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Tchernobyl : non-lieu pour l'État

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"Il est impossible d'établir un lien de causalité certain entre les pathologies constatées et les retombées du panache radioactif de Tchernobyl". Après 11 ans d'enquête et de procès, la Cour de cassation met un terme définitif à la mise en cause de l'État français dans les conséquences du plus grand nuage nucléaire de l'histoire.

Mardi 20 novembre, la Cour de cassation a prononcé un non-lieu en faveur du professeur Pierre Pellerin, ancien patron du Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI). Cette décision rend ainsi définitive la mise hors de cause du n°1 français en charge de la radioactivité sur le territoire.

En 2001, sur plainte conjointe de l'Association française des malades de la thyroïde et la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad), une enquête avait été ouverte. La juge Marie-Odile Bertalla-Geoffroy s'était alors concentrée sur la communication des données de radioactivité par les autorités. Objectif : faire la lumière sur l'impact du nuage de Tchernobyl en France, conséquence de la fusion du réacteur n°4 de la centrale nucléaire ukrainienne Lénine, près de Kiev, le 26 avril 1986, à 1h23 du matin.

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« Le nucléaire, c'est l'omerta »

Sur le banc des accusés, Pierre Pellerin, mis en examen pour "tromperie et tromperie aggravée". À l'époque, celui qui présidait également le Centre international de référence pour la radioactivité de l'OMS, répétait à l'envi que le nuage ne présentait absolument "aucun risque pour la santé des Français".

Le 20 novembre dernier, la Cour de cassation a expliqué qu' "en l'état des connaissances scientifiques actuelles, (il est) impossible d'établir un lien de causalité certain entre les pathologies constatées et les retombées du panache radioactif de Tchernobyl". La plus haute juridiction française confirme ainsi l'arrêt de la cour d'appel de Paris de septembre dernier.

Pour la drômoise Michèle Rivasi, fondatrice de la Criirad (Valence), "cette décision politique démontre encore une fois que le nucléaire, c'est l'omerta, le mensonge. Il faut se rendre compte que Pellerin avait le monopole de l'info concernant la radioactivité, l'attaquer c'était attaquer le lobby nucléaire. Depuis le début des accusations que j'avais lancées contre Pellerin, l'État nucléaire tout entier s'est levé pour le protéger. Des scientifiques avaient même lancé des pétitions pour le défendre à l'époque pour préserver les intérêts du nucléaire en France. Pellerin ne pouvait pas ne pas savoir qu'il mettait en danger la population française".

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Drôle de justice

Chacun pense à la tristement célèbre formule "le nuage s'est arrêté à la frontière". En 1999, à la télé, Noël Mamère, alors élu Verts (ancien rédacteur en chef du JT d'Antenne 2) évoque le "sinistre personnage" (ndlr : Pierre Pellerin) "qui n'arrêtait pas de nous raconter (…) que le nuage de Tchernobyl n'avais pas franchi nos frontières". Le professeur Pellerin avait alors porté plainte pour diffamation contre Noël Mamère. Ce dernier était condamné par le TGI de Paris, la cour d'appel confirmait.

L'année dernière, sur son blog, Alain Madelin, ministre de l'industrie à l'époque où le nuage est passé au-dessus de la France, en rajoutait une couche : "le 'nuage de Tchernobyl qui s'arrête à la frontière' n'était qu'une légende. Rien n'est plus faux. Si mensonge il y a, ce n'est pas le mensonge de l'Etat, mais celui des médias constamment répété". Madelin était alors en charge de la cellule d'information pour aider les journalistes à (bien ?) faire leur travail...

"Nos institutions ne répondent plus aux attentes citoyennes, réagit Michèle Rivasi. Il y a une telle méfiance que l'Assemblée de Corse a commandé une étude épidémiologique indépendante, pour enfin connaître les véritables conséquences sanitaires de l'ingestion d'aliments contaminés par la radioactivité. En mai 1986, le lait de brebis consommé en Corse dépassait de plus de 10 fois les normes de radioactivité fixées par l'UE".

Les "aucun problème de sécurité en France", "aucune inquiétude à avoir", "pas de quoi s'inquiéter", "nous n'avons rien à cacher" et autres "nous jouons le jeu de la transparence avec les Français" des autorités, risquent de laisser un goût amer pour les victimes de Tchernobyl. "On ne peut accepter que les victimes françaises de Tchernobyl ne soient pas reconnues, poursuit la député européenn Michèle Rivasi. Il en va de la confiance des citoyens dans nos institutions, chaque jour plus décriées. Tous ces malades de la thyroïde doivent obtenir justice, si ce n’est réparation, et ils doivent tenter de saisir la Cour Européenne des Droits de l’Homme puisque tous les recours nationaux ont été épuisés".

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Légende carte

Le 30 avril 1986, un changement de vent pousse une partie du nuage radioactif vers la côte méditerrannéenne. Le Sud-Est, dont la région Rhône-Alpes, et la Corse sotn les premiers touchés. Le 1er mai, la France est touchée aux trois quarts. Le 2 mai, une dépression entraîne les vents à l'Est.

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Michèle Rivasi © Tim Douet
Michèle Rivasi est députée Europe Écologie-Les Verts au Parlement européen. Membre de la commission Environnement, santé publique et sécurité alimentaire (Envi), elle est régulièrement confrontée aux représentants de divers groupes de pression.
1 commentaire
  1. Sophie_Lyon - 23 novembre 2012

    Toujours la même rengaine, responsable mais pas coupable; il y a les Français et puis ceux qui sont intouchables, les lobbies ou les VIP du nucléaire, sang contaminé, hormone de croissance, amiante, vache folle et j'en passe, toujours les mêmes verdicts; c'est écoeurant.

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