Jérôme Fourquet, politologue, directeur du département opinion et stratégies d’entreprise de l’IFOP @MAXPPP
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Jérôme Fourquet, analyste politique : "En 60 ans, on est passé de la messe dominicale  au dimanche chez Ikea"

Jérôme Fourquet est issu du département Opinion de l’Ifop. Pour Lyon Capitale, dans son nouveau livre La France sous nos yeux (Seuil), co-écrit avec l’essayiste Jean-Laurent Cassely, il raconte la France contemporaine, entre plateformes logistiques d’Amazon, supply chain du cannabis, émissions de Stéphane Plaza, kebabs et "french tacos", villages de néo-ruraux dans la Drôme, clubs de danse country et pole dance. Un livre qui se lit comme un long reportage à hauteur d’hommes. Passionnant.





©E.Marchadour

Lyon Capitale : Vous nourrissez l’ambition de "dresser un tableau d’ensemble de la ‘France d’après’". Quelle est cette France d’après ? 


Jérôme Fourquet : La France d’après est la France dans laquelle nous vivons, la France contemporaine. Elle fait suite à ce que nous avons appelé la “Grande Métamorphose”, qui s’est produite depuis le milieu des années 1980 jusqu’à la fin des années 2010, à savoir une période d’intenses transformations – encore en cours. La France qui est sortie de cette chrysalide s’inscrit en rupture, à de multiples niveaux, avec la société qui prévalait jusqu’au début des années 1980. L’ambition est de dresser un portrait d’ensemble de la France que nous avons sous nos yeux.


Peut-on résumer par une France d’après industrie, d’après agriculture, d’après catholicisme ?

Oui, les trois matrices – ouvrière, paysanne et catholique – qui ont structuré socialement le pays pendant des décennies se sont effectivement effondrées. Une France a disparu. Mais deux phénomènes majeurs sont également intervenus durant la même période : d’une part, ce que nous avons appelé la “démoyennisation” : le fait que le vaste corps central de la société soit tiraillé par le haut, le bas et le côté, un mouvement que l’on mesure par la consommation et les modes de vie ; d’autre part, l’ouverture croissante de la société à des influences étrangères multiples et variées qui se sont déposées comme autant de strates culturelles nouvelles venant se sédimenter sur les couches les plus anciennes.


Peut-on parler de "grand remplacement" culturel ?

Non, avec Jean-Laurent Cassely, nous préférons le terme d’hybridation. Nous sommes en effet dans une sorte d’entre-deux car les cadres traditionnels, s’ils sont fortement affaiblis, n’ont pas encore totalement disparu. En fait, les individus, les acteurs sociaux et économiques se sont emparés de ces fragments de cultures étrangères et les ont réagencés à leur sauce, donnant parfois naissance à des produits, des coutumes ou des pratiques un peu décoiffants. On peut prendre comme exemple le "french tacos", un ovni culinaire né dans les banlieues de la région Rhône-Alpes et apparu sur le marché dans un contexte de sophistication d’une partie de l’offre de fast food, en particulier le burger, et d’une banalisation de certaines filières déjà anciennes comme le kebab. Dans Mythologies, paru en 1957, Roland Barthes avait consacré un passage au steak frites, “nourriture à la fois expéditive et dense (qui) accomplit le meilleur rapport possible entre l’économie et l’efficacité, la mythologie et la plasticité de sa consommation”. S’il était encore là, il parlerait sans doute du "french tacos" comme d’une nouvelle mythologie de cette France d’après.








"Les individus, les acteurs sociaux et économiques se sont emparés de ces fragments de cultures étrangères et les ont réagencés à leur sauce"










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