Baptiste Jacquet, ancien journaliste de Lyon Capitale
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"La culture doit être dérangeante, elle doit t’élever" : Baptiste Jacquet, ancien journaliste

Baptiste Jacquet s’est fait connaître à Lyon avec ses très suivies "Nuits mobiles", une chronique qu’il a écrite pour Lyon Cap’ pendant plus d’une décennie. Aujourd’hui demandeur d’emploi en situation de handicap, "un peu dans un effacement social", il observe la vie locale à distance et la commente via Facebook, avec effervescence, vivacité et esprit critique.


Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?
Baptiste Jacquet : Plus vraiment non. Je suis un peu un anonyme aujourd’hui. J’ai bossé à Lyon Cap’ pendant douze ans et après je suis rentré dans la société civile, je suis un habitant comme les autres.

Comment définiriez-vous une grande gueule ?
Comme un empêcheur de tourner en rond.

Vous êtes plutôt actif et assez critique sur Facebook, un peu grande gueule quand même…
Je le fais dans la mesure où j’ai un parcours un peu cabossé. Du coup, j’ai une vision peut-être un peu singulière. J’ai un passif familial pas très facile. Des parents morts violemment successivement. Mon père, alcoolique, s’est suicidé. Ma mère est morte dans un accident de voiture, après avoir souffert d’une sclérose en plaques. Je me suis découvert gay dans les années 80, à l’époque de l’hécatombe du sida. Ça conditionne ta façon de penser, de voir les choses car tu n’es pas dans un parcours de vie tranquille, calme et normatif. Du coup, forcément, tu apprécies la vie différemment, donc la ville aussi.





"Il y a une certaine vacuité idéologique chez les EÉLV"









Comment s’est construit votre regard sur les autres ?
J’ai été élevé à la solitude. Vu que c’était un peu difficile par rapport à la maladie de ma mère et à l’alcoolisme de mon père, je me mettais à l’écart pour me protéger. J’ai donc toujours été dans la culture du retrait. Je me tiens volontairement à distance. Quand je bossais à Lyon Cap’, un journaliste m’avait dit que j’étais un peu un corbeau : "T’es sur un arbre, tu observes ce qui se passe et tu piques ce qui te plaît." Ce n’est pas faux… je n’ai jamais été dans des fan-clubs, même quand je collais des affiches pour Mitterrand ; je n’aime pas trop les groupes. En fait, je me suis fait ma propre réflexion par rapport à mon vécu, c’est ce qui fait que, finalement, je me sens un peu à part et qu’aujourd’hui je suis dans un effacement social. Je suis un peu inadapté.

Baptiste Jacquet, ancien journaliste de Lyon Capitale"900 balles pour vivre au milieu des dealeurs et des toxicos", comme vous l’écrivez sur Facebook. Ça résume, aujourd’hui, votre vie ?
Oui… Après si on veut avoir une approche un peu politique de la ville, quand j’étais à Lyon Cap’, j’ai tout le temps été assez critique avec Gérard Collomb, notamment lorsqu’il a éjecté les prostituées loin de la ville, quand il a vendu Grôlée à un fonds de pension, c’était un peu craignos. Il a fini genre vieux baron, un peu comme Frêche à Montpellier, incapable d’assurer sa succession et s’alliant avec Les Républicains pour sauver sa tête. C’est parti en toupie. Certains me disent qu’il a changé la ville. Évidemment ! Le mec est resté plus de quinze ans au pouvoir.

Quels sont les qualités et les défauts de Collomb ?
Il a su rendre la ville attractive en créant des sortes d’écosystèmes, parfois un peu mafieux, genre GL events, Vinci, Aulas. Il y a eu des copinages. Après, il y a un autre versant, il a monté de toutes pièces Arty Farty et les Nuits sonores qui sont super pour la ville du point de vue culturel. Il a soutenu la Biennale de la danse, qui marche très bien, la Biennale d’art contemporain, même si elle n’a jamais vraiment pris car Thierry Raspail était un tocard. Collomb a quand même fait pas mal de choses bien. À la Guillotière par exemple, le quartier où je vis, il a rénové massivement, alors qu’il y avait plein de taudis avant son arrivée. C’est comme la Fête des lumières, c’est vraiment une chance pour Lyon. Aujourd’hui, Doucet a envie de la sabrer pour des raisons d’économie d’énergie alors que la lumière, il faudrait le lui expliquer, est une forme d’art. Mais la culture, il s’en fout Doucet. Collomb a ce côté un peu Gérard Jugnot à moustache, vieux socialo du 9e, avec un fond à la bonne franquette, très accessible.

Les écologistes parlent beaucoup de solidarité, est-ce la même chose que le social ?
Quand ils ont gagné la mairie, ils ont refilé le social à Runel, la culture à Perrin-Gilbert car ils n’aiment et ne comprennent ni l’un ni l’autre. Moi, je préfère parler d’EÉLV plutôt que d’écologistes car c’est un peu s’approprier des symboles. Comme Marine Le Pen qui récupère le drapeau tricolore et si tu as le malheur de le sortir, on te taxe de facho. Les EÉLV font un peu la même chose avec l’écologie : l’écologie c’est eux et pas les autres. C’est quoi ce délire ? Pour moi, l’écologie EÉLV n’est pas la bonne dans le sens où elle ne fait pas envie. On le voit nationalement, c’est un parti qui ne prend pas. Il y a un gros bug.





"Bruno Bernard essaie juste de tempérer Doucet pour qu’il ne fasse pas trop de conneries"







Trop donneurs de leçons comme certains le trompettent ?
Je suis socialiste old school et dans cette culture socialo, on a toujours un peu regardé les Verts, puis Génération écologie et maintenant EÉLV, comme une association genre les mecs se chamaillent pour savoir quelle est la couleur du protège-cahier. Ils n’ont jamais été crédibles. J’ai encore un peu ce background. Les EÉLV ont des manquements au niveau social, culturel, éducationnel. Ils sont incomplets idéologiquement, il y a une certaine vacuité idéologique chez eux. Et aujourd’hui, ils se sont un peu fait croquer par LFI. Vu que tu as l’indéboulonnable Lululaméluche, tous les mecs qui ont envie de faire leur trou chez LFI vont chez EÉLV en attendant que le vieux crève. EÉLV est une éponge qui absorbe un tas de courants. À Lyon, toute la clique des ingénieurs type Lungenstrass [adjoint à la mobilité de la Ville, NdlR], des petits Blancs bien propres sur eux, sont plutôt dans la mouvance Jadot, limite Macron compatible. Doucet, lui, est plus proche d’un Piolle, c’est-à-dire côté LFI. En fait, Bruno Bernard est le seul mec potable d’EÉLV. Il sait qu’il va perdre la Métropole à cause de la ZFE et de toutes les boulettes que fera la Ville de Lyon. Du coup, Bernard essaie juste de tempérer Doucet pour qu’il ne fasse pas trop de conneries.

Baptiste Jacquet, ancien journaliste de Lyon Capitale “Le biais animaliste un peu radical considère que le chien est un animal captif, donc malheureux. Les naturalistes sont d’accord avec ce discours-là. Mais le chien est un médiateur social, il a une utilité sociale énorme”

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