"Un prophète", de Jacques Audiard

Incarcéré à la Centrale, le jeune homme découvre la dure réalité de la prison et les règles qui régissent cette micro-société. Très vite, il se retrouve contraint d'accepter la protection d'un groupe de détenus corses qui l'exploitent mais lui enseignent aussi des leçons de survie dans le milieu carcéral. Petit à petit, l'expérience de l'enfermement l'endurcit et le pousse à développer ses capacités intellectuelles et à constituer son propre réseau parmi les prisonniers.

Quatre ans après " De battre mon cœur s'est arrêté ", le réalisateur Jacques Audiard était plus qu'attendu au tournant avec " Un prophète ". Examen de passage réussi à Cannes puisque, à défaut d'une palme, le jury de l'édition 2009 n'a pas hésité à lui décerner le Grand Prix. Malgré ses 2h35 de crimes et de règlements de compte pas franchement légers, 'Un prophète' parvient à tenir le spectateur en haleine sur la durée, grâce à un scénario sec et efficace servi par une réalisation nerveuse, presque fébrile.

Sur la base d'une intrigue classique autour de l'ascension d'un petit délinquant au rang de criminel respecté, Audiard revisite le parcours initiatique du hors-la-loi côté prison. Loin de tout moralisme, la prison chez Audiard n'agit que comme catalyseur narratif pour décrire une micro-société où chacun se forge son propre code de l'honneur, au gré des opportunités et des rapports de force. L'effet de réel, saisissant, n'est là que pour mieux nous immerger dans la fiction, et en aucun cas pour illustrer une quelconque thèse sur la réalité du milieu carcéral.

Si on ne peut s'empêcher de sentir l'ombre d'un Scorsese au détour de certaines utilisations de la bande-sonore ou d'explosions de violence sadique, 'Un prophète' réussit largement à éviter le phénomène 'fade copie française de thriller américain tirant sur le Julie Lescaut', notamment grâce à des personnages captivants. Niels Arestrup est proprement glaçant en parrain corse vieillissant. Le choix du quasi-inconnu Tahar Rahim pour incarner Malik était plutôt risqué, et il fallait toute l'intuition d'un Audiard pour déceler dans ce jeune homme à la frimousse de petit lapin apeuré l'étoffe d'un gangster en puissance à la Ray Liotta. En guise de prophète, c'est un ange exterminateur assez troublant de banalité apparente que nous dépeint Audiard dans ce polar peut-être pas inoubliable, mais maîtrisé de bout en bout.

Loan Nguyen

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