© Kurt Van Der Elst Billie Marcelis

Les (rares) nuits théâtrales de Fourvière

Les vrais amis se comptent sur les doigts de la main d’un amputé.” La phrase est de Tony Stark (alias Iron Man). On pourrait dire la même chose des spectacles de théâtre programmés durant l’édition 2026 des Nuits de Fourvière par Emmanuelle Durand et Vincent Anglade. La tendance s’est encore accentuée par rapport à l’année dernière : le théâtre fait figure de parent pauvre, d’un festival qui se déroule pourtant essentiellement dans un… théâtre antique. Mais plutôt que de s’en plaindre, nous préférons nous réjouir du retour du Tg STAN aux Nuits, les Flamands osent !

Le Tg STAN s’immisce

Faut-il le rappeler, “Tg” est l’abréviation en néerlandais de “compagnie d’acteurs” tandis que “STAN” est l’acronyme de Stop thinking about names. Que l’on traduira par “Arrêtons de nous prendre la tête pour trouver un nom à notre compagnie”. Ce qui exprime à la fois la dimension collective de cette troupe fondée en 1989 par Frank Vercruyssen, Waas Gramser, Jolente De Keersmaeker et Damiaan De Schrijver, quatre étudiants du Conservatoire d’Anvers trop barrés pour intégrer les compagnies théâtrales alors existantes. Mais aussi leur propension à rejeter tout esprit de sérieux avec un humour explosif et omniprésent, quelles que soient leurs créations. Depuis plus de trente ans, ils n’ont cessé de dynamiter le théâtre contemporain. En restant fidèles à leur manifeste autoproclamé : La destruction de l’illusion théâtrale, le jeu dépouillé, la mise en évidence des divergences éventuelles dans le jeu et l’engagement rigoureux vis-à-vis du personnage et de ce qu’il a à raconter.”

Petit retour plus de deux décennies en arrière, en 2003. Ils avaient alors monté un premier opus inspiré par l’immense Molière, intitulé Poquelin. Un spectacle qui réunissait trois comédies, Le Médecin malgré lui, Le Malade imaginaire et Sganarelle, que l’on avait pu voir en 2004 au théâtre du Point-du-Jour. L’expérience les avait enthousiasmés, ils avaient donc créé un second volet, logiquement titré Poquelin II. Et cette fois, ils plaçaient sur leur sellette Le Bourgeois gentilhomme et L’Avare. Le spectacle avait été joué à l’odéon (le “petit” théâtre antique de Fourvière), en 2021, dans le cadre des Nuits. Épatant souvenir !


Marathon théâtral
Et c’est dans ce même endroit qu’on les retrouve, cinq ans plus tard, avec un troisième opus consacré à Molière, 1,2,3 Poquelin.Ils font le pari d’un troisième épisode mordant et jubilatoire, qui synthétise les aventures précédentes, pied de nez à la tragi-comédie humaine, avec huit interprètes (dont deux appartenant au STAN des débuts : Jolente De Keersmaeker et Damiaan De Schrijver) jouant une quarantaine de personnages. Leur arsenal théâtral accoutumé sera au rendez-vous : changements de costumes à vue, jeu-mitraillette, digressions désopilantes, théâtre brut de décoffrage… Ils emboîtent le pas du maître de l’art dramatique français usant d’un dispositif proche des tréteaux spécialement créé pour le plein air (le spectacle est aussi programmé au Festival d’Avignon cet été, dans la mythique carrière de Boulbon). Cette fois, c’est un véritable marathon théâtral que propose le STAN. La compagnie s’attaque à une bonne demi-douzaine de pièces – dont les classiques Le Mariage forcé et L’Avare – comme autant de coups de griffes portés aux travers humains et aux conventions sociales. Objectif revendiqué de la manœuvre, démontrer, jeu à l’appui, que, du XVIIe au XXIe siècle, la satire et le rire font toujours bon ménage sur fond de crise.

1,2,3 Poquelin– Les 28 et 29 juin à l’odéon dans le cadre des Nuits de Fourvière

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