"Vidéosurveillance imposée" : le maire de Villeurbanne voit rouge

POLEMIQUE - Jean-Paul Bret monte au créneau contre le projet de loi gouvernemental qui permettrait aux préfets d'imposer aux maires des caméras de vidéo surveillance dans leurs communes. Cette volonté de tripler le nombre de ces dispositifs est selon lui "une forme d'aveuglement". Nombre de maires socialistes, à l'instar de Gérard Collomb, y sont pourtant favorables.

Dans une tribune parue lundi 1er mars dans Le Monde, le maire de Villeurbanne exprime ses réserves sur la vidéo surveillance alors que Brice Hortefeux promet d'en tripler le nombre d'ici 2011. Pour ce faire, le ministre de l'Intérieur est prêt à forcer la main des maires, à la faveur de son projet de loi Loppsi 2 (1). Le débat autour de ce type d'équipement est de ce fait relancé, alors que Bret refuse d'en installer dans sa commune, tant qu'une évaluation sérieuse ne sera pas menée.

Des critères trop vagues

Le texte gouvernemental qui prévoie aussi la confiscation des véhicules pour les récidivistes, instaure un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans et durcit les peines pour les agresseurs de personnes âgées, il permet aux préfets d'imposer aux municipalités l'installation de vidéo surveillance. Dans trois cas de figure : "la prévention des actes de terrorisme, les sites d'importance vitale ou les intérêts fondamentaux de la Nation". L'Etat mettrait alors au pot, en finançant jusqu'à la moitié des investissements, mais les communes seraient priées (comprendre forcées) de payer le reste, ainsi que les dépenses de fonctionnement.

Une disposition qui n'est pas du goût du maire de Villeurbanne. "L'argument du péril terroriste justifie quelquefois l'injustifiable", tonne-t-il. Il trouve les trois critères évoqués trop vagues. "Le préfet pourra-t-il m'imposer des caméras avenue Henri Barbusse sous un prétexte de sécurité nationale ? Ce que la loi ne dit pas, c'est ce qui caractérisera demain la défaillance d'un maire, et à qui en incombera le diagnostic. Au préfet lui-même ? A la police ? A la justice ? Sur quels critères ? Après entretien ? Après visite médicale ?".

"Plus utile d'installer un lampadaire"

A Villeurbanne, les caméras sont discrètes et pour cause : elles sont en petit nombre. Huit le long de grands axes routiers (pour la sécurité routière), quelques autres pour protéger les bâtiments communaux (aux abords de la nouvelle cuisine centrale et du centre nautique Etienne-Gagnaire) mais aucune contre la délinquance de voie publique. Il ne juge ces installations efficaces que pour les espaces clos, comme les parkings fermés.

"En tant qu'élu rationnel et scientifique, je m'étonne qu'aucune étude sérieuse n'ait été menée pour évaluer les effets ces équipements. C'est une forme d'aveuglement", affirme-t-il. Selon lui, les Anglais, précurseurs dans ce domaine, en reviennent. "Peut-être ces caméras déplacent-elles les problèmes là où elles ne sont pas présentes ? Peut-être même qu'elles sont sans résultat sur la délinquance, renforçant seulement un sentiment de sécurité qui, lui, est difficilement quantifiable ? Parfois, je pense qu'il serait plus utile d'installer un lampadaire", lance-t-il, sans plaisanter.

A la différence de Collomb ...

Bret préfère "de loin une présence policière de proximité". Son credo : "l'humain contre la machine". A cette fin, il a doublé les effectifs de la police municipale, de 18 en 2001 à 40 cette année. Or l'Etat est selon lui tenté de réduire les effectifs de la police nationale (200 agents dans sa commune en 2002, 152 aujourd'hui) pour demander aux villes de payer des caméras.

Il le sait, sa position n'est peut être plus majoritaire au sein du PS. Son homologue lyonnais, qui avait fait de la sécurité une priorité dès le début de son premier mandat, a fortement investi dans la vidéo-surveillance (219 sur la voie publique, chiffres d'août 2009). D'autres maires de gauche lui emboîtent le pas, tels Manuel Valls (Evry), François Rebsamen (Dijon) et même Anne Hidalgo et Bertrand Delanoë (Paris).

(1) Loi d'Orientation et de Programmation pour la Performance pour la sécurité intérieure.

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