Lyon : Quand l'armée enseigne aux lycéens les valeurs de la République


Par Romane Guigue
Publié le 16/11/2017  à 09:28
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Au cœur du lycée des Métiers Japy, situé à Hôtel de Ville à Lyon, une nouvelle promotion a pris ses marques à la rentrée 2017. C'est la promotion Rolland Garros, des élèves en CAP Vente qui pendant un an ont travaillé sur la citoyenneté avec le Lieutenant-Colonel Denis Cochet sous le regard de la documentariste Sylvie Perrin. Allons enfants !, un film à découvrir lundi soir sur France 3.

Le Colonel Cochet enseigne aux élèves du Lycée Japy les valeurs de la République
© Sylvie Perrin / Allons Enfants
Le Colonel Cochet enseigne aux élèves du Lycée Japy les valeurs de la République

"Et toi, si on t'appelle pour aller combattre pour la France, qu'est ce que tu ferais ?" Face au Lieutenant-Colonel Cochet, Jordan, élève du Lycée des Métiers Japy, n'hésite pas une seconde : "Je rentre au bled direct !, avant de poursuivre, et je me cache, je ne combattrais pas." La professeure principale, Nadia Mami, intervient : "Tu ne te sens pas français ?" et la réponse de Jordan de conclure l'échange : "Non."  En réponse, le militaire ne le ménage pas : "Actuellement, il y a 200 000 jeunes Français qui sont prêts à mourir pour vous. Je ne suis pas sûr qu'ils seraient ravis de vous entendre, mais ça ne changera pas leur engagement". 

"C'est beau de s'apprivoiser"

C'est l'un de ces moments forts que la réalisatrice Syvlie Perrin a réussi à capter, en passant deux ans au sein de la classe Défense et Sécurité Globale, mise en place par le lycée privé Japy, situé à Hôtel de ville et spécialisé dans l'accueil des élèves "décrocheurs". Deux heures par semaine, les élèves du CAP Vente ont rencontré le Colonel et ensemble, ils ont discuté de la citoyenneté, de la nation et des symboles qui façonnent la France. Au fil de l'année, les lycéens ont appris à comprendre des valeurs qui leur étaient parfois inconnues. Lundi 13 novembre, Sylvie Perrin diffusait en avant première son documentaire à l'Hôtel de Ville de Lyon, en présence des élèves, du Colonel et de la professeure. Corentin, aujourd'hui en deuxième année réagit : "Je ne saurais pas mettre de mots exacts dessus, mais c'est certain que ça nous a changé cette année." "Je sais que que je ne suis pas sorti indemne de cette expérience, et c'est sans doute plus tard que je comprendrai pourquoi", complète le Colonel. La première rencontre se fait en classe : "On s'est observé, et puis on s'est apprivoisé. C'est beau de s'apprivoiser", se souvient le Colonel Cochet. Tout n'était pourtant pas gagné : réticence, timidité, provocation, les jeunes du lycée Japy ont fait frémir le corps pédagogique plus d'une fois.

 

Sous l’œil de la caméra

Avec beaucoup de finesse et jamais aucune fausse note, la documentariste Sylvie Perrin, qui avait déjà signé Parents Sous Contrat (2015), a réussi à se faire discrète pour capter les émotions des élèves, et les rendre dans un commentaire de 52 minutes sans voix off particulièrement juste. Avec Louise, Jordan, Corentin et les autres, on visite le camp de la Valbonne, le site de la Patrouille de France à Salon de Provence et des musées, et l'on parvient par séquences à saisir ce que ces jeunes tirent de l'expérience, derrière des attitudes souvent provocantes. « Quand on est dans un lieu chargé d'histoire comme celui-ci, on ne peut pas rire. Et on se tient correctement », réprimande le Colonel. Qu'ils soient en classe ou en sortie, les élèves sont dissipés, mais le Lieutenant-Colonel parvient à gagner leur confiance. Se plier à l'autorité, un défi parfois de taille. Sylvie Perrin commente son travail : « Il faut arrêter avec le fatalisme, arrêter de dire que rien ne fonctionne. L'autorité ce n'est pas forcément un uniforme. Pour en avoir discuté avec les jeunes, si ça a fonctionné ce n'est pas parce que c'était un militaire, c'est parce que quelqu'un a fait la démarche de venir vers eux. »

Une expérience qui forme

L'œil de Sylvie Perrin a su capter des émotions de l'intime : "Au départ tout le monde joue avec la caméra, et puis à force, on l'oublie" confie la documentariste. Un an après le tournage du documentaire, les élèves présents à l'Hôtel de Ville s'amusent de leur comportement. Jordan, qui dans le film semblait réfractaire à s'engager pour la France commente sa première réaction : "J'ai changé d'avis, aujourd'hui je comprends ce que ça veut dire, et je pourrai combattre pour mon pays." Le film de la documentariste met en lumière le travail de toute l'équipe pédagogique et des élèves. Nadia Mami affirme que "le travail collectif aura plus d'importance dans les cours, pour la cohésion, la solidarité et l'entraide." Le documentaire Allons Enfants est à découvrir lundi 20 novembre sur France 3.

 

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Vos réactions
2 commentaires

Si Jordan, qui ne se sent pas français, rentre au bled pour ne pas défendre son pays, il sera bien accueilli au "pays" !

Signaler un abus | le 16/11/2017  à 10:12 | Posté par  Kasneh  

Toute la question est "qu'est-ce que défendre le pays ?"
Est-ce aller combattre au Niger pour, non pas défendre "la liberté égalité fraternité", mais pour aller protéger nos intérêts économiques avec le nucléaire tiré de cette région pour AREVA ?
.
Faire vibrer la fibre patriotique, si ça les amuse. Mais la race humaine a maintenant autre chose à foutre que de se taper dessus avec la notion de nation.
Il est grand temps de mettre des cours de psychologie, de philosophie et d'économie, dans toutes les écoles dès l'âge de raison.

Signaler un abus | le 16/11/2017  à 10:35 | Posté par  Abolition_de_la_monnaie  
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