Dossier Foot : “Le dopage est consubstantiel au sport de haut niveau”

Jean-François Bourg est économiste du sport et chercheur au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges. Selon lui, le dopage est une réalité “massive” dans le monde du football.

Lyon Capitale : Selon les chiffres des contrôles antidopage, il n’y aurait que très peu de cas de dopage dans le football.

Jean-François Bourg : Je n’en crois pas un mot, c’est une grande farce. On a de multiples témoignages de médecins mais aussi de magistrats, qui prouvent le contraire. Les joueurs de l’équipe de France, Deschamps ou Zidane, qui sont tous passés par la Juventus de Turin et des clubs italiens, ont eu des taux d’hématocrite très élevés, qui révèlent une prise d’EPO. On ne veut pas voir la vérité, mais c’est un problème qui concerne tous les sportifs professionnels français, on ne s’interroge pas sur les nageurs non plus. En foot, c’est un vrai tabou, surtout depuis la coupe du monde 98 remportée par les Bleus. On nous explique que, sous prétexte que le foot est un sport collectif, il n’est quasiment pas touché par le dopage : c’est scandaleusement faux. Tous les plus grands spécialistes du dopage le confirment : il y a bien évidemment du dopage massif dans le football, on a des produits différents selon les disciplines sportives mais aussi selon le poste que l’on a dans cette même discipline. Un gardien de but ne prendra pas les mêmes produits qu’un attaquant.

Que faire alors pour révéler le dopage dans le football ?

Il faut multiplier les contrôles inopinés, car souvent le sportif est prévenu, il faut davantage de contrôles et de mesures, des examens et une traçabilité des produits pharmaceutiques. Mais cela supposerait une volonté de la part du sportif et du politique. Les deux n’ont de toute façon pas intérêt à dévaloriser commercialement le sport. Pour les États, on l’a bien vu à Pékin, le sport rapporte des médailles et peut montrer la supériorité d’un pays, d’un régime politique et d’un système économique. Le contrôle du dopage a pour seul effet de faire croire qu’on pourchasse les tricheurs, et de temps en temps on en prend quelques-uns pour crédibiliser cette pub-là, mais c’est une grande hypocrisie.

Selon vous, il y a un manque de volontarisme politique en la matière ?

Je ne vois pas comment on peut faire confiance à nos ministres, anciens sportifs eux-mêmes qui se sont pour la plupart dopés. Seule Marie-George Buffet a été admirable, mais elle a dû arrêter sa campagne anti-dopage, notamment juste avant la coupe du monde en France. Elle a voulu faire des contrôles inopinés lors d’un stage de préparation des Bleus, ce qui avait fortement énervé Aimé Jacquet. Mais on a aussi des Maurice Herzog, qui a été membre du CIO (comité international olympique) : il a donné son nom a une loi anti-dopage mais lui-même se “chargeait” pour pouvoir faire la conquête du 8000 mètres. C’est la formidable ambiguïté.

Course à la performance et dopage ne vont-ils pas forcément de pair ?

Mais ce n’est pas anormal que le sportif se dope, parce qu’il veut faire son métier, et qu’il a peu de temps pour ça. S’il n’en profite pas sur les cinq ou dix ans qu’il a devant lui, il n’y arrivera pas. Le discours moralisateur de la santé et des risques de maladies et de mort ne fonctionne pas sur un jeune de vingt ans. S’il ne se dope pas, il sera à la traîne par rapport à ses concurrents. Le dopage est consubstantiel au sport de haut niveau.

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