Bach : derby des Passions

Des cinq passions que Bach écrivit pour les célébrations du Vendredi saint, deux seulement nous sont parvenues dans leur intégralité.
Coïncidence, aubaine, signe du destin ? Le fait est qu’à deux jours d’intervalle saint Matthieu et saint Jean nous conteront tour à tour (respectivement à l’Auditorium et à la chapelle de la Trinité) les dernières heures de la vie de Jésus, légende ô combien tragique et palpitante.

Si les œuvres appartiennent toutes deux à la famille des opéras sacrés (ou oratorios) et semblent raconter la même histoire, elles se distinguent, à l’instar des évangiles, par les points de vue des deux évangélistes, qui offrent chacun un éclairage sensible et romanesque à une saga dont tout le monde connaît les contours. Bach intervient à son tour, à l’heure d’éclairer le discours des deux conteurs mystiques, accouchant de deux chefs-d’œuvre complémentaires et singuliers.

D’un côté, la Passion selon saint Matthieu et ses 2h45 de musique (contre 2 heures pour saint Jean), son double chœur et ses deux orchestres (saint Jean n’en requiert qu’un), ses élans “romantiques” et sa construction architecturale ; de l’autre, celle selon saint Jean, plus brute, austère, voire anguleuse, mais aussi plus mystique, exaltée, à fleur de peau.

Dans les deux cas, on assiste à un agencement ingénieux de grands chœurs, chorals, arias touchants et récitatifs engagés, sans oublier de petits chœurs intempestifs qui rythment le tout, histoire de capter l’attention du fidèle : un catéchisme astucieux et soigné !

Passion contre Passion

Auditorium pour saint Matthieu, chapelle baroque pour saint Jean, qui prend soudain un avantage non négligeable. Bonne surprise, deux interprétations sur instruments d’époque et deux orchestres ad hoc  : les Talens lyriques (pour saint Matthieu) contre le Concert lorrain (pour saint Jean).

Côté distribution, la chapelle de la Trinité se taille la part belle avec une brochette de solistes de premier choix : le contre-ténor Andreas Scholl, la soprano Sibylla Rubens ou encore Eric Stocklossa dans le rôle de Jean l’évangéliste...

La direction, assurée par Christoph Prégardien, achèvera de nous mettre en confiance : le chef ayant mille et une fois incarné l’évangéliste et constituant sans doute LA référence dans ce rôle.

Accordons donc un bénéfice à saint Jean, même si saint Matthieu, emmené par Pierre Cao à la tête du chœur Arsys Bourgogne, affiche lui aussi de sérieux arguments.

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Passion selon saint Matthieu. Mardi 3 avril, à 20h, à l’Auditorium (Lyon 3e).
Passion selon saint Jean. Jeudi 5 avril, à 20h, à la chapelle de la Trinité (Lyon 2e).

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