Les grandes écoles lyonnaises hostiles aux quotas de boursiers

Par Fabien Fournier ,  Julie Lotz
Posté le 06/01/2010  à 19:01 |  lu 3462 fois |  12 réactions|
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© Pluquet Pierre Antoine
© Pluquet Pierre Antoine

La Conférence des grandes écoles refuse d'instaurer un seuil minimum de boursiers dans leurs établissements : les prestigieuses formations lyonnaises aussi. Chacune défend son dispositif. EM-Lyon, INSA, ENS, Sciences-Po, ESDES : nous avons interrogé les principales institutions sur leurs frais de scolarité, leur taux de boursiers et leur politique sociale. Revue de détail.

Leur imposer 30% de boursiers par promotion, ça leur donne des boutons. Les grandes écoles craignent que cet objectif, fixé par le ministère de l'enseignement supérieur, ne se traduise par un système de quotas à l'entrée de leur prestigieuse maison. Lequel système provoquerait, selon la Conférence des grandes écoles, la baisse de niveau de leur diplôme.

"Comment peut-on dans la société contemporaine être aussi réactionnaire ?", s'étranglent, indignés, Alain Minc et François Pinault, dans une tribune de ce jour, dans Le Monde. "Comment ne pas comprendre que l'équilibre de la société passe par le rétablissement de la promotion sociale et qu'à cette aune-là, le respect absolu des modes de recrutement traditionnels est suicidaire ?".

30,6% de boursiers à l'INSA

Nous avons interrogé nos grandes écoles lyonnaises (toutes ne faisant pas partie de la Conférence des grandes écoles). Seul l'INSA atteint déjà cet objectif, avec 30,6% des effectifs nationaux (26% en comptant les étrangers). Les autres sont à la traîne : 21% à l'Ecole normale supérieure (ENS), 20% à Sciences-Po Lyon, 15% à l'Ecole de management de Lyon (EM) et 9% à l'ESDES (Université catholique de Lyon).

Il faut noter que certaines opèrent sans le vouloir une véritable sélection par l'argent : les intégrer coûte cher : 9 000 euros à l'Ecole de Management, 6 600 euros à l'ESDES, 700 euros pour Sciences-Po Lyon, 657 euros pour l'INSA. A l'ENS, ce sont au contraire la majorité des étudiants qui sont payés puisqu'ils sont pour la plupart des stagiaires de la Fonction publique. Certaines pratiquent toutefois un tarif réduit pour les étudiants boursiers (voir ci-dessous), voire les en exonère comme Sciences-Po et l'INSA.

"Les quotas, c'est délicat"

Toutes ces écoles sont favorables à l'objectif d'une mixité sociale, aucune ne veut pourtant mettre en place un dispositif de quotas pour y parvenir. "Les quotas, c'est délicat", résume Christian Bérard, directeur de l'ESDES. "Cela revient à introduire un biais entre les étudiants qui sont théoriquement sur un pied d'égalité. Le risque, c'est l'entrée au rabaispour ceux qui bénéficient de voies d'accès particulières", estime cet enfant d'ouvrier qui a réussi Sciences-Po. "Ceux qui bénéficieraient de ces politiques pourraient en pâtir plus tard car ils seraient entrés par la petite porte", développe Jacques Samarut, président de l'ENS.

"Pourquoi ne pas instaurer aussi des critères sur le nombre d'étudiants étrangers ou sur les étudiants issus de la région où se situe l'école ?", s'interroge Patrice Houdayer, directeur général délégué de l'EM-Lyon. "Aujourd'hui nous parlons de boursiers mais nous pourrions vite basculer vers d'autres critères comme la couleur de peau", s'inquiète Jacques Samarut. "Ce serait complètement irréaliste de vouloir appliquer ces quotas dès la rentrée prochaine et ça pourrait avoir une influence sur le niveau de la formation", affirme Alain Storck, directeur de l'INSA, membre de la conférence des grandes écoles. La plupart préfèrent, à l'instar de Gilles Pollet, directeur de Sciences-Po Lyon, des aides aux lycéens défavorisés afin qu'ils réussissent les concours d'entrée. Voici les différents dispositifs qu'ils ont mis en oeuvre pour favoriser la mixité.

