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Christelle Gallet pendant le démantèlement de la boutique DPAM

Ouverture de la boutique Free à Lyon : l’amertume des salariés de DPAM

Le magasin Du Pareil Au Même de la rue de la Barre (Lyon 2e) a cédé sa place au projet d’une boutique Free. Les salariés de l’enseigne de vêtements pour enfants dénoncent le démantèlement d’un magasin rentable et les conditions de leur licenciement. Lyon Capitale a rencontré Christelle Gallet, ex-vendeuse et pasionaria qui a “tenu le trottoir tout l’été” pour embarquer les clients du magasin dans une dernière bataille, “menée par fierté”.

Portrait – Sur son briquet, un portrait sérigraphié de Bruce Lee, acteur mythique et champion de kung-fu. "Je l'ai mis aussi comme photo sur mon compte Facebook, rigole Christelle Gallet, pour montrer à tous que je suis en mode combat." Mais c'est plutôt avec l'aventurière Lara Croft (une autre de ses références du moment) que l'on pourrait trouver des similitudes à cette quinqua énergique, qui "n'a rien lâché" depuis son licenciement de la boutique DPAM après vingt-quatre ans de bons et loyaux services.

En mai dernier, le directeur régional du groupe DPAM annonce la liquidation du magasin. Les cinq employés de la boutique de la Presqu'île apprennent que le commerce est vendu au groupe de téléphonie Free, qui projette d'ouvrir son premier “center” à Lyon. Une cession juteuse, annoncée à 2 millions d'euros à certains salariés par le groupe de textile, qui est à la recherche de cash. "C'est un prix démesuré", selon le responsable d'une société immobilière lyonnaise spécialisée dans la vente de commerces : "Nous avions estimé la valeur du pas-de-porte à moins de 900 000 euros, ce qui est déjà un prix très important pour cette surface."

Il faut dire que l'acheteur n'est pas n'importe qui. L'opérateur de téléphonie Free est à la recherche depuis quelques années d'une vitrine en Presqu'île, et la proximité immédiate (en face) du projet de l'Hôtel-Dieu a fait grimper la valeur des locaux commerciaux de la rue de la Barre.

“Elle a habillé tous les enfants de la Presqu’île”

Christelle Gallet veut nous parler des messages de soutien de ses clientes, les encouragements, les enfants qui sont venus dire au revoir à "celle qui a habillé tous les mômes de la Presqu'île"... Au café où nous la rencontrons, de nombreux passants s'arrêtent, la reconnaissent. Elle nous raconte, amère, les heures à s'accrocher devant le trottoir du magasin avant l'été, pendant que les ouvriers s'affairaient à le démanteler.

"À ce moment-là, je n'étais pas encore licenciée, alors je suis venue quand même, pour être à mon poste." Elle dénonce les méthodes de la direction, qu'elle juge humainement déplorables : "Nous avons appris la fermeture du magasin juste quelques semaines avant qu'il soit démonté. Pourtant, en 2013, un journaliste nous avait bien appelés pour se renseigner sur la cession du magasin à Free. La direction nous avait assuré à ce moment-là que c'était faux et que nous ne fermerions pas." Photocopie du bilan comptable à l'appui, elle nous assure que "la boutique marchait très bien, elle était rentable".*

Happenings sur le trottoir

Elle regrette "ces salariés qui perdent leur job sans broncher". Alors, cet été, Christelle Gallet a décidé de rendre visible son combat. Elle organise de véritables happenings sur le trottoir. Les passants la voient s'allonger à terre, elle demande à ce que l'on dessine des silhouettes à la craie autour d'elle, comme pour fixer une scène de crime.

Elle se prend en photo, organise une forme de résistance passive devant le chantier, sympathise avec les ouvriers qui comprennent son entêtement. Ses clientes, qui la reconnaissent, s'arrêtent. Anne-Marie, une habituée de l'enseigne qui travaille à deux pas de la boutique, témoigne : "Je connaissais Christelle, pour être venue régulièrement habiller ma fille chez DPAM. Du coup, je suis revenue tous les jours la soutenir en sortant de mon bureau. On discutait devant la boutique. C'était toujours dans la bonne humeur, mais il faut reconnaître que c'est quelqu'un qui ne lâche pas le morceau !" Une autre cliente se rappelle de son zèle à '"rameuter" ses clientes pour bénéficier des bonnes affaires le jour de la liquidation, malgré son licenciement. "Un réflexe, sourit-elle. On a fait 82 000 euros de chiffre cette semaine-là !"

Le 24 juin, Christelle fait venir l'inspectrice du travail, qui constate, au milieu des gravats, l'impossibilité pour les salariés de travailler dans de bonnes conditions.

Sur le fond, elle conteste son licenciement pour refus de reclassement. "Qu'est-ce que vous voulez que j'aille faire à Thionville ou alors avec un contrat de dix heures par semaine au smic ?" dit-elle, un brin dépitée, égrenant les propositions "indécentes" de son employeur.

Elle mène la fronde. Ses collègues, qui au début hésitaient à batailler, sont convaincus par sa détermination. Car Christelle Gallet n'est pas de celles qui abandonnent. "Cette boutique, c'est plus de vingt ans de ma vie, je ne peux pas me laisser traiter de la sorte, c'est une question de respect de soi."

Les salariés la suivent et constituent un dossier juridique pour faire valoir leurs droits. Prochaine étape, aux prud'hommes, en décembre 2016.

* La direction de DPAM n'a pas souhaité répondre à nos questions.

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