La piste mythique de Sarenne, à L’Alpe-d’Huez ©Laurent Salino

Plus d'accidents au ski à cause du réchauffement climatique ?

Avec les conditions météorologiques de cet hiver qui ont rendu le manteau neigeux extrêmement dense et donc particulièrement dur, le risque de blessures est monté en flèche chez les skieurs. En témoigne la longue série d'accidents survenus ces derniers jours dans les Alpes du Nord.

"Le manteau neigeux actuel des pistes balisées ressemble de plus en plus à celui des pistes de compétition." Ces mêmes pistes dans laquelle, sur les conseils de la Fédération internationale de ski, on injecte de l'eau à haute pression pour que le froid gèle la neige et la durcisse fermement (elle devient "bleue" de glace). On obtient ainsi une neige très dure et très accrochante et la pente est transformée en mur de verre. La remarque est de Samuel Morin, directeur du Centre d'études de la neige (Saint-Martin d'Hères, Isère). Une parole très éloignée du positionnement strictement positif des stations de ski et des élus de montagne qui redoutent le contrecoup médiatique des accidents de ski (Fabrice Pannekoucke, conseiller délégué aux vallées de montagne à la Région : "le ski rapporte deux milliards aux exportations commerciales françaises, neuf milliards sont dépensés dans les stations chaque année et ça fait travailler 120 000 personnes.Un constat comme celui-ci suffit à argumenter contre n’importe quel détracteur."). Autrement dit, l'accident de ski est un sujet éminemment tabou : on n'en parle pas.

Le PGHM en sortie de piste

L’actualité de ces derniers jours a pourtant fait redescendre de leurs hauteurs les acteurs de la montagne. Le lendemain de Noël, le PGHM (Peloton de gendarmerie de haute montagne) de Chamonix est intervenu treize fois. Le 31 décembre, il s’employait huit fois aux Houches, au Brévent et aux Contamines-Montjoie. Mardi 1er janvier, dans la matinée, ce même PGHM évacuait trois blessés victimes de collisions et de chute solitaires. Plus tard dans la journée, c'est un groupe de skieurs bloqués en raison de pistes verglacées qui a été secouru. Le même jour, les secouristes d'Annecy intervenaient aux Saisies pour un traumatisme du fémur, à Cordon et à La Clusaz pour des entorses de la cheville. Sur le seul dernier week-end de l'année en Haute-Savoie, quinze personnes ont été blessées et deux sont décédées. En Isère aussi, plusieurs accidents ont également défrayé la chronique, dont le décès d'un skieur de 24 ans survenu le jour de l'An à Villars-de-Lans.

En cause, les conditions météo très particulières qui ont rendu le manteau neigeux aussi dur que du béton. "Les dernières chutes de neige remontent à plusieurs semaines et sous l'effet du cycle fonte en journée et regel nocturne, le manteau neigeux est de plus en plus dense, donc de plus en plus dur, la dureté de la neige étant lié à sa volumétrie" explique Samuel Morin, du Centre d'études de la neige. A Chamonix, Claude Jacot, en charge du Système national d'observation de la sécurité en montagne (Snosm), confirme : "on a eu des chutes de neige naturelles assez généreuses au-delà de 2 000/2 200 mètres un peu avant Noël. Après, il a plu jusqu'à 2 500 mètres, ce qui a accéléré le phénomène de durcissement de la neige." Et d'ajouter : "chaque soir, les engins dament les pistes ce qui permet, en matinée, une surface régénérée et des conditions d’accrochage intéressantes. Mais avec le passage des skieurs, à certains endroits, on a un piste complètement lustrée qui fait réapparaître des plaques de glace, masquées le matin par le travail de damage. Résultat : la neige est très dure et si on prend un peu de vitesse dans une pente un peu raide et qu'on tombe, alors on ne s'arrête pas et ça peut faire très mal." 

131 409 blessés au ski

Selon le dernier rapport de l'association Médecins de montagne, pour la saison 2017/2018, 131 409 skieurs se sont blessés sur les pistes en France : 87 % en ski alpin et 12 % en snowboard. Entorse du genou et lésions de l'épaule représentent pratiquement la moitié des traumatismes (voir plus bas les 3 schémas).

Selon le Snosm, qui recensé les accidents traités par les pisteurs (40 % du total), les pistes bleues parcourues par tous les niveaux de skieurs, à l'exception des débutants, reçoivent certainement la fréquentation la plus élevée générant ainsi le plus grand nombre d'interventions. Les chutes sur des pistes "faciles" ou des sections de pistes à pente faible sont potentiellement plus "lourdes" car la trajectoire du corps qui chute est plus proche de la perpendiculaire au plan de glissement. Les blessures enregistrées sur les pistes de ski ont pour origine à 94 % une chute solitaire. La part des collisions, en légère et constante baisse, est de 5,5 %. Quant aux collisions contre un obstacle, elles ont vu leur nombre divisé par 2 par rapport à la saison passée (0,5 % de l'ensemble). Le 1er janvier à Villars-de-Lans, le jeune skieur a heurté de plein fouet un rocher en bord de piste.

Ce qui a fait réagir les autorités, dont la préfecture de Haute-Savoie, département qui compte le plus grand nombre de stations de ski de France : "l’attention des skieurs et des randonneurs doit être tout particulièrement portée sur les itinéraires classiques qui sont souvent rendus difficilement praticables voire impraticables compte tenu d’un manteau neigeux insuffisant. Par ailleurs, les conditions météorologiques de ces dernière semaines ont conduit à la formation d’une couche de neige dure et glacée, rendant les chutes particulièrement dangereuses. Il convient d’adapter son comportement à ski afin de maîtriser sa vitesse en toute situation. Le hors-piste est fortement déconseillé aux pratiquants qui ne disposent pas des compétences avérées, notamment sur des itinéraires encore non tracés qui peuvent comporter des plaques instables, tout particulièrement au-dessus de 2000 mètres. ». Et Laurent Reynaud, délégué général de Domaines skiables de France, le syndicat corporatiste qui fédères les opérateurs de remontées mécaniques, d'ajouter : "on ne peut pas parler de recrudescence d'accidents. On a toujours eu ce type d'accidentologie. Le ski reste un sport d’évolution libre où chacun doit maîtriser sa vitesse et adapter son comportement." 

Bref, "on peut parler accidentologie en relativisant" règle Claude Jacot, responsable du Snosm. L' incidence du risque* des pratiquants de sports d'hiver est en effet de "seulement" 2,57 blessés pour 1 000 journées-skieurs. Soit 131 500 accidents pour 53,8 millions journées skieurs.

Et ne pas oublier que cet hiver, à pas mal d'endroits, la neige a la structure de celle qu'on trouve sur une descente de coupe du monde. Tout le monde ne s'appelle pas Aksel Lund Svindal ou Antoine Deneriaz.

* calculée en rapportant le nombre d'accidents au nombre de journées de ski (à savoir l'utilisation d'un ticket de remontée mécanique pour une journée par un pratiquant de sport de glisse).

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