Le centre Léon Bérard © Maxppp
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Covid-19 à Lyon : la double peine des malades en cancérologie

En raison d’un retard sur les dépistages puis des vagues de déprogrammation, les spécialistes de la cancérologie pointent une surmortalité de 5 à 10 % pour une maladie qui est déjà la première cause de décès en France.

Les chiffres sont glaçants. Axel Kahn, le président de la Ligue contre le cancer, estime que 100 000 cancers n’ont pas été diagnostiqués depuis que la Covid-19 a déferlé sur la France. Le Lyonnais Thierry Philip, qui préside l’institut Curie, dresse les mêmes constats : “Pendant le premier confinement, beaucoup de cancers du sein ou du côlon n’ont pas été dépistés. Nous voyons aussi des patients atteints de cancer de l’œil arriver trop tard et que nous sommes obligés d’énucléer. La perte de chance est nette. Nous pourrions assister à une diminution des chances de survie de 5 à 10 % pour l’année qui vient.” Pour la première fois, les taux de guérison pourraient reculer. “Aujourd’hui, nous guérissons 60 % des cancers, car les traitements sont plus efficaces, mais surtout parce que nous les traitons plus tôt”, rappelle Jean-Louis Touraine, député LREM et professeur de médecine.

La facture sera lourde

C’est contre cette bataille du dépistage perdue au printemps dernier que luttent désormais les oncologues. Aucun cancer n’est épargné par le retard de diagnostic, mais ce sont les cancers masculins et féminins qui semblent payer le plus lourd tribut. “Un cancer du sein ou de la prostate présente assez peu de symptômes. Ce n’est pas comme un cancer du poumon qui est plus agressif”, explique Jean-Yves Blay, le directeur du centre Léon-Bérard. “Nous prenons en charge des patients avec des formes plus avancées, la facture à payer sera lourde”, désespère un urologue. “Normalement 80 % de mes patientes arrivent suite à une mammographie avec des tumeurs impalpables. Là, j’ai des femmes qui ont découvert leur cancer à la palpation. Les tumeurs sont plus volumineuses et le pronostic est moins bon. Elles auront besoin de plus de chimiothérapie. J’ai en tête une patiente qui est arrivée avec une tumeur de 4 cm. Elle sentait une boule depuis le mois de décembre, mais avait peur de venir à l’hôpital. Elle s’est dit qu’elle allait attendre la fin de la Covid-19 pour consulter, rage Olfa Derbel, oncologue au centre Jean-Mermoz. Parfois, au lieu d’envisager un traitement où l’on pourra garder le sein, nous sommes obligés de faire une mastectomie qui implique aussi plus de chimiothérapie.”

Cercle vicieux

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