Jeux de dupes au procès de l’affaire de Saint-Fons

À la demande d’une des deux parties civiles, le procès de l’affaire de Saint-Fons a été reporté le 30 novembre, jour de son ouverture, à décembre 2010. Un épilogue pas si surprenant vu la nature du procès. L’une des parties civiles étant une ville socialiste et les prévenus étant, eux aussi, des socialistes.

Journée ubuesque au tribunal de Lyon ce lundi. Et pour cause : en théorie, la ville socialiste de Saint-Fons devait demander des comptes à d’anciens socialistes de cette même ville. Dans la pratique, nous avons assisté à un vrai jeu de dupes. En 2001, quand la ville a basculé à droite, Michel Denis, le nouveau maire qui s’appuyait sur un audit qu’il avait fait réaliser, portait plainte en dénonçant un système de pompage des caisses de la ville au profit d’associations. Mais aujourd’hui, Saint-Fons est redevenue une ville socialiste. Alors à l’ouverture du procès, Michel Denis craignant que l’avocat de la Ville de Saint-Fons ne se montre trop conciliant avec les prévenus, socialistes ou amis du parti, a tenté un coup de poker. Il s’est lui aussi constitué partie civile au nom d’une association qu’il préside : Union pour le renouveau de Saint-Fons.

Il était représenté par Me De Korodi, l’avocat qu’il avait choisi du temps où il était maire. Une fois, la ville repassée à gauche suite à la victoire de Christiane Demontès aux municipales de 2008, Me De Korodi avait été dessaisi du dossier. “La situation est intenable pour Christiane Demontès qui doit demander des comptes à ses amis. C’est pour cette raison que l’Union pour le renouveau de Saint-Fons s’est portée partie civile. C’est rare de voir la partie civile, comme le fait l’avocat de la Ville de Saint-Fons, et la défense, main dans la main. Je vais être le poil à gratter de ce procès car eux, ils sont dans l’angélisme”, glisse Me De Korodi.

"Une situation exceptionnelle"

Mais ce que redoutait Michel Denis est arrivé. L’avocat de la Ville de Saint-Fons a demandé dès le début de l’audience un supplément d’information. “Au cours de l’instruction, il n’y a pas eu d’expertise comptable. Je me demande s’il y a eu sur-facturation ou non. Et si oui de quel montant ?”, s’est-il interrogé. Une intervention relayée par les avocats de la défense. “Un avocat de la partie civile qui émet des doutes sur les délits reprochés, c’est une situation exceptionnelle. Un supplément d’information serait un enterrement de première classe”, s’inquiétait Me De Korodi à la mi-journée.

La justice n’a préféré prendre aucun risque dans ce dossier sensible et a accepté la demande de la Ville de Saint-Fons. Une expertise sera menée pour déterminer le montant des éventuelles sur facturations de personnels mis à disposition et qui constituent une partie des faits reprochés aux prévenus. Après huit ans d’instruction et malgré la présence d’éléments de chiffrage dans l’ordonnance de renvoi, l’affaire de Saint-Fons repart donc presque à zéro.

Rendez-vous dans un an

Le procès a été renvoyé au 9 décembre 2010. “C’est un coup de théâtre”, confiait amèrement Me De Korodi à la fin de journée. Du côté des prévenus, de grands sourires barraient les visages. “C’est la démonstration de ce que je dis depuis le début. Cette affaire a été fomentée dans un but politique. Il a fallu huit ans pour en arriver là et que le tribunal se rende compte que rien n’est établi. Je suis très content. Ce supplément d’information ne sera pas à double tranchant. Nous avons donné tous les comptes à un cabinet d’audit, Ernst & Young, qui a confirmé qu’il n’y avait pas de sur facturations. Michel Denis nous traîne depuis huit ans dans la boue mais un jour, il devra s’expliquer devant d’autres prétoires”, nous a déclaré Yves Blein, actuel maire de Feyzin et secrétaire général de l'association visée, Léo Lagrange, sur lequel pèse les plus lourdes charges.

Dès le début de l’audience, le juge avait pourtant annoncé que ce procès ne serait pas politique. La tournure prise par les débats et les acteurs de ce procès poussent à penser le contraire. Et d’ailleurs, il n’y avait qu’à regarder dans l’assistance pour mesurer la teneur en politique de ce procès. Jacky Darne, premier secrétaire de la fédération PS du Rhône, était là pour l’ouverture du procès : “Je suis venu soutenir des amis socialistes. Ils ont œuvré pour le bien de leur commune et j’espère qu’ils seront acquittés”. Il faudra encore un an pour connaître le verdict d’une affaire qui a débuté en 2001.

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