Brun, c’est tendance

Époque pénible, propice à fabriquer les extrémistes, à caresser les extrémismes… Aujourd’hui, ça pue sur les trottoirs, dans les bistros, dans les consciences, une mauvaise odeur qui court les dîners en ville comme les tribunes de football. Allez la France ! Allez la France !… Mélangeons du bleu, du blanc et du rouge et le brun fera, sans aucun doute, la couleur des défilés de printemps !

Même les gens bien-nés – intellectuellement parlant, on se comprend ! – se lâchent. Chacun se trouve, en permanence, confronté à ses limites. Tout est propice au pétage de plombs… Chacun sa faiblesse, ses faiblesses, sa tentation du mal… La peste brune rôde, bienvenue chez nous !

L’éducation, les bonnes manières, la tradition, le siècle des Lumières…, tout cela craque comme un vernis trop chaud ou s’écrase comme un fruit trop mûr sous l’effet d’une crise rampante et répétitive. Chacun ses phobies : pas plus loin qu’il y a deux heures j’ai maudit l’ensemble de la communauté rom au prétexte que des gamins dépenaillés se sont précipités pour la troisième fois du jour sur mon pare-brise pour y enlever des chiures de mouche qui n’existaient que dans leur imagination. Malheureusement pour moi, ma fille n’a pas enregistré le tombereau d’injures que je me suis permis d’éructer ; cela m’aurait fait du bien de me réécouter dans le calme de mon foyer… Nous sommes tous des fascistes en puissance et il faut sans cesse, dans ces temps difficiles, se remémorer qu’un jour sinistre de braves Allemands se sont pris d’empathie pour les discours haineux de leur “conducteur”. Comme si la haine de l’autre pouvait accoucher d’une solution constructive…

Je suis devant mon écran et j’assiste, incrédule, à la rediffusion en boucle de ces deux mômes de moins de 10 ans qui insultent, tranquillement, mécaniquement Mme Taubira, avec le slogan haineux mais joyeux appris autour de la table familiale… C’est à pleurer ! Pauvres gens… Quatre-vingts ans d’école publique ne leur ont rien appris, quatre-vingts ans de socialisme “tranquille” qui n’ont servi à rien… Eh oui, nous aurions dû nous faire à l’idée que le socialisme concret est une belle invention française – en provenance de Lyon, là où les ouvriers de la soie, les canuts, ont défié collectivement donc, pour la première fois, les exploiteurs de l’époque. Le film que Costa-Gavras aurait dû faire. Le reste a suivi : les congés payés, la Sécurité sociale, l’État laïc, l’Éducation nationale, les services publics, la Banque de France, une idée de l’Europe, de la décolonisation, des droits de l’homme, que sais-je ? Mais, bon sang, quelle belle idée du monde et de la société !

La vie n’est qu’un éternel recommencement, ce que l’on croyait acquis ne l’est pas. Nous repartons de zéro. 2014, année zéro. Les loups sont à la porte du Capitole et notre “politiquement correct”, ce tigre de papier, va voler en éclats ! Les Trente Glorieuses ont accouché d’une éducation bâclée et d’une mise en orbite des egos, “I, me and myself*. La fraternité et l’égalité ne soutiennent plus le temple, et la liberté va se casser le museau…

Par bonheur, en France, tout finit par des chansons. “Qu’un sang impur abreuve nos sillons…” Nous y sommes, mais le sang impur sera le nôtre, vous savez, celui du genre humain.

* Je, moi et moi-même.

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