A Lyon, la police a-t-elle "gazé" un chien ou des Roms ?

Vendredi soir, en partant d’un squat, trois policiers ont utilisé leur bombe lacrymogène. "Contre un chien dangereux", disent-ils. "Dans notre direction", répondent les Roms. Bilan : un bébé de cinq jours et un autre de deux ans ainsi qu’une adolescente de 17 ans conduits à l’hôpital.

La scène s’est déroulée ce vendredi vers 19h. Dans un quartier excentré de Lyon, route de Vienne (8e arrondissement), là où vivent une trentaine de Roms de Roumanie. Après s’être fait expulser du bidonville de la Part-Dieu (lire ici), ils squattent depuis début novembre une douzaine de garages d’une arrière-cour.

Un équipage de la police nationale, composée de trois agents en uniforme, leur a rendu visite. L’échange a duré quelques minutes. Puis les trois policiers s’en sont allés. Qu’ont-ils fait à ce moment-là ? Les versions divergent diamétralement.

Sur les lieux 40 minutes après les faits, nous interrogeons le gradé, responsable de cette opération de police, lui-même arrivé plus tard. Il explique qu’il s’agissait d’"une prise de contact" pour signifier que les occupants devaient "pas tarder à partir". En quittant les Roms, les policiers "se sont retrouvés plus loin face à un chien, un malinois, qui a montré les crocs. Ils l’ont gazé". "C’était à l’extérieur et à trente mètres des garages", précise le policier. Il n’a donné aucune explication sur ce chien qui était déjà évaporé quand nous sommes arrivés sur place.

"Une attitude inadmissible"

Pour les habitants de ce squat, il n’y a jamais de chien. Certains excités, d’autres visiblement sous le choc, racontent et miment la même scène : deux policiers ont utilisé leur grande bombe lacrymogène à environ cinq mètres d’un groupe d’une quinzaine de personnes, qui étaient réunis au milieu des deux rangées de garages. Puis ces policiers sont partis en courant. Un militant associatif était à ce moment-là dans l’un de ces garages avec une famille. "La fumée est entrée à l’intérieur des garages, si bien que tout le monde s’est rapidement retrouvé sur le trottoir, route de Vienne. Plusieurs personnes pleuraient, d’autres vomissaient". Ce militant a appelé les pompiers qui sont intervenus. "Ils ont emmené aux urgences un bébé de cinq jours, un autre de deux ans et une adolescente de 17 ans", poursuit-il. Le père de l’enfant de deux ans explique notamment que son fils a vomi et qu’il a dû partir à l’hôpital avec sa femme. Les pompiers reviennent vers 20h30 pour prendre en charge une vieille dame qui a fait un malaise. Mais elle ne veut pas aller à l’hôpital.

Questionnés, les pompiers refusent de répondre et nous renvoient vers la police. "Ces affaires-là sont trop sensibles", lâchera l’un d’eux. Le chef de l’équipage de police parle, quant à lui, de "cinéma" et de "trois personnes prises en charge à titre préventif".

Comme l’équipe de Médecins du Monde, Gilberte Renard du collectif Rrom, est arrivée après le "gazage". Elle parle d’une "attitude inadmissible" de la part de la police : "ça fait presque trois semaines que je viens ici pour aider les familles, je n’ai jamais vu de chiens et personne ne m’en a parlé. La police les a gazés pour leur mettre la pression parce que certains voisins se plaindraient du bruit". Quant à une éventuelle prochaine expulsion, elle n’est pas à l’ordre du jour, selon Gilberte Renard : "ils n’ont reçu aucune assignation devant le tribunal".

Une heure après le départ de la police, alors que la vie du squat reprend progressivement son cours, la poignée de militants associatifs s’interrogeaient sur la possibilité de porter plainte.

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8 commentaires
  1. cestunsecret - 20 novembre 2010

    Sur quels critères estimez-vous que la route de vienne est 'un quartier excentré de Lyon'. Sur la distance qui le sépare de Bellecour ? de la Part Dieu ? Pour votre information cette partie de la route de Vienne est à 500m environ de l'Avenue Berthelot. Bellecour ou Partdieu sont joignable en 15 minutes en transport en commun ou à vélo! Il y a aussi une vie de quartier développée avec des habitants, des commerces des restaurants et même un bureau de poste... en plus c'est un quartier en pleine mutation où les grues sont nombreuses. Diriez-vous également que le Point du jour ou la Croix Rousse sont aussi des quartiers excentrés de Lyon puisque plus loin de Bellecour avec de forts reliefs à Franchir ?Votre journaliste, qui visiblement ne connaît pas tout Lyon aurait bien fait de se renseigner avant d'utiliser ce qualificatif ! Pour le compte, il est inexact, un peu 'discriminant'. A moins qu'il ne serve le ton et l'axe de votre papier... C'est vrai que des roms dans un quartier excentré ça ne gêne personne, donc on pourrait les laisser tranquiles. Je crois me souvenir que vous aviez fait plus de cas d'autres squats bien plus centrés sur la toute proche avenue Berthelot...UN journaliste pro c'est un journaliste impartial...

  2. lyonnais - 20 novembre 2010

    @cestunsecret,Oui le Point du jour, la Croix-Rousse (du moins le plateau et le haut des pentes) au même titre que tous les quartiers qui vont au delà de la rue Garibaldi à l'Est entre la rue Paul Bert/avenue Berthelot ainsi que tout ce qui est au Sud de cette avenue cité ci-dessus. Tous ce qui est à l'Est des gares de la Part-Dieu et des Brotteaux ainsi que le quartier de Perrache ne sont pas en ville centre mais plus en périphérie.La ville centre est toute petite par rapport à beaucoup d'autres métropole. Son hyper-centre ce situe entre la place Bellecour (sud) et les Terreaux (nord), le Rhône (Est) avec la petite enclave qu'est la place Maréchal Lyautey et à l'Ouest le Vieux Lyon.A une rue prêt je ne pense pas me trompé. Le journaliste ne se trompe pas et connait très notre ville.

  3. jerome manin - 20 novembre 2010

    Bien vu M. Le journaliste, on a dans cette aventure tout les ingrédients de toutes les caricatures propres à exacerber tous les extrémismes, le genre d'histoire que l'on peut de toute mauvaise foi monter en épingle pendant des semaines et, cas d'école, quelque coté que l'on se place avec des miriades de procès d'intention... Ne touche-t-on pas là, la grosse cagnotte du fait divers ?

  4. Tello - 20 novembre 2010

    Ou le misérable prix du fait d'Hiver ?

  5. Selim - 21 novembre 2010

    En complément, le témoignage d'une personne présente sur place au moment des faits qui confirme qu'aucun chien n'a été vu sur les lieux, à lire sur le site participatif rebellyon.info : http://rebellyon.info/Rroms-gazes-a-Lyon-temoignage.html

  6. Sphinx03 - 21 novembre 2010

    M. Manin et consorts, l'article a au moins le mérite de mettre à nouveau à la lumière la situation des Roms qui visiblement n'a pas du tout été réglé depuis la

  7. Sphinx03 - 21 novembre 2010

    ... très médiatique expulsion des occupants du camp rue Paul Bert. Le journaliste essaie au moins de donner les deux versions des faits. Nos chers candidats aux cantonales, au lieu de critiquer des articles de LyonCap, feraient mieux de se la boucler ou au contraire d'être actif sur le terrain en apportant des propositions concrètes à de tels problèmes.

  8. jerome manin - 21 novembre 2010

    @Sphinx03. Je suis tout à fait d'accord.

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