Pompiers : le bal dans la peau

Et à Lyon, ces derniers connaissent un brûlant succès. Plongée dans les préparatifs de cette fête populaire, mais également largement rentable. Du moins, tant qu'il fait beau.

Question : combien y avait-il, l'an dernier, de bals des pompiers organisés pour le 14 juillet dans le Rhône ? Deux ? Trois ? Cinq ? Vous êtes loin du compte. En tout, une bonne vingtaine. Certains pas plus grands qu'une kermesse et d'autres à la fréquentation digne d'un festival d'été.

Un boom plutôt étonnant lorsque l'on sait qu'il y a encore quinze ans, les bals des hommes des casernes avaient pratiquement disparu du programme de la fête nationale.

La principale raison de ce renouveau ? Un rajeunissement important du corps des sapeurs-pompiers lyonnais - en gros, la petite trentaine- qui, fidèles à la tradition séculaire (lire encadré), ont décidé de coller à leur époque et d'envoyer promener la java à pépé.
La plus grosse discothèque de la région
A la caserne Rochat, dans le 7e arrondissement de Lyon, on ne badine pas avec l'organisation du 14 juillet. Celle-ci y prend d'ailleurs des allures de campagne militaire. En effet, de janvier à juillet, une dizaine de pompiers travaillent d'arrache botte pour monter l'opération. " On est à pied d'œuvre tous les jours pendant 6 mois, jours de repos compris, reconnaît Sébastien Solakian, sapeur de métier et président de l'Amicale, en charge de l'organisation du bal. La direction nous accorde même des créneaux horaires pour nous y consacrer à fond ". Il faut dire que la logistique laisse pantois. Outre la commande des boissons, de la sono, des lumières ou la réservation de l'orchestre, l'escouade des hommes du feu met un point d'honneur à construire elle-même tous les décors du bal. De la scène au bar à champagne. Cette année, le thème de l'événement tournera -humour pompier oblige - autour de la série TV Les têtes brûlées. Quelques tonnes de sable devraient êtres livrées prochainement, tout comme une batterie de skytracers (ces éclairages de l'armée permettant d'abattre les zincs), sans oublier 100 m2 de filets de camouflage et même un avion.

C'est qu'ici, c'est un peu la version Stade de France - mais sans Johnny qui chante Allumez le feu - du bal des pompiers.

Lovée dans un ancien couvent, avec terrasse ombragée, la fête -qui se déroule sur deux soirs - a attiré plus de 2500 personnes et mobilisé plus de 40 sapeurs, l'an dernier. " Pour nous, c'est énorme, car ce n'est pas notre boulot. On ne fait pas de l'événementiel ! ", rappelle Sébastien Solakian, néanmoins très heureux de monter, le temps d'un week-end, " la plus grosse discothèque extérieure de la région ".

Les recettes de la soirée n'ont d'ailleurs rien à envier au Macumba. L'an dernier, le chiffre d'affaires a dépassé les 40 000 euros. Dont quelques 10 000 euros retombant dans les poches de la sympathique Amicale des pompiers, dont une poignée d'entre eux n'hésitent pas à jouer les Chippendales pour faire monter l'ambiance et prouver que l'uniforme - ou plutôt son effeuillage - a décidément toujours la cote auprès des filles (plus de 50 % du public).

Business plan
Le solde positif de la fête sera investi, pour une petite part, dans des sorties ou du matériel de confort pour les pompiers. Le reste ? Il sera directement réinjecté dans l'organisation du prochain bal... " On cherche à faire toujours mieux d'année en année. C'est un peu idiot, mais c'est comme ça. On se doit d'en imposer à la concurrence ", glisse Sébastien Solakian.

La concurrence, justement. Pour maintenir la fréquentation et pour tenter de contrer la montée en puissance des autres casernes lyonnaises à l'occasion du 14 juillet, les pompiers de Rochat ont d'ailleurs mis en place un véritable plan de communication : "nous prenons de la pub, distribuons des flyers et collons des affiches dans toute la ville", reconnaît le responsable de l'Amicale des sapeurs. Cette année, ils ont même dégoté un partenaire média, la radio lyonnaise Hits & Sport, qui, en échange de quelques dizaines de spots, jouira d'un peu de visibilité sur le site. De la même manière, au vu du bon esprit et du succès de l'événement, entreprises et pouvoirs publics ne rechignent plus, eux aussi, à mettre la main au portefeuille, comme la banque CIC ou le Département du Rhône qui financent -certes modestement - l'événement cette année.

Plutôt malins les sapeurs lyonnais.. Mais c'est connu : pompier, bon œil.

Mat Gallet

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