Philippe Barbarin au tribunal le 7 janvier 2019 © Jeff Pachoud / AFP
Philippe Barbarin au tribunal le 7 janvier 2019 © Jeff Pachoud / AFP

Démission Barbarin : “Depuis 2014, il n’y a eu que des occasions manquées”

Alexandre Hezez, membre de La Parole Libérée, est celui par lequel l’affaire Barbarin a commencé, en 2015. C’est sur la base des faits qu’il a communiqués au diocèse de Lyon et au cardinal Barbarin que l’archevêque a été condamné, le 7 mars, à 6 mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’agression sexuelle sur les victimes du père Preynat.

Lyon Capitale : Comment avez-vous reçu la décision du pape François de ne pas accepter la démission du cardinal Barbarin ?

Alexandre Hezez : Ça ne m’a pas vraiment surpris. Le pape fait absolument ce qu’il veut, c’est son institution, même si c’est certainement dommage pour cette dernière. Je trouve tout de même que le fonctionnement de l’Église est assez particulier, notamment sur sa gouvernance. Parce que le cardinal avait dit que, quoi qu’il arrive, il allait démissionner. Visiblement, soit c’était un mensonge, soit c’est une institution qui ne donne aucune liberté. Il est d’ailleurs assez pathétique que ce soit ses avocats de la justice ordinaire qui aient produit un dossier pour le pape afin qu’il n’accepte pas cette démission.

Le pape a rappelé plusieurs fois le principe de “tolérance zéro”. Sa décision vous étonne ?

La tolérance zéro, c’est toujours la même chose. Barbarin disait en 2010 dans des articles que pédophilie et prêtrise étaient incompatibles. Le pape en parle depuis de nombreuses années, de la tolérance zéro, mais il ne met pas en accord ses discours avec les faits. C’est facile de faire des discours sophistiques.

Le choix du pape affaiblit-il de fait le diocèse de Lyon ?

Il y a toujours une cour, mais les mentalités changent chez les prêtres, et les fidèles. Barbarin focalise l’attention parce que, ce qui est mis en cause, c’est la responsabilité du responsable du diocèse. Malheureusement, j’ai l’impression qu’il voit plus cela comme un chemin de croix, une épreuve, que comme une responsabilité. Il est dans une vision quasi mystique de ce qu’il se passe. Cela montre que dans cette institution il y a une personnalisation à l’extrême de certains membres stars. C’est un vrai sujet dans la communauté. Les veaux d’or, c’est terminé. Le cardinal Barbarin n’est pas plus important qu’un autre et personne n’est indispensable dans l’Église.

Par sa décision, le pape a-t-il accentué ou sanctifié le fait qu’il faille absolument conserver des “stars” dans l’Église ?

Je ne sais pas, mais cette starification dans la communauté et ce besoin d’avoir un guide me questionnent. Quelle image le cardinal a donnée avec ses avocats qui insultent des victimes, ses déclarations contradictoires, ses équipes de communication de crise ? Il y a beaucoup de clercs formidables qui seraient capables d’avoir son poste.

Est-ce pour vous une occasion manquée de faire émerger un autre fonctionnement dans l’Église ?

Depuis 2014, il n’y a eu que des occasions manquées. Ce n’est que dans la continuité de ce qu’il se passe depuis cinq ans, depuis quarante ans, depuis cent ans. C’est une nouvelle marche que l’on descend. Ça montre aussi que ces hommes de pouvoir, finalement, quand ils sont mis face à leurs responsabilités, disent qu’ils n’en ont pas. C’était ça, le procès : montrer qu’il y a une contradiction permanente chez ces responsables religieux. Au-delà de Barbarin, le sujet, c’est bien le fonctionnement de l’Église. Parce que depuis 2015 on a écrit plusieurs fois au pape pour faire appel à lui.

Avez-vous eu des réponses personnelles de Rome autres que via le diocèse ?

Non, jamais. C’est pour ça que je pense que des personnes dans la communauté doivent prendre le relais pour que ça change. Et on sent que cela est possible. Parce que cette affaire et toutes les autres ont créé une prise de conscience dans l’Église et dans la société sur ce fléau qu’est la pédophilie. La plus grande victoire pour nous, c’est que le sujet de la violence sexuelle sur les enfants soit mis sur le devant de la scène. Si on a pu sauver rien qu’une personne, c’est déjà ça. Et si de son côté l’Église choisit de rester dans l’entre-soi, avec une cour de fidèles, on ne peut pas faire grand-chose. Nous ne sommes que des petits individus.

Lyon  : le pape refuse la démission du cardinal Barbarin

à lire également
école
Les élèves français sont de moins en moins bons en orthographe. Si certains ont tendance à banaliser, arguant que "tout le monde fait des fautes", les parents s’inquiètent. D’où vient cette baisse de niveau ? Comment y remédier et réconcilier les jeunes avec la langue de Molière ?
d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut