“La sensation d'être dans l'image“

Interview. A partir du 5 décembre, place de Terreaux, haut lieu de la fête des lumières, Marie-Jeanne Gauthé qui a travaillé sur les spectacles de Jean-Michel Jarre, va projeter ses images sur les façades de la grande place lyonnaise. Une animation très prometteuse par la directrice de la société Light motif qui veut créer “un rapport idéal“ à l'image.

Lyon Capitale : “Jouons avec le temps“, c'est le nom de votre animation qui sera projetée du 5 au 8 décembre chaque soir sur les façades de la place des Terreaux à Lyon, qu'est-ce que ce titre cache comme spectacle précisément ?

Marie-Jeanne Gauthé : Il s'agit d'une animation lumineuse sur le thème du temps, du temps qui passe (time) et le temps qu'il fait (weaver). C'est un jeu sur le mot temps, qu'on a exploité en faisant un rapport à l'écologie, car nous sommes conscients qu'il existe bien un lien entre le temps qui passe et le réchauffement climatique qui s'accélère. Sur la façade du palais des Beaux Arts, nous allons présenter le temps relatif, c'est-à-dire le temps que l'on perçoit avec nos émotions, et le deuxième temps, celui évoqué dans la cour de l'hôtel de ville, le temps réel, figuré par un métronome géant qui génère un battement régulier, un battement de cœur, avec un laser qui figure la régularité du temps réel. Enfin sur la façade de l'Hôtel de ville, un métronome détraqué, représentera le temps subjectif, celui qu'on s'imagine, mais qui ne représente pas la réalité.

Quel type d'images vont venir illustrer ce concept ?

Nous allons projeter des images géantes sur la façade de l'Hôtel de ville et celle des Beaux Arts, et faire évoluer ces deux façades (le reste de la place sera plongé dans le noir) selon diverses intempéries, puisque le temps est cyclique. Le froid sera représenté par la neige et la glace, la façade qui se brise. Ensuite, la deuxième intempérie, la pluie, tombera à verse, elle va envahir l'architecture, la remplir comme un grand bassin, pour évoquer la montée des eaux sur la planète et un troisième tableau représentera la chaleur, évoqué par la fonte des glaces, il fera tellement chaud que cela va fera fondre la façade. Le temps, l'horloge, va faire évoluer ces temps météorologiques, à l'envers puis à l'endroit. Il s'agit d'un jeu par rapport au climat. Enfin, des personnages apparaitront sous forme d'ombres. Ils pourront jouer un rôle dans l'évolution climatique ou bien l'ignorer, danser, faire tout autre chose, comme insouciants, en clin d'œil au rôle des populations. Ça, c'est la version intellectuelle de l'histoire, mais l'intérêt c'est surtout la force des images, leur côté spectaculaire.

Vos images seront-elles accompagnées d'un habillage sonore ?

Oui, bien sûr. J'en profite pour dire que je n'ai pas travaillé toute seule à ce projet. Un autre concepteur, Fabrice Chouillier a travaillé avec moi sur le concept de “Jouons avec le temps“. C'est lui qui a imaginé la bande son. Des bruitages un peu décalés accompagneront notre animation ; c'est volontaire. Un coup de tonnerre illustré par un coup de trimbales, par exemple, séparera chaque séquence. J'ai aussi travaillé avec Giovanni Bourgeois, infographiste très compétent pour rendre la beauté des images. C'est une prouesse technique que l'on réalise, car on projette de la qualité vidéo HD non compressée. En plus, on diffuse en grande luminosité puisqu'on projette trois fois la même image l'une sur l'autre (technologie trial K 25). Nous avons aussi deux lasers pour reproduire un plafond laser dans la cour de l'Hôtel de ville.

Vous avez travaillé avec Jean-Michel Jarre, animé la piscine couverte de Versailles, vous avez projeté des images dans des lieux très différents en définitive, qu'est-ce qui vous a attiré à la fête des Lumières de Lyon ?

C'est un peu un challenge, cette fête des lumières. Un passage obligé aussi pour nous les “artistes“ (elle n'aime pas ce mot, ndlr) qui travaillons sur la lumière. C'est mon métier. Je suis donc super contente de participer à cette fête, et puis il y a un travail vraiment intelligent réalisé avec la ville de Lyon. Chaque fois que je fais un spectacle, c'est différent. Même avec Jean-Michel Jarre, quand on est dans des lieux en extérieur, comme c'est le cas à Lyon, chaque fois, l'inspiration est différente. Le lieu raconte chaque fois quelque chose de différent. Là, place des terreaux, on a eu envie de faire quelque chose en lien avec le temps et la poésie. C'est une proposition à la fois fantastique, ça peut paraître impressionnant et catastrophique aussi, mais en définitive, c'est très poétique. Et pour finir, ça fait poser des questions.

Place des Terreaux, on trouve de hautes façades qui entourent les spectateurs le soir de la fête des Lumières, ceux ci sont donc véritablement plongé dans les images, vous avez joué là dessus ?

Oui, quand on a une échelle comme celle là, 100 mètres sur 27 pour la façade des Beaux Arts, et 100 mètres sur 67 pour l'Hôtel de ville, il me semble ; les gens ne sont pas loin des images, ils vibrent avec elles et le son, un son en décalage, des bruitages parfois décalés. La pluie, par exemple, sera représentée par un son de harpe, il y aura aussi des bruits de torsion. Mais la distance entre le spectateur et la façade, c'est cela qui fait qu'on est dedans, qu'on a la sensation d'être dans l'image. Il y a d'ailleurs un gros travail d'échelle pour que les choses soit bien comprises par le spectateur. Au final, on a un rapport idéal à l'image, parce qu'on est près d'elle, avec ces deux façades qui nous entourent, les deux autres dans l'ombre. Pour tout vous dire, je ne sais pas encore ce que mon animation va donner grandeur nature. J'ai travaillé à partir de petites images, les fichiers étant très lourds, on ne les voit pas en entier. On imagine, avec l'habitude, mais on découvre la réalité sur place. On a travaillé six mois sur le concept de ce projet et un mois et demi sur sa réalisation. Je vais découvrir les choses quand on va caler les images la nuit du 3 décembre.

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