Rémy Vercoutre : “On doit plus respecter le public”

Rémy Vercoutre est depuis plus de 8 ans la doublure de Grégory Coupet puis de Hugo Lloris dans les cages de l’OL. En ce début de saison difficile pour son équipe, il se confie à Lyon Capitale (numéro de septembre 2010).

Lyon Capitale : Quels sont les objectifs de l’OL cette saison ?

Rémy Vercoutre : On l’a déjà dit même si on ne va pas le crier sur tous les toits, l’objectif premier, est de ramener un titre. Ça nous manque de ne pas fêter quelque chose comme il se doit en fin de saison (il marque une légère pause)... Cette année, il va vraiment falloir s’y mettre car ça fait deux ans qu’on n’a rien gagné !

Il y a aussi, semble-t-il, une volonté d’améliorer le style de jeu de l’équipe ?

Oui, c’est un peu la philosophie mise en place depuis la reprise. On accentue beaucoup les entraînements sur le jeu de passes, sur le mouvement. Ce qui nous faisait peut-être défaut à certains moments l’an dernier. Après il ne faut pas oublier l’efficacité. Personnellement, je préfère être efficace et moins beau. Maintenant, si on arrive à allier les deux, ça serait top !

Avec le départ de joueurs cadres (Clerc, Govou, Boumsong) on a le sentiment que l’équilibre du groupe entre les anciens et les plus jeunes est assez fragile...

C’est un peu bizarre. Avant, il y avait une majorité d’anciens, maintenant on est en minorité. Les jeunes sont réellement doués mais ils n’ont pas tout le temps la mentalité pour asseoir leur qualité au plus haut niveau. Il leur manque des comportements de joueurs pros. Ce n’est pas tant au niveau des aptitudes, ils sont même bien plus forts que nous à leur âge, mais en terme de mentalité, de caractère, il leur manque des petits détails. Après, pour nous les anciens, ce n’est pas facile de voir des joueurs avec de nombreux matches au compteur s’en aller parce qu’on sait qu’un mec qui a de la bouteille dans n’importe quelle situation, on sait ce qu’il va donner. Alors qu’avec un jeune, ça peut fluctuer. Il est évident que des joueurs comme Sidney Govou, François Clerc, Jean-Alain Boumsong vont nous manquer. Il faudra compenser par d’autres choses.

Cet été, vous avez poussé une “gueulante” mémorable à l’issue du match amical contre le Celtic Glasgow (2-2)...

(Il coupe) Et vous savez pourquoi ? Car, on ne peut pas admettre, dans un club comme Lyon, de se faire égaliser à huit minutes de la fin alors qu’on mène 2-0. Peu importe l’équipe qui est alignée sur le terrain : des vieux, des jeunes, des anciens, des nouveaux… Oui, je me suis énervé dans le vestiaire, oui, j’ai dit que c’était anormal car selon moi, on se devait de gagner ce match. C’est quelque chose que je n’admets pas et que je n’admettrai jamais. Même si c’était un match amical, c’est un état d’esprit qu’on recherche. Et sur ce coup-là, on n’avait pas le droit de se faire égaliser. Sur le terrain, il n’y avait qu’Anthony Réveillère et moi de plus âgés donc c’est vrai que c’est retombé sur les jeunes mais j’aurais réagi de la même manière avec des joueurs plus âgés.

N’y a-t-il pas un risque de voir se multiplier les tensions entre joueurs expérimentés et jeunes ?

C’est au coach de gérer ça. C’est lui qui a souhaité mettre en place cette politique-là. Il assumera totalement. Pour l’instant, il n’y a pas de souci. Certes, ce n’est pas tout le temps facile, mais ça ne l’est pas aussi lorsqu’il y a des joueurs avec de gros ego. Je le répète, les gamins sont doués. Au niveau de la mentalité, ça va se mettre doucement en place. Je ne suis pas inquiet.

Quel est votre rôle au sein de ce vestiaire lyonnais ? Faire le tampon entre les plus anciens et les plus jeunes ?

Je ne suis pas le meilleur pour ça. Celui qui savait le faire, c’était Sidney (Govou). Il s’entendait aussi bien avec les jeunes que les anciens. Par rapport au cadre de vie instauré par le coach, mon rôle est de faire des rappels. Aujourd’hui, je ne joue pas mais je suis toujours le premier à l’entraînement, à encourager mes coéquipiers... j’essaye d’être exemplaire sur et en dehors du terrain.

