LES TRADITIONALISTES LYONNAIS A LA FETE

Dimanche matin, au lendemain de la décision de Benoît XVI de libéraliser la messe en latin, c'est jour de grand-messe sous les croisés d'ogives de l'église traditionaliste Saint-Georges. La faible lumière du matin pluvieux filtre à travers les vitraux, éclairant les volutes d'encens qui flottent autour de l'autel au son des chants grégoriens et des prières en latin. Sur les bancs de bois, c'est pantalon à pinces, mocassins à glands, chemise à carreaux et pull sur les épaules pour Monsieur, chemisier, serre-tête et jupe sage pour Madame. La moyenne d'âge est étonnamment jeune, notamment grâce à de très jeunes enfants qui gambadent partout et dont les babillements brisent le fervent murmure du prêtre, dos aux fidèles. Sur les côtés de la nef, des panneaux d'information anti-IVG appellent à des rassemblements devant l'Hôtel-Dieu.

Après un sermon édifiant sur "le péché mortel" commis par les catholiques qui ne vont pas à la messe le dimanche, le prètre enchaîne sur la libéralisation de la messe en latin : "Nous pouvons rendre grâce à Dieu et prier pour tous les pasteurs de l'Eglise : le souverain pontife, qui a eu le courage de prendre sa décision, et les évêques afin qu'ils puissent mener dans les meilleurs des conditions ce qui servira au mieux à la gloire de Dieu et au salut de tous les Chrétiens." Le triomphe est modeste, on manie aussi bien l'euphémisme que le goupillon et les déclinaisons latines dans cette paroisse traditionaliste du 5e arrondissement.
A la sortie de la messe, le soleil est revenu et le Motu Proprio fait parler de lui. "C'est une reconnaissance par l'Eglise de la tradition et de la richesse de la liturgie tridentine* donc pour nous c'est une grande joie," selon Pierre, père de famille : "ça ouvre l'Eglise à la découverte de ce rite à la fois très ancien, très riche et tout à fait actuel." Même son de cloche chez François, jeune servant de messe en aube blanche. "Venez essayer, venez voir. Il faut quelques explications au départ parce que pour les gens qui connaissent pas, ça peut paraître un peu bizarre" explique-t-il.

Pour Marie-Claude, bientôt 70 ans, c'est avant tout un choix stratégique : "La chrétienté est quand même menacée par l'Islam, faut pas se voiler la face. Il faut donc s'ouvrir à toutes les églises chrétiennes. On peut penser différemment et s'entendre, dans une famille." Marie Claude enchaîne, "un retour aux sources n'a rien de répréhensible... Cela reviendrait à appeler passéiste quelqu'un qui se meublerait avec des meubles Louis XV." Jacques, un de ses amis, l'interrompt : "J'étais en Pologne pour le jour de la Fête-Dieu, nous sommes allé à la messe, il y avait beaucoup de touristes, des Allemands, des Anglais, des Américains. Tout le service a été en polonais, on aurait pu rester dehors, " raconte-t-il. "A notre époque où il y a une espèce de mondialisation, plus ou moins regrettable mais qui est bien là, il faut quand même une langue commune." Une langue commune qui n'a qu'un seul défaut... c'est une langue morte.
* Rite précédant le concile Vatican II (1962-1965), établi au Concile de Trente (1545-1563).

La victoire des "tradis" fait peur
"Les traditionalistes ont gagné. Ils sont dans la place (...). Demain ils domineront l'épiscopat français." Dans un édito, Témoignage Chrétien s'inquiète de leur "regard sur le monde extérieur" et leur rejet de l'œcuménisme, du dialogue interreligieux... Il finit en souhaitant bonne chance à ceux qui "comme TC" vont résister. Mêmes craintes chez Golias, "l'empêcheur de croire en rond", qui résume : "Remplacer Madonna par Chopin dans des discothèques contribuerait plus à les vider qu'à les remplir."

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