Rhône-Alpes : à qui profite l'argent de la Solidarité Internationale ?

Une manne qui profite aux ONG, mais aussi aux universités, aux hôpitaux, et à quelques entreprises.(Article paru dans l'édition de novembre 2008 de Lyon Capitale)

La question fait l'objet d'une mission parlementaire lancée mi-octobre : quel est le rôle joué par les collectivités territoriales dans le développement solidaire ? Jean-Philippe Bayon (Verts), vice-président à la solidarité internationale, se flatte : c'est Rhône-Alpes qui détient le "premier budget d'aide au développement" de toutes les collectivités françaises, devant l'Ile-de-France et le Nord-Pas-de-Calais.

A proximité de Genève, capitale mondiale de la solidarité internationale, la région aspire à devenir une référence. Pour cela un budget colossal est mis à disposition : 10,3 millions d'euros. A titre de comparaison, l'action humanitaire de la région PACA s'élève cette année à 330 000 euros.

Quelques "labels" servent l'image de marque de la région : Handicap International, BioForce, Agriculteurs Vétérinaires sans Frontière, Peuples solidaires... Mais ces "multinationales de la solidarité" ne touchent pas automatiquement un chèque chaque année. "Tout dépend si nos actions entrent ou non dans le champ de la politique de la région", explique Luciano Lioacono, en charge des relations institutionnelles chez Handicap International. "Nous recevons de Rhône-Alpes une somme minime au regard de notre budget global, de 20 000 à 150 000 euros par projet, mais qui permet de faire levier pour susciter le co-financement des autres grands donateurs européens." Seuls 25 % du budget de Handicap International viennent de subventions publiques. Ce ne sont donc pas les ONG les plus visibles qui aspirent le budget de la Région.

Et de fait, quelques 1375 associations de bénévoles, mais également lycées, missions locales, universités, hôpitaux ont droit à une part du "gâteau"... toujours sous condition de cadrer avec la Région. Pour cela, trois "zones de coopération" ont été établies : le bassin méditerranéen (Maroc, Tunisie, Liban), l'Afrique (Mali, Burkina Faso, Sénégal, Madagascar) et l'Asie (Laos, Vietnam, Sri Lanka et Arménie). A Charbonnières-les-Bains, on se défend de faire de l'assistanat humanitaire, et on ne jure que par "l'animation de territoire". A l'image de ce centre hospitalier de Villefranche, qui fournit du matériel et forme le personnel de l'hôpital de Tombouctou.

C'est à ces micro-projets qu'est affecté l'essentiel du budget : accès à l'eau potable, éducation, missions de prévention santé, et plus récemment formation professionnelle ou développement de compétences. En moyenne, 75 % du financement de ces projets est de source publique.

Mais le train de vie de l'équipe de Jean-Philippe Bayon a été plusieurs fois pointé du doigt cette année, et le Vice-président Vert s'est vu accusé cet été de confondre son budget avec celui d'une agence de voyage, jouant les globe-trotters aux frais de la princesse. "C'est vrai, reconnaît un président d'association sous couvert d'anonymat, qu'on voit très souvent son équipe sur le terrain, et que lorsqu'ils viennent, c'est plutôt en nombre.

Cette année la délégation était tellement nombreuse qu'il a fallu la diviser en deux pour faciliter la logistique." L'élu Vert aurait pratiquement couvert, selon l'UMP, la distance de la Terre à la Lune en deux ans, soit 248000 km, 30 voyages dans 16 pays. Ses frais de déplacement s'élèveraient à 100 000 euros par an, rien qu'en billets d'avion. "Mon équipe et moi contrôlons l'avancée des projets, et le suivi des négociations avec les élus, se défend-il.

Ce sont les limites d'Internet : en Afrique, si l'on veut que cela avance, il faut être présent physiquement. Seul 1,6 % du budget est consacré aux déplacements et à l'accueil de délégations, ce qui est finalement très peu pour une structure comme la nôtre."

Parmi les derniers partenaires qui profitent enfin de l'enveloppe, quelques entreprises. Elles ne sont qu'une quinzaine et se défendent de toute visée prédatrice : Atalante, un tour opérateur spécialisé dans les randonnées, Sitelle, éditeur d'un guide sur le montage des actions de solidarité, l'éleveur porcin Agropass...

Elles profitent des visites des élus pour faire leur lobbying, et accompagnent les délégations lors des signatures de conventions dans les pays du Sud. Le 24 novembre, au siège de la Région, un accord commercial sera signé entre Delifruits, leader européen de jus de fruits basé dans la Drôme, et Dafani, une entreprise de transformation de fruits au Burkina Faso.

Au Liban, où la main-d'œuvre du bâtiment était surtout syrienne jusqu'à la guerre, des entreprises rhône-alpines viennent encadrer l'ouverture d'un centre de formation professionnelle. Objectif : former une main-d'œuvre libanaise. Les retombées économiques pour la région peuvent paraître marginales au regard du budget engagé, mais cela pourrait à long-terme favoriser l'ouverture de nouveaux marchés aux entreprises rhône-alpines.

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