Les prisons vont-elles rester “la honte de la France” ?

On promet de faire une prison “humaine”. Les rats de Saint-Paul/Saint-Joseph et les matelas par terre vont laisser place aux douches individuelles et aux mobiliers flambants neufs. L’amélioration matérielle est nette. Pour autant, les conditions de détention n’en seront pas chamboulées : “il ne s’agit que d’un transfert”, prévient le psychiatre Pierre Lamothe, médecin-chef des prisons de Lyon. Autrement dit, on ne souffre pas uniquement de bâtiments lépreux d’un autre âge. À Corbas comme à Lyon, les détenus risquent de souffrir d’une surpopulation chronique, qui mettra nécessairement à mal tout le fonctionnement carcéral idéalement annoncé. On prévoit déjà à l’horizon 2010, 900 personnes pour 690 places dans le nouvel établissement de Corbas.

Une réforme de la condition carcérale, régulièrement réclamée, semble donc plus que jamais indispensable. Une grande loi pénitentiaire, qui instaure l’encellulement individuel, l’obtention de nouveaux droits sociaux et familiaux, est promise par chaque gouvernement. Les ministres de la Justice, Marylise Lebranchu et avant elle, Elisabeth Guigou, dans le gouvernement Jospin, ont été forcées d’y renoncer, au motif d’un “encombrement du calendrier législatif”. Et parce qu’aussi, finalement, “c’est un sujet qui n’est jamais une priorité”, concède Elisabeth Guigou. Rachida Dati tient pourtant à présenter cette loi avant son départ, prévu cet été. Mais pour nombre d’observateurs, il y a de fortes chances qu’elle soit une nouvelle fois mise au placard.
Malgré tout, si cette loi arrive un jour au parlement, elle risque fort de décevoir ceux qui l’attendaient (lire décryptage du projet de loi).

Car, la prison, qu’une loi pénitentiaire soit votée ou non, craquera toujours sous le poids de la surpopulation, alimentée par une loi pénale toujours plus encline à enfermer. Neuf lois depuis 2002, l’avalanche de sanctions des infractions et des délits (peines plancher, loi sur la récidive) remplit mécaniquement les prisons françaises. À ce rythme-là, les sociologues Jean Bérard et Gilles Chantraine prévoient même une population carcérale à 80 000 en 2017 contre 62 000 actuellement.

Il faut réfléchir à la raison pour laquelle on sanctionne pénalement une personne. Pourquoi met-on une personne en prison ? Un chauffard qui écrase un cycliste a-t-il sa place en prison ?”, interroge Jean-Marie Delarue, le contrôleur général des lieux de privation de libertés. Des réponses à ces questions, dépend en partie le traitement que l’on fera de la délinquance dans notre société.

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