Les travailleurs sans-papiers lyonnais bataillent aussi pour leur régularisation

En privilégiant la négociation.

Ils travaillent, payent leurs cotisations sociales et parfois des impôts mais n'ont pas de titre de séjour. Plutôt, ils ont produit un faux à leur employeur pour pouvoir être embauchés. Aujourd'hui, soutenus par la CGT, ces travailleurs sans papiers demandent leur régularisation à Paris comme à Lyon. Mais contrairement aux grèves qui se déroulent depuis le 15 avril en Île-de-France, une autre stratégie a été privilégiée dans le Rhône. Dans les prochains jours, une dizaine de dossiers de demande de régularisation vont être déposés à la préfecture. "Après l'affaire de Papa Chahidi*, la préfecture nous a promis d'examiner tous les dossiers de régularisation par le travail qu'on aurait à leur présenter, explique Patrick Soulinhac, du Collectif Immigration de la CGT du Rhône. On les a pris aux mots. Dans les prochaines semaines, on devrait déposer environ 25 dossiers. Si cette "négociation" n'aboutit pas, on se réserve la possibilité de faire plus de bruit. La période s'y prête..."

La négociation plutôt que la grève
Samedi 19 avril, on s'affaire au local de la CGT. Les travailleurs sans papiers, Maliens pour la plupart, finissent de constituer leur dossier : fiches de paie, contrats de travail et avis d'imposition. "J'ai payé 800 euros l'année dernière et 1700 euros l'année d'avant", précise Abdoulaye**. Ils travaillent tous dans le bâtiment, via des agences d'intérim lyonnaises, exceptés deux employés d'une entreprise de recyclage. "Les patrons savent tous qu'ils travaillent avec de faux titre de séjour mais ils laissent faire, poursuit Patrick Soulinhac. Comme ça ils peuvent les payer une misère". La grande majorité d'entre eux disent travailler depuis cinq ans mais leurs salaires ne décollent pas. "Je fais l'enrobé des routes mais pourtant sur ma fiche de paye je suis aide-maçon. Du coup, je gagne 8,5 euros de l'heure au lieu de 11,5 euros", explique Dramane.

Hypocrisie
Certains, comme Traoré, ont déjà fait des séjours au centre de rétention puis ont été libérés. Il est tout de suite retourné travailler sur le chantier. Amadou, lui, s'est fait contrôler par la police en décembre dernier : "Ils m'ont mis 48 heures en garde-à-vue puis m'ont relâché en me disant de ne plus travailler. Un mois après, mon agence d'intérim m'a rappelé et je suis retourné sur le chantier". Patrick Soulinhac ne décolère pas : "C'est une vaste hypocrisie. Les employeurs, surtout dans le BTP, ont besoin de cette main d'œuvre pour leurs chantiers. Ils le font savoir à la préfecture qui laisse faire. Les services de police savent pertinemment qu'ils travaillent tous avec de faux titres de séjour". La CGT tente aussi de séduire ces patrons pour qu'ils s'engagent par écrit à continuer à employer ces sans papiers (lire encadré). Exploiteurs ou bienfaiteurs, les employeurs lyonnais de sans papiers font profil bas : "nous ne pouvons pas savoir si un tel ou tel travaille avec des faux papiers, nous explique la gérante d'une petite agence d'intérim spécialisée dans le BTP. Depuis juillet 2007, nous transmettons tous les titres de séjour aux services de la préfecture. Depuis cette date nous n'avons eu qu'un mauvais retour. Nous supposons donc que tous les autres sont bons. Mais nous ne pouvons pas le savoir. Quant à la personne qui avait de faux papiers, nous avons immédiatement stoppé son contrat". Elle ajoute : "Il serait mieux pour tout le monde de régulariser ceux qui travaillent. Il y a de la place !" Si certains patrons appuient leurs salariés sans papiers, en remplissant des attestations, ils renâclent à le faire publiquement. On peut les comprendre : employer un étranger qui n'a pas d'autorisation de travail est passible de 15 000 euros d'amende et de cinq ans d'emprisonnement.

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