Les quais de Rhône à Lyon durant le confinement © Stéphane Nys – Air Tech photo

Déconfinement à Lyon : comment va-t-on réagir au retour du bruit en ville ?

La mise en place du confinement à Lyon depuis le 17 mars a largement fait chuter le niveau sonore en ville. Reste à savoir comment le retour d'une activité presque normale à partir du 11 mai, et le niveau sonore qui va avec, va être perçu par la population.

Les oiseaux qui chantent, les rues calmes et désertes le soir, disparition d'une partie du trafic routier ; depuis près de deux mois que le confinement a commencé, les Lyonnais ont remarqué une baisse du niveau sonore en ville. C'est ce que montrent les premiers résultats d'une enquête (toujours en cours) de perception menée par Acoucité, l'observatoire de l'environnement sonore de la métropole de Lyon, qui a reçu plus de 1000 réponses. “Avant le confinement, les Lyonnais évaluaient l'intensité du niveau sonore à 5,2/10 chez eux. Depuis le confinement, cette note est passée à 2,8/10”, nous explique Patricio Munoz, directeur d'Acoucité et ingénieur acousticien. Cet écart de sensation est moins fort si l'on vit à la campagne plutôt qu'en ville.

Une baisse de 6 décibels

Un ressenti confirmé par des données chiffrées mesurées par Acoucité. Depuis le début du confinement, le niveau sonore a baissé en moyenne de 6 décibels à Lyon (jusqu'à 10 décibels dans certains lieux). Une paille ? Pas vraiment détaille l'ingénieur acousticien : “Les décibels sont une échelle logarithmique. Ce n'est pas comme les degrés Celsius. Quand on passe de 22°C à 16°C on se dit : “ça va, ce ne sont que 6°C, je vais juste mettre un petit pull”. Alors que 6 décibels, c'est énorme. Baisser un son de 6 décibels, c'est lui faire perdre 75 % de son énergie. À l'inverse, augmenter un son de 10 décibels, c'est multiplier par deux sa puissance pour l'oreille. Dans des endroits où l'environnement sonore est dominé par les voitures, la réduction a été de 4 à 6 décibels. Dans les secteurs comme la place Bellecour, où le bruit n'est pas seulement dû à la voiture, mais aussi à la présence humaine, la réduction est plus forte.” À titre de comparaison, la baisse de 90 à 70 km/h du périphérique lyonnais a entraîné une baisse du volume sonore de 1,5 décibel.

Quels effets ?

Mais cette diminution du niveau sonore colle peu avec l'environnement urbain tel qu'il est construit aujourd'hui et tel qui va reprendre à la fin du confinement. “La ville crée forcément une agitation qui engendre un bruit plutôt élevé. Alors comment les urbains vont-ils accepter le retour inévitable du bruit ?”, se demande Patricio Munoz. Selon lui, les réactions seront différentes en fonction de l'intensité de la reprise. “Si elle est progressive, cela pourra être vécu de façon assez simple, sans vraiment que l'on s’en rende compte. Mais si l'activité retrouve son niveau normal d'un coup, la perception sera beaucoup plus nette et pourrait être vécue de façon désagréable”, anticipe-t-il.

De là à produire des effets physiques chez les Lyonnais ? Pas forcément. “Le bruit a des conséquences directes et indirectes. L'un des effets directs, c'est la perte d'audition. Mais pour en arriver là, il faut être exposé à un niveau très fort une fois ou à des niveaux élevés sur une longue durée. Là, ce n'est pas le cas. Les effets indirects sont le stress, la fatigue, la perte de concentration, les troubles du sommeil. Ces effets se mesurent vraiment sur le long terme. Ce n'est pas parce qu'il y a une remontée des décibels pendant un jour que ces effets vont survenir. Mais encore une fois, on ne sait pas comment les gens vont réagir à ce retour du bruit”.

Un enjeu d'avenir

Il faudra des études plus longues et sur un plus large territoire pour déterminer les effets éventuels de la hausse du niveau sonore après la fin du confinement. Au même titre que l’évolution des mobilités urbaines et des infrastructures routières, la réduction du niveau sonore des villes demeure l'un des enjeux des années à venir pour les grandes agglomérations comme Lyon. Depuis 2005, des outils d'évaluation du bruit en ville ont été mis en place dans le Grand Lyon. En 2018, la population de la métropole exposée au-dessus du seuil “point noir du bruit” de 68 dB était de 17 %. Elle était de 24 % en 2012.

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