aime à dire qu’ils sont accompagnés dans la danse mais qu’en plus ils ont l’opportunité de gagner un peu d’argent.

Mohamed, Ali, Marwan… et les autres !

Mohamed Makhlouf, Ali Benlarbi, Marwan Kadded. Nous les avons rencontrés lors d’une pause à la Maison de la danse. On se souvient encore de leur virtuosité lors de Babel, mais aussi de la métamorphose incroyable dont ils ont fait preuve en intégrant le contemporain amené par l’intransigeant Abou Lagraa. Ils ont la vingtaine, sont concentrés sur leurs mots et leurs pensées ; l’envie d’un avenir différent est palpable. “Babel a été un vrai déclic, confie Mohamed. Cela nous a portés vers une autre vision de la danse, car on ne souhaite pas faire que du hip-hop, l’idée est de se confronter à toutes les danses. On veut sortir des simples battles, aller vers la création de spectacles, devenir des professionnels de la danse et démontrer qu’avec cet art universel on peut parler de tout et être compris par tous.” Le désir exprimé plus loin est celui d’utiliser la danse comme un vecteur qui leur permettra de raconter des histoires, d’exprimer toutes sortes d’émotions, leurs réflexions sur la vie mais aussi de changer l’image stigmatisante du jeune Arabe perturbateur qui peut virer à l’extrémisme. “La danse est une arme de paix, ajoute Ali. Elle doit nous permettre de dire aux autres que l’on n’est pas ce qu’ils croient, qu’ils doivent nous voir comme des acteurs de la paix. Nous appartenons à la nouvelle génération, qui veut placer cette parole.” Accompagné par Abdou N’gom, le groupe travaille sur une création dont la réflexion s’est développée à partir de son solo Entre [deux], qui parle de l’identité. Autour de discussions et de propositions personnelles, ils ont créé une courte pièce, déjà montrée à plusieurs reprises, notamment lors de la présentation de saison de la Maison de la danse : “Être là, sur le plateau de la Maison de la danse, est une expérience extraordinaire, dit Marwan. Dominique Hervieu nous donne sa reconnaissance et ce n’est pas rien. On veut en être digne et prouver que l’on peut aller plus loin.” Quand nous les avons rencontrés, ils œuvraient à la transformation de cet extrait en une pièce qu’ils espèrent tourner sur différentes scènes. Le public lyonnais pourra les retrouver ou les découvrir ce jeudi à la Confluence et début juillet au festival Acordanse.

* Avant de se donner leur propre nom (The Relevants) en tant que compagnie, les jeunes danseurs accompagnés par Abdou N’gom étaient, comme cela arrive souvent, associés au nom de la compagnie de ce dernier, Stylistik donc (et junior pour jeunes bien sûr).
The Relevants – Jeudi 29 juin à partir de 18h, dans le cadre du festival Kiosk au Kiosk Confluence (ancienne halle du marché de gros).
+ Jeudi 6 juillet à partir de 19h30, place Latarjet (Lyon 8e), dans le cadre du festival Acordanse.

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