Une salle de sport « L’Appart Fitness »

Réouverture des salles de sports après 10 mois de fermeture : à Lyon, le point avec le PDG de l’Appart Fitness

C'est la grande réouverture. Fermées depuis fin septembre, les salles de sport rouvrent, enfin, ce mercredi 9 juin. Quelle est la situation du secteur ? Toutes les salles vont-elles rouvrir ? Combien d’adhérents sont-ils partis ? Quelles sont les perspectives pour ces prochains mois ? Patrick Mazerot, le PDG de l’Appart Fitness, le groupe le plus implanté à Lyon, décrypte pour Lyon Capitale la situation des salles de sport à l’heure de la réouverture.

ENTRETIEN - Le groupe l’Appart Fitness est l’un des plus implantés à Lyon et dans la région, avec plus de 50 salles dans la seule région Auvergne-Rhône-Alpes.

Fermées entre le 15 mars et le 2 juin 2020 puis depuis fin septembre 2020, les salles de sport vont enfin rouvrir ce mercredi 9 juin 2021. Après 10 mois de fermeture. L’Appart a perdu 70 000 de ses 140 000 adhérents pendant la crise. Patrick Mazerot, le fondateur et PDG de l’Appart Fitness, fait le point pour Lyon Capitale.

LyonCapitale.fr : Après 10 mois et demi de fermeture sur les 14 derniers mois, comment vous organisez-vous pour la grande réouverture ?

PATRICK MAZEROT : A partir de ce 9 juin, on va réitérer les protocoles de réouverture qu’on avait mis en place au mois de juin 2020, lors de la 1ère réouverture. Ces protocoles ont été construits avec tous les professionnels du secteur, toutes les grandes enseignes et les indépendants réunis autour du syndicat France Activ qui maintenant s’appelle Active FNEAPL, un syndicat national qui regroupe 1700 clubs de remise en forme, toutes tailles, toutes dimension (environ 30 % du marché). Ce protocole a extrêmement bien fonctionné. Il s’avère que sur les trois mois et demi d’ouverture d’été (en 2020), on a servi 27 millions de séances à 7 millions de Français différents et on a eu aucun cluster, aucun foyer de contamination, dans aucun club de fitness. On avait supprimé une douche sur deux, un casier de vestiaire sur deux, de façon à éviter la promiscuité. On a enlevé une machine sur deux. Pour les salles de cours collectifs, on respecte 4m carré par personne, en scotch orange, aux couleurs de l’Appart (rires).

Pour la réouverture, le 9 juin, on va avoir ce même protocole, avec le maintien du masque sur les zones de circulation. On pourra enlever le masque sur les appareils. Tous nos appareils dans nos salles ne sont pas face à face mais côte à côte. Même si on n’a pas de masque, il n’y a aucun risque de contaminer son voisin ou sa voisine, on est en latéralité. La seule chose, ce que je redoute le plus, c’est qu’il va falloir qu’on « responsabilise » la convivialité. Nos adhérents, nos collaborateurs, vont être tellement contents de se retrouver. D’aller boire le café etc… On va être obligés d’être vigilants, de rappeler qu’il faut bien garder le masque quand on n’est pas sur l’appareil, sur les lieux de circulation.


"On a perdu 50 % de nos adhérents depuis le début de la crise sanitaire"


Y aura-t-il une jauge à l’entrée des clubs ?

La jauge est de diminuer nos capacités par deux. Mais naturellement, en juin/juillet/août, le marché du fitness fait que la fréquentation est divisée par deux. On a énormément d’adhérents qui ne font plus 2-3-4 séances par semaine mais une seule, ils viennent en salle pour les étirements ou pour les abdos. On a un taux de fréquentation moins élevé en été, avec également les mutations (les étudiants), les changements de vie, les jardins, les vacances. On a quasiment une baisse de fréquentation, naturellement, de 35-40 %. Et puis on a perdu 50 % de nos adhérents depuis le début de la crise sanitaire. Je remercie les 50 % qui sont restés, qui nous sont restés fidèles.

Avant le covid, vous aviez 140 000 adhérents, vous en avez perdu 50 % pendant la crise ?

Oui, on a 70 000 adhérents aujourd’hui. Et 30 % d’entre eux ont maintenu leurs prélèvements à 50 % de leur abonnement. Si on n'avait pas eu ce soutien moral et financier de nos adhérents, je ne sais pas si on aurait tenu le choc. Sur les 10 mois et demi de fermeture, fin mai 2021 on avait pas touché encore un euro de subvention du fonds de solidarité, je parle de la tête de réseau, qui gère 50 clubs, la moitié. Sur les 100 clubs, on a 50 franchises, 50 filiales. Sur les 50 filiales, on a eu le chômage partiel et elles sont éligibles au fonds de solidarité. On est aussi éligible à l’aide coût-fixe depuis janvier, qui représente 70 % de notre perte de chiffre d’affaire, mais fin mai, on n’avait pas touché encore un euro. Nos partenaires financiers, nos bailleurs, le savent. La petite perception mensuelle de nos adhérents fidèles, la perspective de toucher cette trésorerie de cette aide coût-fixe, et évidemment le chômage partiel, ça nous a permis de tenir jusque-là.

Patrick Mazerot, le PDG de l'Appart Fitness

"On a gardé l'intégralité de nos employés"


Rouvrez-vous vos 100 salles là – dont 52 dans la région Auvergne-Rhône-Alpes ?

