"Le "spectacle" des Molière est d'une médiocrité consternante"

Quel effet cela fait-il d'en recevoir un ?
Michel Raskine : Les sentiments sont mêlés... J'essaie de distinguer le prix lui même de la cérémonie "vue à la télé", que je continue à trouver scandaleuse et accablante. Je voudrais le dire avec prudence car les gens pourraient ne pas comprendre que je fasse la gueule... Ce qui me scandalise depuis toujours, c'est l'hypocrisie absolue de l'Académie des Molière et de la télévision par rapport au théâtre. La chaîne publique fait une émission télé qui n'aborde pas une seule fois les questions politiques, esthétiques, artistiques que pose le théâtre. C'est juste du temps d'antenne, et le "spectacle" y est d'une médiocrité consternante avec son défilé lancinant de banalités. Je ne foutrai jamais les pieds dans ce truc-là ! C'est d'ailleurs l'administrateur de la Comédie-Française qui est allé recevoir le prix.

Ce prix récompense un spectacle qui a connu un succès incroyable, à propos duquel la presse a pu écrire : "juste un chef d'œuvre", "une mise en scène qui fera date", "magnifique, triomphal" ou encore "mieux qu'un succès : un cadeau"... C'est fou, non ?
Ce succès vertigineux me dépasse totalement ! C'est une étrange alchimie. Je crois que le spectacle est réussi et que le texte de Lagarce est arrivé à un moment où les gens avaient besoin, envie, d'entendre ce qu'il dit : il ramène de façon extrêmement radicale la question de l'intime et du non-dit. La pièce provoque une émotion relativement rare au théâtre, que j'ai essayé de susciter dans une immédiateté, une grande proximité qui n'est pas si courante dans la salle Richelieu de la Comédie-Française.

Finalement, êtes-vous heureux de recevoir ce prix ?
Oui, je le reçois avec grand plaisir ! Et je suis très touché par le nombre invraisemblable de messages que l'on m'adresse pour nous féliciter. Les gens sont ravis, enthousiastes. Je n'ai pas envie de bouder mon plaisir avec toute l'équipe du spectacle et du théâtre ! Mais il y a quelque chose de très amer à se dire que dans le même temps, le gel de 4 % des crédits de l'Etat nous tombe dessus violemment. Le ministère de la Culture ampute notre subvention et cela va avoir des conséquences immédiates sur la prochaine saison. Et nous ne sommes pas les seuls, à Lyon ou ailleurs ! Ce paradoxe-là fait que j'apprécie un peu moins ce Molière que je ne le devrais.

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