Amélie Wallyn avec son livre de la Méthode Malo.
Amélie Wallyn avec son livre de la Méthode Malo.

La méthode Malo pour ralentir les troubles cognitifs

Interview - Mardi prochain, l’association VMEH (Visite des malades dans les établissements hospitaliers) organise une conférence sur la Sarcopénie et des troubles cognitifs. Amélie Wallyn, ergothérapeute, viendra présenter sa Méthode dite « Malo », qui ralentit l’évolution des troubles cognitifs des patients grâce à des exercices simples.

Lyon Capitale : Comment vous est venue l’idée de cette méthode ?

Amélie Wallyn : Je suis ergothérapeute mais je me suis formée spécifiquement en stimulation cognitive. Et la co-auteure, Nalie Cailleretz, est une aidante familiale et une amie. Elle a fait appel à moi parce qu’elle avait besoin de conseils pour aider un proche atteint de la maladie d’Alzheimer. Du coup, j’ai commencé à créer des exercices pour lui venir en aide. On s’est dit qu’il était dommage de ne pas faire profiter plus de gens de ces exercices. Beaucoup de personnes ne peuvent pas faire appel à des professionnels, parce que le malade ne désire pas être aidé ou encore parce qu’il est dans un secteur géographique où il y a peu de professionnels. En travaillant sur la méthode avec Nalie, je me suis rendue compte que toutes les connaissances médicales que j’ai, tous les aidants ne les ont pas. On en a fait toute une méthode pour que chaque famille ou aidant puisse l’utiliser même s’ils n’ont pas de connaissance médicale. Il fallait vraiment faire quelque chose d’accessible à tous. On a mis en place tout un accompagnement grâce à un guide et des vidéos explicatives apprenant à utiliser la méthode Malo pour que cela soit le plus simple possible.

A qui s’adresse-t-elle ?

Elle s’adresse aux proches des personnes qui sont atteints de troubles cognitifs. Cela concerne les personnes âgées qui commencent un peu à avoir quelques pertes de mémoire parce qu’elles manquent d’activité et de stimulation. Mais ça peut aussi être pour les personnes qui ont une maladie d’Alzheimer ou une maladie associée. Cela concerne tous les troubles cognitifs comme des AVC ou des traumatismes crâniens. Aucune autre méthode n’est encore proposée aux aidants des malades.

Pour quelles raisons avez-vous choisi de venir à Lyon pour cette conférence ?

C’est la VMEH qui m’a contactée après avoir consulté mon site internet. Ils m’ont alors proposé de venir présenter ma méthode. Ça m’a beaucoup touchée de pouvoir expliquer aux bénévoles ce que sont les troubles cognitifs et comment on peut aider les personnes qui en sont victimes. Mais surtout comment, avec la méthode Malo, on peut les aider à ralentir l’évolution de ces troubles, afin qu’elles puissent rester autonomes chez elles une fois sorties de l’hôpital. Cela permet aussi de faciliter la vie des aidants qui se retrouvent parfois surchargés. C’est des personnes qui passent des heures à essayer d’aider leur proche et qui finalement se sentent souvent seules face à la situation. Avec la sensibilisation qui sera faite aux bénévoles, ils pourront ensuite expliquer cela aux familles. Cela aide, à la fois, le bénévole, la personne âgée, mais aussi le malade. Je suis très ouverte au fait d’intervenir auprès d’associations.

Cette méthode ralentit l’évolution ou peut-elle guérir certains troubles ?

Pour des maladies comme Alzheimer, il n’existe pas encore de remède miracle, mais cela permet de ralentir l’évolution. En revanche, dans le cas d’un AVC ou d’un traumatisme crânien, il y a la possibilité de récupérer ses fonctions cognitives.

C’est de la prévention ou ça s’exerce en complément d’un traitement ?

Elle peut être utilisée dans les deux cas. En prévention, cela permet au malade de garder ses fonctions cognitives intactes longtemps, mais ça peut aussi être utilisé pour les gens qui ont déjà une maladie d’Alzheimer. En parallèle de leur traitement bien sûr, elle ne le remplace pas. La stimulation cognitive permet de ralentir le développement des symptômes de perte de mémoire.

La prévention s’adresse à des personnes qui montrent un minimum de symptômes ou cela s’adresse à n’importe qui ?

Non. C’est plutôt pour les personnes âgées qui commencent à montrer des signes de pertes de mémoire. Je pense surtout aux personnes âgées qui ne sortent plus beaucoup de chez elles qui, du coup, par un manque d’activité, commencent à avoir moins de mémoire. Je préconise l’utilisation de la méthode pour qu’elle continue à avoir une activité cognitive et que le « muscle cerveau » continue à fonctionner. C’est réellement ce qui se passe ! Les personnes qui sont isolées chez elles, au fil du temps, n’utilisent plus certaines fonctions de leur cerveau et celles-ci finissent par se perdre.