L'INSA

Seuls les étudiants français non boursier et les étudiants étrangers paient leur scolarité. "Depuis décembre, nous avons créé un centre de diversité et de réussite afin de se doter d'une politique globale en matière d'égalité des chances", ajoute Alain Storck.

L'Ecole normale supérieure (ENS)

L'ENS est partenaire du dispositif "Multi-campus multi-quartier" proposant un tutorat à cinq lycées en difficulté de l'agglomération (lire ci-contre). A la rentrée 2010, une classe passerelle va être ouverte : elle accueillera les bacheliers méritants afin de les aider à intégrer une prépa, soit en 1ere, soit en 2e année. "Ils seront choisis en fonction de leurs résultats au bac, de l'évaluation par l'équipe pédagogique qui les aura suivis tout au long de leur scolarité, mais surtout selon leur motivation", précise Jacques Samarut. Par ailleurs, les frais de concours sont gratuits.

L'institut d'Etudes Politiques de Lyon (Sciences-Po)

Sciences-Po a noué un partenariat avec 28 lycées défavorisés de la région afin d'accompagner les élèves en vue du concours d'entrée. "Pour l'examen d'entrée, nous avons aussi fait le choix d'une épreuve de langue écrite et non orale, cette dernière étant plus discriminatoire dans la mesure où les élèves n'ont pas tous la chance de faire des séjours à l'étranger pendant les vacances", confie Gilles Pollet. De plus, les boursiers jouissent d'un tarif réduit pour s'inscrire à l'épreuve, 60 au lieu de 180 euros.

L'Ecole de management de Lyon (EM)

Le concours d'entrée est gratuit pour les boursiers à l'EM-Lyon. En intégrant les bourses de la Région, celles de pays tiers pour les étrangers, celles qu'accorde l'EM-Lyon à certains étudiants ainsi que celles octroyées par des entreprises partenaires, l'école compte 1200 boursiers pour 3000 étudiants. Mais le montant des aides est variable. Enfin l'EM est partenaire du dispositif "Multi-campus multi-quartier (lire ci-contre).

L'ESDES (Université catholique)

"Ce que l'on fait pour plus de diversité sociale ? Pas grand chose", avoue avec honnêteté Christian Bérard. L'ESDES consent toutefois une réduction de 30% de ses frais de scolarité pour les jeunes en difficulté (la mesure touche 150 étudiants sur 1000). Une bourse d'excellence est également attribuée aux élèves les plus brillants qui peinent à financer leurs études. L'intégralité de leur scolarité est prise en charge. Mais ce dispositif ne concerne que 9 étudiants au total. D'autres pistes sont envisagées à l'avenir.

Lire aussi : Un tutorat de prestige pour les jeunes défavorisés

Sciences-PoESDESEMBoursiersEcolesDiplômesENSquotasINSALyonEtudiantsUniversité
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VOS REACTIONS
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Le système des concours assure l'égalité entre les candidats, la seule discrimination est sur le niveau scolaire. Il serait dommage et peut-être même injuste d'introduire une barre d'admission plus basse pour les boursiers.

Favoriser l'accès des boursiers aux classes préparatoires : oui. Favoriser les boursiers aux concours d'entrée : non !

Signaler un abus | le 06/01/2010  à 19:45 | Posté par  Bluegrass Gone  

Je vois pas ce que vient faire l'ESDES au milieu des autres grandes écoles.. Pourquoi ne pas rajouter l'IDRAC ou l'INSEEC tant qu'on y est... (sans doute une histoire d'affinités)
De plus, le journaliste devrait relire son texte avant de le publier car on ne parle pas d'Ecole Nationale Supérieure mais d'Ecole Normale Supérieure.