Quelles sont vos relations avec Claude Puel ? Pensez-vous qu’il soit l’homme de la situation pour l’OL ?

Si le président l’a choisi, c’est qu’il doit l’être. Il est arrivé après une saison quoi qu’on en dise pas très facile avec Alain Perrin. Une année compliquée, masquée par le fait qu’on ait gagné le doublé Championnat-Coupe de France. Il a récupéré un groupe qui était en mal d’autorité. Claude Puel a recadré les choses et Lyon a terminé troisième puis deuxième la saison dernière. Si ça continue bien, cette année, il y aura peut-être un truc sympa au bout avec une première place. C’est une progression linéaire et constante depuis qu’il est arrivé à Lyon. Il faudra juger à la fin.

Est-ce qu’à l’image de Cris, vous vous êtes rapproché de lui ?

Je ne pense pas que ce soient les joueurs qui se rapprochent du coach. C’est plutôt l’inverse. Personnellement, je ne tiens pas à me rapprocher de l’entraîneur, ça peut être très mal perçu par un vestiaire, par un groupe. Un entraîneur a forcément besoin de relais dans son équipe. C’est plus facile de le faire avec son capitaine ou un joueur comme moi qui ne joue pas souvent. Je suis sûrement la personne idéale pour lui car je n’ai pas à penser à ma performance individuelle. Certes, il me parle régulièrement mais ce n’est jamais à ma demande. Je joue le jeu de ce relais au même titre que d’autres joueurs du groupe dans l’unique but que le groupe vive bien.

À titre personnel, n’y a-t-il pas un sentiment de frustration d’être l’éternel remplaçant ?

Non. C’est un peu passé tout ça. Cela ne fait jamais plaisir d’être remplaçant. J’entends ici ou là dire que ça me va bien d’être remplaçant, que je me contente de ça. J’invite les gens à venir me voir à l’entraînement. J’arrive le premier et je repars le dernier et je ne ménage pas ma peine. Lorsqu’avant chaque match, le coach annonce son onze de départ, et que j’apprends que je ne suis pas titulaire, ça me fait toujours un pincement au cœur. En tant que compétiteur, on a toujours envie d’être sur le terrain, d’aider les copains. Maintenant, il faut un second dans une équipe et c’est mon rôle depuis quelques années. Je l’accepte.

Avez-vous demandé à Claude Puel de pouvoir disputer les matches de Coupe de France ou de Coupe de la Ligue ?

Je n’ai jamais rien demandé depuis que je suis à Lyon. C’est le coach qui décidera. Je suis à chaque fois prévenu au dernier moment. Je n’ai aucune demande particulière, je n’ai aucune garantie.

Comment qualifieriez-vous le clan des gardiens à l’OL ?

Sur le terrain, gardiens et joueurs de champ forment un collectif. Mais en dehors du groupe, entre gardiens, nous sommes une sorte de famille. Je suis gardien de but et non footballeur. C’est bien de faire la différence. Ce poste est atypique. On a besoin d’être soudé, d’être entre-nous pour échanger. Avec ce qui s’est passé en Afrique du Sud, l’image des footballeurs s’est considérablement dégradée.

Le public a l’impression que les "footeux" sont de plus en plus dans leur bulle, dans leur monde...

Non, pas tous. Un joueur qui est en équipe de France a forcément plus de notoriété. Plus de chose à gérer au niveau de son image. Je l’avais déjà dit, il y a un an, aux Lyonnais de l’équipe de France, que j’étais déçu de l’image qu’ils véhiculaient lorsqu’ils étaient en sélection. À cette époque, ils ne m’avaient rien répondu. Et malheureusement, ce que je ressentais à ce moment-là, toute la France l’a ressenti. Quand je les voyais, je ne les reconnaissais pas. Ce n’étaient pas les mêmes mecs que je côtoyais à Lyon. Pour revenir à votre question, je n’ai pas le sentiment de vivre dans une bulle. J’ai une famille, j’emmène mes enfants à l’école, je vais à la boulangerie, je vais faire mes courses au supermarché comme tout le monde. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Ce que je regrette, c’est que je ressens l’effet pervers de tout ça. Je ne vais pas dire que c’est une tare d’être footballeur professionnel mais tu ressens les regards beaucoup plus insistants sur toi. Aujourd’hui, on doit faire davantage attention à notre public.

