Info Lyon Capitale - Une employée de la Ville de Lyon a déposé plainte le 3 février contre le maire de Lyon, Grégory Doucet, en sa qualité d’autorité territoriale et employeur, pour des faits de "harcèlement moral au travail" et "discrimination à raison du handicap".
"Ils ont bousillé ma santé." Employée à la Ville de Lyon depuis près de 25 ans, Laetitia Schouwey, 42 ans, a décidé de porter plainte le 3 février dernier contre le maire de Lyon, Grégory Doucet, en sa qualité d’autorité territoriale et employeur, ainsi que contre X, pour des faits de "harcèlement moral au travail" et "discrimination à raison du handicap."
Un harcèlement long de plusieurs années
Une procédure judiciaire entamée il y a quelques mois seulement, après plusieurs années de combat. Assise aux côtés de son père, la quarantenaire raconte son parcours… Et sa maladie. Souffrant de troubles autistiques et du syndrome de DiGeorge, Laetitia Schouwey rejoint la Ville de Lyon en novembre 2001 dans le cadre d’un emploi-jeune avec un taux d’invalidité de 79 %. "Je voulais être dans le service public pour aider les gens, mais c’était déjà très dur pour moi vis-à-vis des autres, surtout en tant que femme. Quelques mois plus tard, on a vu que j’étais compétente dans l’administration, donc on m’a transféré à la saisie des procès-verbaux."
Le syndrome de DiGeorge, c'est quoi ?
Selon le Manuel Merck de diagnostic et thérapeutique, le syndrome de DiGeorge est un déficit immunitaire congénital dans lequel le thymus, une glande située dans le cou, est absent ou sous-développé à la naissance, ce qui entraîne des problèmes avec les lymphocytes T, les globules blancs qui aident à identifier et détruire les cellules étrangères ou anormales. D’autres malformations congénitales cardiaques sont également présentes.
Finalement titularisée en 2008, Laetitia Schouwey restera à ce nouveau poste jusqu’en 2010, avant de passer à mi-temps, sa maladie entraînant une fatigue extrême, des douleurs neuropathiques chroniques, une surdité partielle et une hypersensibilité sensorielle et émotionnelle. "J’étais très à l’aise devant l’ordinateur et mon travail était fait. Je remplissais toutes mes tâches, mais ça n’a pas empêché mes collègues et mes employeurs de me mettre de côté, de me harceler", confie-t-elle. Et d'ajouter : "Ils étaient sans cesse sur mon dos, avaient des mots très durs à mon égard. Je me sentais comme une moins-que-rien. Cela n'a fait qu'augmenter mon anxiété et mes symptômes." En 2009, elle sera contrainte de prendre un arrêt de travail de 18 mois en raison d’une grave dépression.
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Un "revirement brutal" en 2024
Mais Laetitia Schouwey s’accroche. "J’ai besoin de vivre, de trouver ma place", martèle-t-elle, émue. À la fin de son CDD, la Ville de Lyon met alors en place, dès 2012, un aménagement de poste adapté, soit un travail à mi-temps avec un maintien du traitement complet, au service archéologique de la Direction des Affaires Culturelles. Mais tout bascule en 2024 pour la quarantenaire. Dans le dépôt de plainte que nous avons consulté, son avocat, Me Pascal Touhari, décrit ainsi un "revirement brutal" de l’administration, amenant à la "placardisation" de Laetitia Schouwey. Elle est alors mutée à la Direction de l’immobilier pour des tâches d’archivage "bien en deçà de ses compétences et de son grade", note l’avocat.

La fonctionnaire est ensuite installée dans un bureau "non-ergonomique" et "inadapté" à son handicap, dont la Ville de Lyon a pleinement connaissance depuis son embauche. "J’ai pu arriver en retard au bureau à cause de mes douleurs, mais j’ai toujours rendu un travail impeccable et ils le savent. Ça m’a dégoutée", se désole encore Laetitia Schouwey.
Des expertises médicales à répétition
Aujourd’hui, la fonctionnaire assure que la Ville de Lyon et sa Direction des ressources humaines (DRH) lui reprochent une situation qu’ils ont eux-mêmes instaurée, en remettant en cause le dispositif "50 % payé 100 %". Dans un courrier daté du 27 mai 2025, la DRH indique : "Aucune disposition (…) ne permet à ce jour à un agent public de pouvoir bénéficier d’un allègement de service à hauteur de 50 % sans impact sur sa rémunération." Mais pour Me Pascal Touhari, l’argument ne tient pas. "L’administration ne peut, douze ans plus tard, arguer de sa propre turpitude ou d’une prétendue ‘irrégularité’ pour démanteler brutalement les conditions d’existence de son agent", soutient-il.
Le 23 juillet de la même année, la Ville de Lyon diligente alors une expertise médicale. Cette dernière, dont nous avons obtenu une copie, attestera de l’aptitude de Laetitia Schouwey à son poste aménagé et refusera la mise en congé d’office, estimant qu’il "n’y a pas de raison médicale à une inaptitude définitive (…) ni à un éventuel CMO d’office (congé de maladie ordinaire : Ndlr)." S’ensuivront plusieurs nouvelles expertises, le 14 janvier 2026, 17 février, 30 avril, 12 mai et 16 juin, toutes concluant "systématiquement" à l’aptitude de la quarantenaire, indique encore le dépôt de plainte.
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La Ville de Lyon "n’est pas en mesure" de commenter
Contactée par Lyon Capitale, la Ville de Lyon explique que "cette situation relève d’un cas individuel faisant actuellement l’objet d’un contentieux". "Dans ce contexte, la Ville de Lyon n’est pas en mesure de la commenter", indique la municipalité.
"J’ai le sentiment que tout le monde m’a laissé tomber aujourd’hui", explique Laetitia. Une situation qui est dû, selon, elle, à un manque de connaissances et d'éducation de la part de ses employeurs. "Ce que je veux aujourd’hui, c’est pouvoir travailler. C’est ma force de vivre, alors je veux y croire. Je veux croire que plus nous serons nombreuses à témoigner, plus nous serons entendues, nous, personnes autistes et handicapées", conclut-elle.
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Les écolos ne seraint pas humanistes comme ils le prétendent !