Un amour jugé impossible

D' un côté les fonctionnaires de la police des frontières regardent d'un oeil détaché la scène qui se déroule, de l'autre un jeune algérien de 27 ans, Sami Bouaziz, attend de passer devant le juge, qui doit statuer sur sa reconduite à la frontière. A ses côtés, Nadia, 21 ans, tente de le rassurer, lui parle de tout sauf de la raison pour laquelle il se retrouve en cet endroit. Ensemble ils ont prévu de partager leur vie, de fonder une famille. Lui est algérien et demeure en situation irrégulière depuis l'expiration de son titre de séjour Shenghen en septembre 2007, elle est française, née sur le plateau de la Croix-Rousse.

Le temps s'écoule, des personnes se joignent à l'assemblée pour apporter leur soutien au couple. 'Pendant l'été, c'est le grand défilé au tribunal administratif. Je ne compte même plus le nombre de personnes qui sont placées en centre de rétention dans l'attente de leur jugement pour une éventuelle reconduite à la frontière', explique Claire Deverine, animatrice du collectif des 'Amoureux au ban public'. A quelques mètres de là, Amman Ayad, membre de la ligue des droits de l'homme, poursuit  : 'pendant l'été l'administration durcit le ton envers les sans-papiers. Ils espèrent qu'il n'y aura personne pour les soutenir. Mais nous avons répondu présent'.

Nadia et Sami
L'histoire de Nadia commence en 2005 lorsqu'ils se rencontrent en Algérie au mariage d'un cousin de Sami. 'Il est photographe, confie-t-elle, c'est comme ça que je l'ai connu, il prenait des photos'. Nadia retourne régulièrement en Algérie, les périodes s'allongeant chaque fois un peu plus. Au début de l'été 2007 Sami décide de rejoindre sa promise en France. En mars 2008, ils se pacsent. Sami entame alors sa demande de régularisation auprès de la préfecture, en lui un envoyant un courrier recommandé qui fera office de lettre morte. Entre temps ils emménagent dans un appartement à Caluire.

'Suspicion'
'Sans réponse de la préfecture, nous avons décidé de faire une demande de mariage à la mairie de Caluire' explique Sami. Deux semaines plus tard, les concubins reçoivent dans leur boîte aux lettres un courrier du commissariat les assignant à se présenter le lundi 5 août. 'J'ai été placé en garde-à-vue pendant une journée pour avoir apporté mon aide à un sans-papier. Mais c, 'est mon mari', s'indigne Nadia. 'Les policiers m'ont posé une ribambelle de questions sur ma vie privée et l'état de ma relation avec Sami. A un moment ils m'ont même demandé combien il m'avait payé pour m'acheter. C'était assez humiliant', poursuit Nadia. Relâché au bout de neuf heures, le sort de son compagnon est différent. Il est escorté au centre de rétention de Saint-Exupéry.
La cour a rejeté le recours de Sami Bouaziz, qui visait l'annulation de la procédure, et le juge des libertés a rallongé son placement en rétention de 15 jours. La soeur de Nadia verse des larmes, et lâche 'ça y est, il est parti'.

Florian Fayolle

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