Quand le président du BTP du Rhône tacle la métropole de Lyon

Samuel Minot préside le BTP Rhône & Métropole. Il revient pour Lyon Capitale sur le Mipim (Marché international des professionnels de l'immobilier), qui s'achève aujourd'hui à Cannes, et sur la politique de la métropole de Lyon en matière de logement.

 

Samuel MINOT
Directeur général chez Groupe Minot - Président BTP Rhône & Métropole - Vice-Président MEDEF Lyon-Rhône

 

Vous connaissez la formule de Martin Nadaud, ce maçon qui est devenu député puis préfet au 19e siècle : "quand le bâtiment va, tout va". Cette vérité consacrée pose la construction comme principal moteur de la croissance, capable d'entrainer et de faire prospérer le reste de l'économie. L'économie française s’essoufflant, on imagine que le bâtiment s’essouffle aussi. Qu'en est-il à l'échelle de la métropole de Lyon ?
C'est un sujet complexe parce que le bâtiment, comme les travaux publics dépendent de la commande publique et par conséquent d’une volonté politique  affirmée. On a eu deux années de fortes commercialisations, en 2016 et 2017, qui ont permis de rentrer dans des niveaux de phase de construction très acceptables. Aujourd'hui, on mange notre pain blanc. On voit des grues à tous les coins de rue, la mobilité urbaine est perturbée. Alors certes, ça embête tout le monde mais c'est symptomatique d'un volume d’activité satisfaisant. Mais il ne faut pas que ce soit l'arbre qui cache la forêt.

C'est-à-dire ?
D'abord, pour les marges des entreprises, c'est toujours un peu compliqué. Nos coûts de revient ont augmenté de 2,5 % tandis que nos prix de vente n'ont augmenté que de 1,5 %. Résultat, nos entreprises ont sacrifié 1 % de marge sur leurs activités. Deuxièmement, le cycle bas qui s'était amorcé avec la crise de 2008-2009 a été très long, il a duré jusqu'en 2016 et a affaibli les entreprises. Généralement, on retrouve un cycle haut pendant quelques années mais ce cycle sera très court, 2018 et 2019 car on amorce déjà une phase de décroissance de l'activité. On se retrouve en effet en fin de mandature : les échéances électorales rendent les élus prudents.

sans compter le nouveau plan local d’urbanisme et d'habitat (PLU-H) – qui devrait être soumis à l'approbation du conseil de la métropole en mai prochain. Qu'en pensez-vous ?
Il est à l'échelle de la métropole, c'est-à-dire que 70 communes essaient de se mettre d'accord sur un document unique, c'est extrêmement compliqué. David Kimelfeld a voulu un document très consultatif, avec les élus, les collectivités, les administrés, c'est une bonne chose. Mais ça a pris énormément de temps, il a fallu faire une synthèse pour répondre à une ambition affirmée du président de la métropole : construire 8 500 nouveaux logements par an sur le territoire.

La métropole est-elle dans les clous en termes de construction de logements neufs ?
Non, Il faut savoir d'où on part. En construction neuve, en 2016, on a construit 5 400 logements ; en 2017, 4 700 logements ; en 2018, 4 100 logements et ça va encore baisser en 2019. Cette année, on sera à 50 % de l'ambition portée par la métropole Il y a donc un delta entre  les ambitions affichées de la métropole de Lyon et les réalisations effectuées.

La raison, on imagine, vient du gel de l'instruction des permis de construire par le PLU-H...
Exactement. Les promoteurs ne peuvent pas écrire les projets. Ils attendent, au même titre que les services instructeurs. On nous avait promis le PLU-H pour 2017, puis 2018 et aujourd'hui, on nous dit que la signature sera effective  mi-mai et opposable à la mi-juin. On va donc se retrouver avec un afflux de permis de construire au même moment. Mais les dossiers d’instruction, les recours, les consultations et les commercialisations  par les promoteurs, repoussent la visibilité pour les entreprises du bâtiment au deuxième semestre 2020, voire début 2021. Il y a donc ce problème pour libérer les projets, de les instruire. Autre  problématique, malheureusement inscrite dans les gênes, des recours trop fréquents aux permis de construire deviennent insupportables. Peut-être que la loi ELAN permettra d'assouplir et de limiter les recours abusifs. Et enfin la maîtrise du foncier, troisième sujet qui nous préoccupe au plus haut point va devoir être réglée à l'échelle de la métropole et intéresse les élus qui se présenteront aux futures échéances.

Selon les chiffres de la métropole, le maintien de réserves foncières pour le développement économique est garanti par le PLU-H à hauteur de 6 880 hectares. Est-ce suffisant selon vous ?
Il y a des ZAC qui vont peut-être permettre de tenir des budgets, d'autant que la loi y rend la construction de  logement social obligatoire. Mais là non plus, il ne faut pas se tromper de débat. C’est le logement privé qui finance le logement social : on fait des opérations mixtes.

