Bayrou mange du Lyon

Mais ce n'est pas le centrisme conventionnel "à la lyonnaise" que Bayrou entend porter. Le président de l'UDF fustige la confusion des pouvoirs et a théorisé un "centrisme révolutionnaire"*.

Lyon Capitale : Votre analyse sur le délitement de notre démocratie est claire. On comprend moins vos solutions. En quoi mettre des gens de gauche et de droite ensemble réussirait mieux ?

François Bayrou : Ce que je propose, c'est d'abord de changer des institutions, de faire une 6e République, avec en effet une nouvelle approche politique. La France est en crise profonde, sur tous les sujets, sans exception, qui font le bilan de santé d'un pays : les banlieues, le chômage, la réforme de l'Etat, l'économie, l'école, les finances publiques, le climat général... Les problèmes sont plus graves qu'ils ne l'ont jamais été depuis 50 ans. Dans une situation comme celle-là, la guerre droite-gauche ne permet plus de prendre les décisions courageuses et justes qui s'imposent. Je propose qu'on forme un gouvernement, rassemblant des personnalités qui ont eu des engagements à gauche et à droite, pour redresser le pays. Quand il a fallu reconstruire la France après la guerre, et la République en 58, c'est ce qu'on a fait.

Comme Henri IV, vous voulez "réconcilier la France". S'il n'y a plus clairement une majorité et une opposition, n'avez vous pas peur de tuer le débat politique ?
Mais il y aura des oppositions, comme en Allemagne. Simplement, la majorité ne sera plus la majorité d'un camp. Depuis 25 ans, le PS a gouverné 15 ans, l'UMP 10 ans... Les citoyens doivent les mettre en demeure de travailler ensemble pour sortir le pays de l'impasse dans laquelle ils l'ont conduit.

Quand Sarkozy parle de rupture, lui est suivi par toute une bande : Fillon, Devedjian, Hortefeux... En comparaison, n'êtes-vous pas un peu seul ?
Notre équipe est aussi solide, compétente et expérimentée. Vous le voyez dans votre région : Michel Mercier et Anne-Marie Comparini valent largement leurs concurrents ! Et ils sont capables d'écouter les gens en dehors de leurs étiquettes.

Serez-vous le 3e homme ?
Je ne cherche pas à être le 3e homme, je cherche à être le premier. Je ne veux pas troubler le jeu, je veux le gagner.

Vos propositions sont proches du PS : proportionnelle, mandat unique, service civil, éducation... Sauf sur les 35 heures où vous rejoignez Sarkozy, "travailler plus pour gagner plus".
Ce sont les autres qui m'ont rejoint. J'ai formulé ces idées dès 2001 et 2002. Ceci démontre qu'on a besoin d'une approche capable de parler à une grande partie des citoyens de droite et de gauche.

L'activité universelle, l'éducation, le service civil, ont un coût. Faudra-t-il augmenter les impôts ?
Non, l'activité universelle, qui s'adresse aux Rmistes, doit être financée par les associations et les collectivités locales. L'Etat aura en revanche à financer le service civique. Mais 3 milliards d'euros, ça se trouve. Je suis stupéfait que le PS mette à son programme une augmentation de 50 milliards des impôts, c'est-à-dire le doublement de l'impôt sur le revenu, alors que notre pays est déjà le pays au monde - Suède excepté - qui paye le plus d'impôt ! Je pense qu'il est nécessaire de bloquer le niveau des impôts, et de faire des économies afin qu'on n'aggrave plus la dette tous les ans, comme nous le faisons depuis 25 ans.

Comme Ségolène Royal, vous souhaitez associer "le peuple" à la prise de décision. Avec des jurys populaires ?
Non, c'est une idée dangereuse de tirer au sort des gens pour juger à la place des citoyens. Moi j'associe les citoyens soit par leurs représentants, soit par le référendum. Et bien entendu par la pédagogie.

Vous n'êtes pas très "démocratie participative"...
Vous succombez à la mode ! Les Français n'attendent pas cela, ils ont envie de vraies solutions de fond.

"Les institutions sont faites pour les hommes ordinaires et fragiles" dites-vous. Pourquoi ?
Les institutions sont des garde-fous. Elles ne sont pas faites pour servir les grands hommes, mais pour empêcher les dérives. Tout grand homme s'accommode très bien des institutions, quelles qu'elles soient.

L'UDF a incontestablement une légitimité sur l'Europe. De Sarkozy, Royal et vous, qui a le mieux tiré les leçons du non ?
Je défends l'idée que le nouveau texte, le jour où il existera, devra passer par le référendum. La proposition de mes deux concurrents de le faire adopter en catimini par le Parlement n'est pas à la dimension de ce qui s'est passé en mai 2005.

Vous souhaitez une "Europe politique". Peut-on la faire sans les Anglais et les pays de l'Est ?
Oui. Il faut le faire avec les gens qui le voudront. On peut commencer par la zone euro, où ne sont en effet ni l'Angleterre, ni les pays de l'Est.

Vous avez signé le pacte de Nicolas Hulot...
Oui, je pense qu'il arrivera à faire signer son pacte par tous les candidats. L'environnement appelle une prise de conscience. Mais ce n'est pas parce qu'on signe qu'elle est faite.

Votre marionnette aux guignols amuse beaucoup Gilles de Robien (UDF). Et vous ?
On me dit qu'elle évolue beaucoup, qu'elle devient plus sympathique parce que plus rebelle.

*Lire Au nom du Tiers Etat, François Bayrou (Hachette).

Lyon Capitale Semaine du 19 décembre 2006 - Numéro double - N°597

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