Enter The Void : Gaspar Noé à la Vie, à la Mort

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Après le sulfureux Irréversible, Gaspar Noé nous embarque dans le trip post mortem d'un jeune dealer. Un grand huit sensoriel qui mêle extase sous LSD et Livre des Morts Tibétains. Littéralement hallucinant.

On se souvient qu'Irréversible, le précédent film de Gaspard Noé, s'ouvrait sur une scène dans un bar gay nommé Le Rectum et que la scène pivot du film, celle du viol de Monica Bellucci, se déroulait dans un tunnel mal éclairé. Cette obsession pour le trou, le tunnel, et donc d'une certaine façon le vide dans lequel le film nous invite à entrer dès son titre, est toujours à l'oeuvre chez Gaspard Noé. Jusque dans les recoins les plus intimes (et inaccessibles) du corps et de l'âme humaine. Trou des toilettes, trou dans la poitrine, orifice de l'urne funéraire, vagin, le trou est ce par quoi l'on passe pour changer d'état, passer de vie à trépas ou renaître. C'est que l'on suit ici les dernières minutes puis la trajectoire post mortem de l'âme d'Oscar jeune dealer un peu « lost in translation » à Tokyo. Alors qu'il a promis à sa soeur, Linda, stripteaseuse pas moins paumée, de ne jamais la quitter, il est tué par un policier dans les toilettes d'un bar, The Void (le «vide»), pour finir « lost in transsubstantiation ».

Trous noirs et lumières

Entre Livre des Morts Tibétain et théoriciens de la perception alternative (Timothy Leary, Aldous Huxley, Carlos Castaneda), Gaspar Noé livre un étonnant voyage hallucinatoire qui fait de la mort une expérience psychotrope. « Le trip ultime » dit Alex, ami d'Oscar auquel il a prêté le fameux ouvrage tibétain qui obsède le jeune homme avant sa mort. Suivant à la lettre le voyage de la conscience décrit par les bouddhistes, Noé applique également le précepte de Timothy Leary, le pape du LSD : « Paradoxe admirable ! On ne peut naviguer à l'extérieur que dans la mesure exacte où l'on navigue de l'intérieur ». C'est ce que fait Oscar : sorti de son corps mort il effectue un voyage extérieur depuis l'intérieur. Dans sa vie passée (il voit littéralement défiler des moments de sa vie) puis à la recherche d'un point de chute pour son âme à travers la réincarnation, se frayant un chemin à travers des passages qui comme les trous noirs plient l'espace et le temps. A ceci près que l'âme d'Oscar est également guidée par la lumière (au bout du tunnel), omniprésente sous toutes ses formes : néons, magasin de luminaire, dope crépitante.

Renaissance

Esthétiquement, Enter the Void est une expérience saisissante de cinéma total. Quelque part au croisement du Kubrick de 2001, des premiers Wong Kar-Waï et du cinéma expérimental pop de Kenneth Anger. Comme dans un cauchemar éveillé, la caméra se contorsionne au gré des errements de l'âme dans un Tokyo interlope aux allures de maquette. Et comme souvent, Noé n'épargne pas le spectateur, shooté, nauséeux, embarqué de caméra subjective en vision zénithale (le nom savant pour « la terre vue du ciel »). Ca commence d'ailleurs dès le générique, défilé stroboscopique de cartons qui agit comme un shoot d'adrénaline et fera se pâmer les graphistes tout en ayant raison de quelques épileptiques. Dans ce trip hallucinatoire, le sexe et la drogue tiennent évidemment une place de choix (ce qui donne lieu à une « lumineuse » scène de sexe au bien nommé Love Hotel). Mais peut-être moins par complaisance pour le sordide, comme on le reproche souvent à Noé, que comme quête d'un Paradis perdu : celui de l'enfance et de la mère (les parents d'Oscar sont morts dans un accident de voiture, et avec eux l'enfance d'Oscar et Linda). Ce que Gaspar Noé ne se contente pas de suggérer : quand Oscar couche avec la mère d'un de ses copains, c'est pour retrouver la sienne et le confort du sein maternel, première expérience de l'extase. Et quand on dort (Linda) ou meurt (Oscar), c'est en position foetale. Car au bout du tunnel, de l'autre côté du vide, au bout du sexe (à tous les sens du terme) et de l'extase, c'est de renaissance dont il s'agit.

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