Revenons-en à la maîtrise du foncier...
Les prix flambent dans la métropole de Lyon. Victime de son succès – on ne peut que s'en féliciter –, la métropole est un aspirateur économique. Mais revers de la médaille, aujourd'hui, tous les Lyonnais n'ont plus les moyens d'acheter à Lyon. Dans le centre de la ville, même un couple de cadres  rencontre des difficultés pour l’acquisition de son logement. Ce serait dommage qu’on assiste à un phénomène de parisianisation des achats de logements à Lyon. Et le risque est de plus en plus fort. Pourquoi ? Prenons le coût de construction d'un logement : les proportions se sont inversées. Sur l’assiette d'un programme, le foncier représente désormais de 50 % à 70 %. Ce qui fait la valeur d'un logement, aujourd'hui, ce n'est pas le coût de construction, ce n'est pas vrai, c’est la flambée du foncier.

Il faut des politiques locales qui maîtrisent le foncier. Les politiques ont-ils une vision stratégique en ce sens ?
La volonté politique de la métropole est de construire 8 500 logements neufs par an. Ce territoire  prend une telle dimension qu'il y a une carence de logement. Il faut assurer le renouvellement et, se mobiliser  sur le logement indigne et précaire. Ce qui est intéressant avec le PLU-H, c'est que l'ambition de construction des logements est déclinée par commune. On sait que sur telle métropole, certains  maires sont des bâtisseurs, d’autres non. Certains ne veulent pas construire de logement social. Les communes sont connues. La période d’échéance électorale n’est pas propice à ce type d’engagement.

Le Mipim (marché international des professionnels de l'immobilier) qui s'achève ce vendredi 15 mars , a pour thème "l'immobilier durable et responsable". Simple effet de mode ? Le secteur du BTP demeurant le premier émetteur de gaz à effet de serre, il est permis d'en douter.
Alors ce n’est pas le BTP, je pense qui émet le plus de gaz à effet de serre, c’est plutôt l'exploitation des bâtiments. Le chauffage, la climatisation des bâtiments sont énergivores. La maîtrise énergétique des constructions neuves et aujourd’hui exemplaire. On sait construire des bâtiments à faible consommation, des bâtiments à énergie passive ou à énergie positive. Tout ce qu'on construit depuis quinze ans, ce sont des bâtiments qui, thermiquement parlant, sont remarquables.

En creux, ce qui pose problème, c’est le parc existant...
Tout à fait. Il est là le vrai problème : comment rénove-t-on ces bâtiments existants ? La clé, c’est une politique incitative et certainement pas répressive. Il est là l'enjeu. Le problème, c'est l'équation : entre des coûts de travaux pour faire de la rénovation énergétique et la baisse de la consommation énergétique, les ménages ne s’y retrouvent pas. L'énergie n'est pas très chère. Quand un couple paie, pour un 100 m2, 1 500 euros par an de chauffage, il ne va pas mettre 30 000 euros de travaux pour baisser sa consommation de chauffage à 500 euros. Si le gouvernement estime que la transition énergétique est un vrai enjeu sociétal et économique, il va devoir s’impliquer vraiment avec de vraies incitations fiscales pour financer les travaux, et suffisamment de stabilité pour garantir de la visibilité aux ménages et aux entreprises. A l'échelle de la métropole, il y a aussi d'autres sujets, comme la mobilité. Quels sont les gros travaux d’infrastructure qu'a réalisés la métropole depuis dix ans ? Il y en a eu trop peu et surtout trop peu qui se réalisent.

L'Anneau des sciences ne cesse de revenir dans l'actualité ces dernières semaines. Début 2019, la métropole de Lyon a voté une enveloppe de 5,9 millions d'euros pour "des études, les sondages géologiques et la mise en place du dispositif de dialogue et de concertation” autour du projet. Selon les informations de Lyon Capitale, la métropole de Lyon prépare l'étape suivante. David Kimelfeld va rencontrer prochainement les députés du Rhône pour leur demander de déposer un amendement à la loi d'orientation des mobilités relatif à l'Anneau des sciences qui permettrait la création d'une structure juridique nécessaire à son financement. 

Cela va dans le bon sens mais ça n’avance pas assez vite. C'est la xième analyse, le xième amendement. Il y a un moment où il faut avancer. Donc, il faut passer à l’acte, au stade de la réalisation. On peut comprendre la question du financement soit essentielle. Mais il faut respecter l’échéancier qui prévoit une enquête publique en 2021 et le début des travaux en 2023. Nous avons besoin de grands projets d'infrastructures pour la mobilité. Il nous faut un vrai plan de mobilité avec des infrastructures connectées entre elles permettant d’associer tous les modes de transport.

à lire également
Chantier à Lyon © Tim Douet
Les compétences des élus locaux en matière d’urbanisme intéressent un lobby bien précis : le BTP. À mi-chemin entre clientélisme et lobbying, les réseaux lyonnais et leur porosité avec le monde politique disposent d’un vrai poids.
d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires

réseaux sociaux
Faire défiler vers le haut