Signaler un abus | le 06/01/2010  à 21:27 | Posté par  Jayjay  

je voudrais juste dire à Jayjay qu'il devrait actualiser ses connaissancese : l'ESDES est membre de la Conférence des Grandes Ecoles depuis juin 2007 ; et le mépris que contient son texte en dit long sur son état d'esprit !

Signaler un abus | le 07/01/2010  à 13:14 | Posté par  Christian Bérard, directeur de l'ESDES  

Une précision sur le propos qui m'est prêté : quand j'évoque le risque d'une "entrée au rabais", cela ne signifie en rien "baisse de niveau du recrutement", comme certains ont pu l'exprimer. Cela signifie seulement que le risque est que les personnes entrées à travers un dispositif spécifique lié à des quotas pourraient être perçues (au sein de l'école ou sur le marché du travail)comme ayant bénéficié d'une voie plus facile ; c'est le thème de la "controverse ESSEC / Sciences po".
Par ailleurs, l'ESDES n'a certes "pas fait grand'chose" jusquà présent, mais elle a des projets pour 2010 : alternance, partenariats avec des lycées de la région lyonnaise.

Signaler un abus | le 07/01/2010  à 13:40 | Posté par  Christian Bérard, directeur de l'ESDES  

C'est vrai que pour une école qui est censé refléter les valeurs chrétienne (tolérance, partage, charité, amour de l'autre, ...) le manque d'ouverture et de mixité sociale fait vraiment tâche ... l'ESDES étant la dernière de la classe ... Un peu plus de mixité sociale pour les faire sortir du cocon qui les entoure ne pourra que faire du bien à nos futurs élites (comme on dit) ...
Après le débat sur la manière, ça se discute effectivement. Mais celui-ci ne doit être utilisé comme un écran de fumée pour cacher le manque de résultat en la matière.

Signaler un abus | le 07/01/2010  à 14:42 | Posté par  jon  

Rendons hommage en tout cas au directeur de l'ESDES qui vient répondre aux lecteurs du site internet de Lyon capitale, ce n'est pas si fréquent!

 

Signaler un abus | le 07/01/2010  à 15:39 | Posté par  arnaud l  

ESDES ? jamais entendu parlé... qu'est ce que cette ecole vient faire la ?? elle n'a rien d'une grande école voyons...

Signaler un abus | le 07/01/2010  à 21:45 | Posté par  Poty  

Et pourquoi ne pas abolir les grandes écoles (vous avez remarqué, je ne mets pas de majuscules, sans doute parce que j'en ai fait une...) et fonctionner avec un modèle purement universitaire tant qu'on y est ? Cela fonctionne tellement bien...

Décidément, cette opération de communication du gouvernement fait bien du bruit ; pour ça ils sont fort Sarkozy et compagnie ! Par rapport aux frais de scolarité en Ecole de Commerce, je tiens à souligner que les banques ne sont pas les dernières à proposer des prêts à moyen-long terme (9 ans dans mon cas) pour que les étudiants financent leur scolarité - d'où qu'ils viennent tant qu'ils ont intégré une grande école. Elles ne se trompent pas sur leurs intérêts, elles.

Il me paraît pourtant évident que l'on cherche ici à désigner un bouc émissaire qui serait responsable du délabrement du système éducatif français (personnellement, je ne l'ai pas vraiment le constater, mais il paraît que c'est la situation...). Quel système est plus égalitaire que celui des concours d'entrée ? Certainement pas celui des institutions publiques qui obtiennent le statut de "Grand Etablissement" pour pouvoir effectuer une sélection sur dossier à l'entrée en accord à des critères plus ou moins avouables (oui, Paris Dauphine, je te montre du doigt). Ces concours sont anonymes, leur présentation est gratuite pour les boursiers et seul le mérite scolaire (qui est un critère comme un autre, sans doute le moins mauvais) est récompensé à leur issue.