C’est la moindre des choses, non ?

C’est normal, si tu as envie de le faire. Je ne sais pas si c’est un devoir. Certains le font naturellement, d’autres forcés. Je préfère que quelqu’un vienne me voir parce qu’il en a envie et non parce qu’on l’a forcé. Maintenant, il va falloir essayer de faire changer les mentalités, on se doit de plus respecter le public et les médias. On avait peut-être oublié qu’il y avait un devoir vis-à-vis d’eux. Maintenant, doit-on se forcer à le faire ? Je n’en sais rien.

Quel est votre avis sur l’interdiction des écouteurs de baladeurs ?

Certains joueurs trouvent que c’est un manquement à une certaine liberté, moi je me dis libre à toi d’écouter la musique chez toi, dans ta voiture, dans le bus. Lorsqu’il y a des gens autour et que tu portes le survêtement ou le costume de ton club, c’est préférable de ne pas avoir d’écouteurs vissés aux oreilles. C’est peut-être nécessaire de l’imposer au départ, pour que ça devienne naturel.

Vous semblez entretenir des relations compliquées avec certains médias...

Je me suis apaisé (sourire). Je trouve que certaines choses véhiculées sur l’OL dans la presse ne sont pas totalement justifiées. De manière générale, les médias n’acceptent pas la critique. Comme nous, joueurs, ils se doivent de l’accepter. Si je vais voir un journaliste pour lui dire que je ne suis pas d’accord avec son article, il se braque immédiatement. Puis, ce que je regrette, c’est qu’il n’y a pas assez d’échange entre les joueurs et la presse. J’aimerais le faire davantage mais on n’en n’a pas toujours la possibilité. Alors, c’est vrai que j’ai eu certains clashs mais je suis comme ça, je suis une grande gueule. Mais ceux qui me connaissent, savent que j’ai un bon fond.

Si on vous dit qu’on a du mal à vous cerner. Qu’on vous trouve un tantinet lunatique…

Je ne sais pas si je suis lunatique. Je suis quelqu’un d’entier, d’un peu excessif. Lorsque quelque chose me déplaît, je ne peux pas le garder pour moi. Je ne cherche pas à être un mec plat, conventionnel. Je pense que le plus important, c’est de ne pas tricher avec soi-même.

Vous avez été sollicité à l’intersaison. Avez-vous songé à quitter Lyon ?

Lorsqu’on reçoit des propositions, on est obligé de réfléchir. Car la frustration de ne pas jouer, elle est réelle. Elle sera tout le temps là. Il y a de nombreux paramètres à prendre en compte. À l’intersaison, la question ne s’est pas vraiment posée. Il y a eu beaucoup de rumeurs mais je n’ai pas reçu de sérieuses propositions.

Envisagez-vous de terminer votre carrière entre Rhône et Saône ?

C’est ce qui tend à se passer. Maintenant, ça ne sera pas forcément la vérité. Terminer ma carrière à Lyon ? Je l’espère. Mais est-ce que le club m’en donnera l’opportunité ? On verra si c’est le cas dans les prochains mois.

Pensez-vous déjà à l’après-football ? Pourriez-vous devenir entraîneur des gardiens ?

Cela demande beaucoup de travail d’entraîner les gardiens. Il faut avoir une flamme énorme. Je ne sais pas si j’ai la fibre pour le faire. En tout cas, je suis en train de passer les diplômes d’entraîneur. Une chose est sûre : j’ai 30 ans et je n’ai pas du tout envie de raccrocher les crampons.

à lire également
Bertrand Traoré en pleine action, contre Bordeaux, le 28 janvier 2018 © Nicolas Tucat / AFP
Du Burkina à l’Europe, Bertrand Traoré (22 ans) se plonge dans ses souvenirs pour Lyon Capitale. Une trajectoire rapide pour l’attaquant de l’OL, très imprégné par sa culture africaine.
d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires

réseaux sociaux
Faire défiler vers le haut