Collomb face à lui-même

Gérard Collomb a retrouvé son sens de l'humour au soir du premier tour, alors que les électeurs venaient de répondre pour lui au fameux "On va les défoncer" lancé par Dominique Perben il y a 15 jours. 6 arrondissements sur 9 à gauche dés le premier tour. Le résultat est historique et sans appel. Gérard Collomb peut même rêver d'un petit chelem dimanche prochain, en faisant tomber le 4e et surtout le 6e arrondissement ! "Même dans le 2e, on peut gagner" veut-il croire. Le grand chelem, réalisé en 89 par Noir, semble tout de même impossible. Qu'importe. Les municipales sont un triomphe pour Collomb. Une débâcle pour son adversaire, Dominique Perben (UMP), éliminé dès le premier tour, et qui laisse une droite lyonnaise en charpie, à nouveau sans leader.

La route est libre pour Gérard Collomb. Depuis 2001, il a incontestablement été un bon maire de Lyon, proche de sa ville et de ses habitants, avec quelques réalisations marquantes autour des berges, de vélo'v et d'une politique événementielle flamboyante, mais aussi avec la constructions de logements sociaux et de crèches. Son bilan comme président du Grand Lyon est nettement plus contestable. Outre une gestion des marchés publics régulièrement désavouée par la justice, c'est surtout la vision "métropolitaine" qui a péché. Les grands projets d'infrastructures n'ont pas avancé : les autoroutes sont en panne et les TCL ont ralenti leur développement. Et pendant 7 ans, on ne peut pas dire qu'il ait tissé des liens avec les maires des grandes villes voisines, Saint-Etienne et Grenoble en tête, ainsi que les autres collectivités, à commencer par la Région, pourtant dirigée par un autre socialiste, Jean-Jack Queyranne. Collomb loue en permanence la dynamique de "métropole", ce n'est pas pour l'instant que des mots. Quelque jours avant le scrutin, un confrère de la presse nationale confiait : "En 2001, Collomb a été élu par défaut. S'il est réélu, ce sera sur son nom. Soit il va tomber dans l'autoritarisme, soit - ce que je crois - renforcé par la légitimité des urnes, il peut prendre une vraie dimension métropolitaine et devenir un grand maire". Gérard Collomb sera en tout cas face à lui même pendant 6 ans. Le conseil municipal est à son image. L'opposition de droite y sera sans doute réduite à sa plus simple expression. Au mieux une vingtaine d'élus sur 73. Quand aux élus de gauche, Collomb les a soigneusement sélectionnés pour leur allégeance à sa personne. Evidemment, quelques personnalités devraient de temps en temps le "titiller", comme Etienne Tête (Verts). Mais Collomb saura leur répondre qu'ils ont été élus grâce à lui.

Au Grand Lyon, les jeux semblent aussi faits. Sauf retournement spectaculaire, Collomb sera réélu Président, avec une majorité plus solide qu'en 2001. Il a toute les cartes en main pour marquer l'histoire de la ville. Les Lyonnais ont plébiscité le premier mandat de Gérard Collomb, car il a su être le maire de la proximité et de la qualité de vie. Il peut être demain le maire qui aura fait de Lyon une vraie métropole européenne. Un sacré défi. Il passe par la réussite des quartiers en devenir : Carré de la Soie, Duchère, Confluent... Par la relance des infrastructures routières ou ferroviaires pour "réunir" l'agglomération et ses voisines. Par la transformation du couloir de la Chimie, pour qu'il ne devienne pas une friche industrielle, mais le berceau de la chimie verte, et des emplois du futur. Par le succès d'une politique événementielle renouvelée, qui installe la fête des Lumières et les Nuits sonores, et réussisse à lancer le festival du Cinéma. Par l'harmonie d'une politique sociale innovante, qui a un peu péché lors du premier mandat. Par une qualité de vie renforcée grâce au futur aménagement des rives de Saône et au nouveau plan crèches... Depuis dimanche 9 mars, Gérard Collomb n'est plus "maire par hasard". Son deuxième mandat sera forcément plus personnel, car il s'appuiera moins sur les projets initiés par ses prédécesseurs. Il a devant lui sans doute à relever le défi de sa vie.

Les résultats à Lyon

Collomb (PS) : 52,96 %

Perben (UMP) : 30,25 %

Lafond (Modem) : 6,03 %

Audaces : 4,77 %

Morin (FN) : 4,15 %

LO : 1,08 %

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