C'est en amont que se situe le problème, au collège puis au lycée, dans un système prétendument égalitaire qui encourage ses meilleurs éléments à emprunter la voie des classes préparatoires et décourage les plus moyens de s'orienter dans cette direction. Pourtant, j'ai vu des collègues de classe prépa plutôt mal partis s'en sortir très bien aux concours à l'issue des deux années de préparation. Les plus travailleurs, y a pas de secret. Mais, dites-moi ... au collège, les meilleurs (sur le plan scolaire) ne sont-ils déjà pas ceux qui sont issues de milieux plus favorisés ? Et au lycée, n'est-ce pas aussi le cas ?

Lorsque l'enseignement sera véritablement démocratique et que tout paramètre de sectorisation aura été retiré de l'équation, peut-être verrons-nous naître un système égalitaire qui favorise les plus méritants. En attendant, je soutiens la position de la Conférence des Grandes Ecoles, de leurs représentants lyonnais et souhaite que l'on redirige le débat vers la question de la qualité de l'enseignement dans le secondaire qui est à mon avis la forêt que le gouvernement et quelques personnes un peu frustrées dissimulent derrière cet arbre. Dans notre République, on dirait qu'il est de bon ton de taper sur les "élites" (je rappelle que la plupart ont travaillé avec acharnement pour ce statut) et de caresser les franges les plus fragiles de la population dans le sens du poil.

Bravo à Christian Bérard d'être venu s'exprimer en personne sur cet article, c'est une attitude noble et citoyenne que n'auront pas eu les auteurs des commentaires insultants qui profitent un peu facilement du confort de l'anonymat pour ne révéler rien d'autre que leur peu de courage.

Signaler un abus | le 08/01/2010  à 02:02 | Posté par  Numéro 8  

EM-Lyon est un peu gonflée de compter les bénéficiaires de bourses régionales au titres des étudiants boursiers !
La Région Rhône-Alpes n'a pas de bourses à caractère sociale, elle a concentré ses efforts sur les aides à la mobilité internationale, attribuée sans critères sociaux (mais avec un plus pour les boursiers).

Signaler un abus | le 08/01/2010  à 10:16 | Posté par  Jeannot  

Initiation aux langues vivantes
De la maternelle au cm
Initiation aux tous petits dès 3ans et préados
dans l'enceinte scolaire
cours adapté à chaque enfant et selon sa capacité de compréhension : expression corporelle dans la grande salle,jeu,musique, écriture, mime visuel ou auditif.
groupe de 6 à 12 ans pour être ''rentable'' pour l'association.
dans le cadre de la directive de l'hotel de ville central de 1989.

Signaler un abus | le 08/01/2010  à 14:27 | Posté par  English initiation  

question à Christian Bérard
votre père étit til prof de français??
merci

Signaler un abus | le 08/01/2010  à 14:33 | Posté par  l 'em notre fleuron  

Bien, je vais essayer de modérer la discussion, étant moi-même ancien de l'EM Lyon en Mastère Spécialisé Stratégie et Marketing International (SMIEI), et passionné par mon métier qui est l'emarketing international.

Il est clair que les écoles de commerce sont discriminantes par le revenu, je pense que personne ne peux contredire ce fait.
Pourtant, quelle personne qui a critiqué si violemment les écoles de commerce françaises par rapport aux universités, sur la base de faits concrets, peut-elle se permettre de tels commentaires ? Personnellement, j'ai eu la chance de faire l'école EM Lyon en Mastère Spécialisé en marketing avec des professeurs difficiles, exigeants, et certains de véritables maîtres dans leur domaine. On était tout de même 397 pour 37 pris, même si les 397 pouvaient le payer.

Pour autant, il est évident que l'université française a besoin de se rapprocher des entreprises, on a souvent tendance à dramatiser mais l'université française est bonne, il suffit d'améliorer ce point avec un professionnel dédié à cette tâche au niveau de chaque fac BAC +4 BAC +5, c'est mon humble avis. Au-delà du pessimisme, il faut aller plus loin car les moyens sont très inégaux :(

Signaler un abus | le 29/01/2010  à 23:28 | Posté par  Francois Prigent  

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