Marion Maréchal
@William Pham
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"La démocratie ne peut fonctionner que sur une forme d’homogénéité" (Marion Maréchal)

L'ex-directrice générale de l’Issep (Institut de sciences sociales, économiques et politiques), Marion Maréchal  ambitionne de faire de son école “l’autre Sciences Po” français.


Retour à la culture générale, à la dissertation qui “structure la pensée”, à la capacité d’argumentation, avec dans le viseur, une alternative aux “dérives” des pensées indigénistes, racialistes, décoloniales.
Loin des contraintes politiciennes, Marion Maréchal, ancienne élue frontiste, évoque son héritage politique, l’avenir du Rassemblement national, l’union des droites, Éric Zemmour et son possible retour en politique. Selon un sondage Ifop, Marion Maréchal est créditée de 28 % d’intentions de vote.

Article publié dans Lyon Capitale n°813 de septembre 2021.

Note aux lecteurs : A l'époque Marion Maréchal était directrice générale de l'Issep.

Marion Maréchal @William Pham

Lyon Capitale : De quel constat est née l’école que vous dirigez ?
Marion Maréchal : Le principal constat est l’effondrement du niveau général de l’Éducation nationale, aussi bien dans le supérieur que dans le secondaire et le primaire. On a assisté, ces dernières décennies, à une démocratisation des études supérieures avec des taux d’échec très importants liés à un refus de sélection à l’université et un effondrement des exigences du baccalauréat. En parallèle, l’idéologie à la mode, faussement bienveillante, a petit à petit réduit la part des concours dans les grandes écoles qui sont pourtant la moins mauvaise solution en permettant une sélection à la fois objective et méritocratique.

À quoi faites-vous référence ?

À l’avancée d’un certain nombre d’idéologies absolument délétères pour la cohésion nationale : les pensées indigénistes, racialistes, décoloniales, souvent appuyées d’ailleurs par le militantisme LGBT dans une démarche “intersectionnelle”. Dans de nombreux établissements, ces idéologies contribuent à une forme de terrorisme intellectuel, alimentée par des syndicats étudiants d’extrême gauche qui progressent souvent sur la lâcheté, voire la complicité des directions d’établissement. Ce climat pernicieux est particulièrement fort dans les IEP, Sciences Po Paris tout comme Sciences Po Lyon, bien souvent à l’avant-garde de ces combats. Ces idéologies progressistes s’étendent au détriment du pluralisme et de l’excellence académique.





Le risque d’une guerre civile n’est pas totalement à écarter.







Dans dix ans, l’ambition de l’Issep est-elle ainsi de devenir l’autre Sciences Po ?
On peut le dire comme cela. En tout cas, l’idée est de proposer une alternative aux dérives que l’on constate dans ces écoles sur les plans éducatif, pédagogique et idéologique. J’ai envie que l’Issep soit un sanctuaire pour la liberté d’expression et d’enseignement, qu’on y défende un vrai pluralisme et qu’on ne soit pas à la merci de syndicats étudiants décoloniaux qui sèment la terreur auprès des enseignants et des élèves pour imposer leur agenda militant.

Vous expliquez que l’Issep est un “pôle de résistance intellectuelle”. Résistance à quoi au juste ? Au “parler obscur” que décrivait Montaigne ?
Il s’agit déjà d’un pôle de résistance pédagogique face à une tendance durable qui s’installe à l’université, à savoir la disparition de la culture générale, des humanités, de certaines pratiques pédagogiques. À l’Issep, nous restons attachés à l’examen oral ou à la dissertation qui structure la pensée et développe la capacité d’argumentation. Nous proposons une formation pluridisciplinaire à un moment où les masters sont de plus en plus spécialisés. Je pense qu’il ne faut pas abandonner la formation généraliste au profit de la spécialisation, il est important que de futurs dirigeants soient capables de posséder une expertise mais aussi de développer une intelligence transversale. C’est pourquoi nous construisons nos programmes sur deux unités d’enseignement : une en management et l’autre en sciences politiques. Cela nous permet d’allier pensée et action, formation opérationnelle et intellectuelle.

Les enseignements postcoloniaux existent dans toutes les universités françaises, comme les études de genre, certes, mais ils sont minoritaires. Entre 2014 et 2019, moins de 2 % des thèses ont été consacrées à ces sujets...
Ce phénomène touche particulièrement les filières en sciences sociales dans lesquelles les militants ont bien souvent phagocyté des jurys de thèse – ce que relève l’Observatoire du décolonialisme composé de nombreux universitaires. Aujourd’hui, si les thésards ne communient pas à cette obsession de la race, du genre et du sexe, ils sont d’office marginalisés. Il y a donc un tri qui est fait sur les nouvelles générations d’universitaires. Si les sciences dures sont moins touchées, elles ne sont pas pour autant épargnées. Je pense par exemple à la médecine où ces idéologies commencent à rentrer à travers notamment les cours de sociologie. Il devient ainsi très compliqué de discuter des sujets de bioéthique par exemple.
En pratique, ces militants cherchent à “désoccidentaliser” le savoir, source selon eux d’une lecture univoque du monde et d’une “domination blanche” sur les “racisés”. En Angleterre, à l’université d’Oxford, des cours de musique classique sont jugés “colonialistes” par des enseignants qui appellent à la suppression d’œuvres musicales “européennes et blanches” du programme. Aux États-Unis, ce sont les études sur la Grèce et Rome, considérées comme source de “blanchité”, qui sont ciblées. En France, les “décoloniaux” et des “indigénistes” commencent déjà à imiter ces revendications en s’appuyant sur la sempiternelle repentance coloniale et la mémoire sélective de l’esclavage.

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