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© Tim Douet

Les jeunes de Perrache découvrent la vie à la Confluence

AS Confluence montage ()

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REPORTAGE – Ils étaient “les jeunes de Perrache”, quartier oublié derrière les voûtes. La transformation de la Confluence a fait naître chez eux de grands espoirs, qui ne sont pas toujours au rendez-vous. Rencontre au club de foot de l’AS Confluence.

Akim Abassi, le président de l'AS Confluence © Tim Douet

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Au fil des travaux, le stade Sonny-Anderson du quai Rambaud s’est retrouvé entouré par les résidences à l’architecture contemporaine, habitées notamment par un certain Anthony Reveillère ou son ex-collègue de l’OL Sydney Govou. L’AS Confluence, dont c’est le fief, ne démérite pas de ce voisinage. Créée en 2006, alors même que débutaient les constructions dans le nouveau quartier vitrine de Lyon, elle a vu son équipe fanion atteindre en octobre dernier le cinquième tour de la coupe de France. Un véritable exploit pour cette formation qui est montée cette saison en première division de district.

Son entraîneur, Toufic Aimeur, 29 ans, a vu, comme les 45 licenciés et 130 autres adhérents, “les grues s’élever au-dessus de [sa] tête, pour construire un rêve… auquel tout le monde n’a pas forcément accès”. Une analyse que partage le président du club, Akim Abassi, 32 ans, qui regrette que les jeunes du quartier “n’[aient] pas bénéficié de l’émergence de la Confluence, une chance indéniable, pour trouver un emploi au moment des travaux, même précaire”.

Les entreprises montrées du doigt

Quartier Confluence, non loin du stade Sonny-Anderson © Tim Douet

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Les entreprises avaient pourtant pour obligation de solliciter une main-d’œuvre qualifiée à hauteur de 5 % parmi les jeunes de ce quartier où les moins de 25 ans représentent 14 % des demandeurs d’emploi. Elles n’auraient pas joué le jeu, d’après Christophe Limousin, l’adjoint (MPF) à la jeunesse et aux sports du 2e arrondissement. L’élu dénonce une promesse non tenue et suggère une commission d’enquête au niveau de la Ville de Lyon. La problématique se situe aussi selon lui au niveau de la vie associative : “On a construit 25 % de logements sociaux sans structures de loisirs ou d’animation pour les jeunes du 2e. Pour atteindre le rayonnement international, il faut penser à être une référence sociale !” souligne-t-il.

Certains espaces dédiés à la jeunesse ne sont plus que des mirages, telle la MJC située à côté de la patinoire Charlemagne, détruite en 2005. À l’ADSEA69, les appréhensions de Bernard Reynaud sont surtout engendrées par la cohabitation des jeunes avec une nouvelle population. “Il apparaît chez eux un sentiment partagé entre la fierté d’habiter à proximité de la vitrine médiatisée et la peur de perte d’identité perrachoise, explique l’éducateur spécialisé, intervenant dans l’accompagnement personnel et professionnel de 180 jeunes du secteur. Ils ont observé les enjeux avec leurs nouveaux voisins. Leur curiosité légitime pour découvrir ce nouveau territoire s’est confrontée à des attitudes de crainte des arrivants.”

Difficile cohabitation au centre commercial

L’ouverture du centre commercial Confluence et ses 106 enseignes, en avril 2012, aurait pu être une aubaine : 800 postes étaient proposés en partenariat avec Pôle Emploi. Pourtant, de l’avis même d’un directeur de magasin, Rodolphe Brondy (Joué Club), on retrouve “peu de jeunes de Perrache” parmi les employés. Ce qu’il explique par “un manque de motivation de leur part”, assurant qu’il n’y a pas eu “de critères de recrutement spécifiques”.

Le CDI qu’a signé Imane Nehidi, 19 ans, avec cette enseigne via Pôle Emploi semble confirmer les propos de son directeur. Mais elle a depuis démissionné : “C’était trop select. J’ai trouvé les supérieurs trop exigeants et ils n’appréciaient pas le fait que je connaisse les gens du quartier.”

La clientèle du magasin n’est pas plus issue du quartier : Rodolphe Brondy la qualifie de plutôt aisée, habitant le Sud ou l’Ouest lyonnais. Il ne s’explique pas la réticence des consommateurs locaux.

Nadir Letim, coach de l'équipe réserve © Tim Douet

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Nadir Letim, 39 ans, embauché en 2009 comme responsable de salle au restaurant Rue Le Bec, à deux pas du centre commercial, est moins critique. Il qualifie ses relations avec Nicolas Le Bec, l’ex-patron de cet établissement à la clientèle très aisée issue des entreprises alentour (groupe Cardinal…), de fraternelles. Depuis le rachat du restaurant, en 2012, par Les Salins, sa situation professionnelle est au point mort, mais il considère qu’il “fait partie de ceux qui ont finalement profité de la transformation” : “Elle m’a aussi ramené vers mes amis et le club de mon cœur, dont je m’occupe activement”, se réjouit Nadir, désormais coach de l’équipe réserve de l’AS Confluence.

Le sport, plus ouvert à la mixité

Le club de football n’est pas le seul à attirer les jeunes sportifs du quartier. Avec plus de 3 500 adhérents, le Fitness Park by Moving fait l’unanimité. Derrière ses baies vitrées qui dominent le bassin aquatique, les jeunes de Perrache et même des autres banlieues lyonnaises côtoient harmonieusement les cadres australiens ou anglais. Une mixité qui n’est pas que sociale, les femmes constituant 40 % de la clientèle.

Gaetan Scalesi, 28 ans, qui vit depuis toujours cours Charlemagne, profite de cette nouvelle accessibilité et apprécie “de ne pas avoir à chercher une salle dans un autre quartier”. “D’autant qu’échanger avec des gens issus de tous les horizons dans un tel cadre, ça crée des liens plus forts”, se réjouit-il.

Jean François Gallardo, codirecteur de la salle de sport, se félicite de cette dynamique engendrée par la mixité sociale : “Ils s’y retrouvent parce qu’ils n’ont pas l’impression d’être rejetés ou perçus d’une autre manière. La peur de Perrache et de ses anciens clichés semble s’être atténuée”, affirme-t-il. À l’extrémité de la Presqu’île, une prise de conscience serait-elle en train de voir le jour par le sport ?

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* Association départementale pour la sauvegarde de l’enfance, de l’adolescence et de l’adulte.

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