Sur les 50 franchisés, tous sauf OL Vallée ont été éligibles au fonds de solidarité. Ils ont eu le chômage partiel, le fonds de solidarité et certaines aides de la région. On a aucun club franchisé en difficulté, on les a aussi tous accompagnés sur la matérialisation des aides, ce qui n’était pas simple, c’est un circuit juridique et technique très compliqué.

Il a fallu se réinventer. On a mis gratuitement à disposition de nos adhérents une plateforme de cours à la demande sur Internet, qui ne sont pas fait par des hologrammes ou des stars de fitness, mais on a volontairement demandé à nos meilleurs profs d’accepter de bien vouloir accompagner les adhérents pour garder le lien social. On a un tiers de nos adhérents, régulièrement ou pas, qui ont suivi cette activité. Et découverts une nouvelle façon de s’entraîner. Finalement, à terme, ce que nous allons proposer, c’est un triptyque « en club, en outdoor, en digital ». On s’est réinventés. On a besoin des trois pour trouver un bon équilibre. Que du digital, on va se lasser. Que de l’outdoor, en hiver on y arrivera pas. Que du club, on peut avoir des contraintes de travail ou de trajet qui fait qu’on va limiter un certain nombre de séances. Un mélange des trois sera un bon équilibre.

Vous gardez vos 700 employés ?

On a gardé l’intégralité de nos collaborateurs. On a eu quelques démissions, parce que certains salariés après 10 mois et demi d’inactivité, n’en pouvaient plus de ne pas bouger. Ils ont trouvé du travail ailleurs. On a lancé une vague de recrutements, notamment pour des commerciaux. Pour être honnête, "les vrais problèmes", ils vont arriver dans les 6 prochains mois. Car on rouvre avec 100 % de nos salariés. On ne peut pas enlever des cours, des profs, des commerciaux, des hôte(sses) d’accueil.


"500 salles de sports ne vont pas rouvrir", 1000 sont en difficulté


Mais avec 50 % d’adhérents en moins… ?

Mais avec 50 % de notre chiffre d’affaire en moins. On aura 100 % des charges fixe, et 50 % de notre chiffre d’affaire. Vous savez, la durée de vie moyenne de nos adhérents, c’est environ 18 mois. 8 millions de Français sont en salle de fitness, la « durée de vie » moyenne, c’est de 18 mois. Il va nous falloir 18 mois pour reconquérir notre base d’adhérents pour retourner à l’équilibre de 2019. C’est ce qu’on est en train d’essayer de faire comprendre au gouvernement. On ne va pas oser leur demander 18 mois d’accompagnement. Mais ils ont compris notre modèle économique. Ils ont compris qu’il va falloir continuer à nous accompagner, a minima jusqu’à septembre et sûrement jusqu’à fin décembre. Si on veut encore être là dans six mois, il faut encore nous accompagner. Sinon on a un tiers des clubs de fitness français qui peuvent déposer le bilan.

Il y avait 4500 salles de sports avant le covid ?

Il y avait 4500-4700 établissements avant le covid. On pense que 500 ne vont pas rouvrir. Environ 10 %.

Et sur les 4000 restants, combien sont en danger dans les six mois ?

Un petit tiers. Un bon millier qui risque de ne pas passer le cap. Car ils vont rouvrir avec 50 % du chiffre d’affaire en moins, mais ils auront 100 % de leurs charges. Donc même s’ils ont encore un peu de trésorerie car ils n’ont pas tout dépensé le PGE et pas tout dépensé le fonds de solidarité, ça sera compliqué. Le gouvernement a bien pris conscience que la santé passait par le sport. Si les clubs fermaient maintenant, ça voudrait dire qu’on aurait mis toutes les aides à la poubelle. On représente sur le marché 75 000 employés.


"L'Appart OL Vallée est l'un des plus grands clubs d'Europe"


Vous espérez retrouver rapidement les 50 % d’adhérents qui ont résilié ?

On a de bons espoirs. Les 50 % qui ont résiliés, ils n’ont pas résilié car ils étaient mécontents du club. Ils ont résiliés car ils n’avaient pas de visibilité. Pas de visibilité financière, pas de visibilité en terme de durée de fermeture. Et puis nombreux se sont posés la question, et c’est normal : est-ce que mon club va rouvrir ou pas ? On espère qu’entre les résolutions de septembre (2020), après les vacances d’été, et celles de janvier (2021) – on fait en général entre 35-40 % de nos abonnements annuels en deux mois – on rêve d’arriver à retrouver au 1er semestre 2022 nos adhérents. Mais le montant du chiffre d’affaire naturel ne sera pas à plein tout de suite, il faut lisser sur 12 mois. Même si on retrouve un certain nombre d’adhérents, progressivement, le chiffre d’affaire équivalent, ça ne sera pas avant fin 2022 – début 2023.

Vous allez ouvrir un immense centre, à OL Vallée, à Décines, dès ce mercredi 9 juin ?

C’est l’un des plus grands clubs européens, toutes enseignes confondues. Il est sur 2300 mètres carré. Stalingrad (dans le 6e arrondissement de Lyon) est déjà grand (1700 mètres carré), mais ça sera notre plus grand. A OL Vallée, on a jusqu'à 9 mètres de hauteur de hall, on aura une grande respirabilité. En capacité, c’est un club qui pourra accueillir 300 ou 400 personnes en simultané sans se sentir en saturation. C’est vraiment l’une des plus belles salles d’Europe toutes enseignes confondues.

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure
Faire défiler vers le haut