Pour quelle raison la méthode doit se pratiquer de 30 minutes à 1 h par semaine ?

Le principe est de ne pas fatiguer le malade. La méthode correspond à 4 activités à faire par séance. Au-delà de cette durée, les personnes ont du mal à se concentrer. La méthode doit les stimuler, cela demande un effort de leur part, il ne faut non plus trop les fatiguer. Cela doit rester une initiative ludique et positive pour la personne, il faut qu’elle soit contente de le faire.

Comment fonctionnent les exercices ?

Nous avons fait trois niveaux de difficultés. Les premiers niveaux, avec les exercices les plus difficiles, s’adressent à des personnes qui n’ont pas de maladie d’Alzheimer, mais qui ont seulement quelques troubles de la mémoire. Et les deux autres niveaux concernent les personnes atteintes de la maladie à un niveau léger ou modéré.

Pourquoi les séances sont-elles coupées en quatre parties ?

La mémoire, l’attention, le langage, l’orientation temporo-spatiale sont des fonctions cognitives de bases. Ce sont celles dont on a vraiment besoin afin d’être autonome et pouvoir rester chez soi. On a besoin de la mémoire pour pouvoir faire ses courses seul, l’attention pour ne pas oublier d’éteindre le gaz quand on a un appel téléphonique. Le langage, pour s’exprimer, avoir des relations sociales et pouvoir exprimer sa douleur. L’orientation dans l’espace permet de ne pas se perdre. Ce sont vraiment des fonctions fondamentales. Elles servent ensuite de base pour d’autres fonctions cognitives. Par exemple, il est difficile de savoir calculer si on n’arrive pas à retenir les chiffres qu’on doit additionner, ni faire preuve de logique si on ne comprend pas le sens du problème. Avec la méthode Malo, on met la priorité sur ses fonctions cognitives pour pouvoir rester autonome.

Le personnel hospitalier utilise-t-il lui aussi cette méthode ?

Certaines structures sont abonnées à la méthode Malo. En dehors de cela, la méthode est vraiment faite pour les aidants. Les professionnels ont d’autres méthodes de stimulations cognitives.

Beaucoup de personnes utilisent cette méthode ?

Actuellement, nous avons 280 familles adhérents, mais aussi des professionnels en libéral ou des EHPAD qui se sont abonnés à la méthode. Elle est à disposition depuis à peu près un an. Nous avons des abonnés dans beaucoup de pays francophones comme la Belgique et le Québec. J’ai même une abonnée française qui est en Chine. L’idée, c’est vraiment d’aider un maximum de personnes partout dans le monde ! Pour l’instant, elle n’est pas traduite parce qu’il faut bien connaître la langue pour les séances de langage. Mais lorsque la méthode aura exploité tout son potentiel en francophonie, nous pourrons la traduire.

Apportez-vous un soutien aux proches des malades qui peuvent se sentir seul ?

Les familles abonnées peuvent nous contacter dès qu’elles en ressentent le besoin au sujet de la méthode, par mail ou par téléphone. Ensuite, si je sens une détresse psychologique chez l’un d’eux, ou une forte impression de solitude, je les renvoie vers des psychologues, des médecins ou bien des associations de malades. L’important, c’est de ne pas rester enfermé seul, face à ses ressentis.

S’il fallait retenir qu’une seule chose, que diriez-vous ?

Il faut agir dès le début où les troubles commencent à se déclarer. Il ne faut pas se dire, « c’est rien, il oublie juste quelques trucs de temps en temps ». Il vaut mieux ralentir les troubles pendant qu’ils ont encore un maximum de capacités plutôt que commencer à ralentir les troubles quand il ne reste presque plus rien… Pour les maladies telles qu’Alzheimer, il y a un moment à partir duquel on ne peut plus utiliser la méthode. Quand on est à un stade vraiment très avancé ça devient difficile, parce qu’il faut que la personne puisse comprendre les consignes, lire et écrire. Même si c’est avec l’aide de quelqu’un, il faut qu’elle puisse le faire.  Malheureusement, avec la maladie d’Alzheimer, on finit par perdre ces capacités-là. C’est pour cela qu’il faut agir en amont.

L’association VMEH rend visite aux patients dans les établissements hospitaliers. Mardi prochain, elle organise une conférence de sensibilisation à la Sarcopénie et aux troubles cognitifs. Elle est ouverte tant aux bénévoles de l’association qu’au public non-initié. Ces pathologies contribuent à la perte d’autonomie des personnes âgées. Amélie Wallyn évoquera le sujet des troubles cognitifs et Marc Bonnefoy, Professeur au CHU de Lyon-Sud, sensibilisera à la Sarcopénie.

 

De 8 h 30 à 17 h au Domaine Lyon St Joseph, 38 allée Jean-Paul II 69110 Sainte-Foy-Lès-Lyon. Pour participer, veuillez vous inscrire auprès de la VMEH (lien ici).

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