mont Blanc

Accidents du mont Blanc : “L’État a une responsabilité”

Le maire et conseiller général de Saint-Gervais-les-Bains, Jean-Marc Peillex, a déposé plainte, lundi 28 juillet, pour mise en danger de la vie d’autrui commise par un alpiniste américain lors d’une tentative d’ascension du mont Blanc en compagnie de ses enfants âgés de 9 et 11 ans. Il dénonce le business autour du mont Blanc, dont l’État est complice selon lui, et met en cause la responsabilité de ce dernier. Entretien.

La chute des deux enfants dans le couloir du Goûter, emporté par une avalanche.

Capture d'écran chaîne ABC

Lyon Capitale : Monsieur le maire, pourquoi avoir porté plainte contre Patrick Sweeney, cet Américain qui a voulu faire l’ascension du mont Blanc avec ses deux enfants de 9 et 11 ans, tous trois ayant échappé de peu à une avalanche ?

Jean-Marc Peillex : Si on ne fait que pousser des coups de gueule, ça ne fait que valoriser ceux contre qui ces coups de gueule sont destinés. Il n'y a qu'à surfer sur Internet pour voir comment Patrick Sweeney a fait le tour du monde : on n'a jamais autant parlé de lui.

Si on s'arrête à cela, on fait un coup médiatique – je n'ai en pas besoin. Il y a un moment où il faut rappeler aux gens que le mont Blanc n'est pas un jeu ! Le mont Blanc n'est pas un parc d'attraction ! On est arrivé à une limite ! Cette limite doit être sanctionnée. Je l'ai fait par un dépôt de plainte.

Cela veut-il dire que désormais vous porterez systématiquement plainte dès que vous jugerez qu’il y a danger ?

Exactement. Je ne laisserai plus rien passer ! Je porterai plainte à chaque fois qu'il y aura une mise en danger de la vie d'autrui. Mais je sais pertinemment que la plainte n'a que très peu de chances d'aboutir, car, s'il y a véritablement eu mise en danger, ça a été sans conséquence. Le point positif – et à travers ça l'objectif que je recherchais – c'était de dire aux gens : regardez, désormais une plainte sera déposée au pénal contre quiconque fera n'importe quoi en tentant l'ascension du mont Blanc.

Le couloir du Goûter (3 340 mètres)@ Fondation Petzl

Le couloir du Goûter (3 340 mètres)@ Fondation Petzl

“Il va falloir mettre des règles sur le mont Blanc !”

Peut-on instaurer des règles sur le mont Blanc ?

Aucun texte, aujourd'hui, ne prévoit de règlement. La montagne est un espace de liberté. Tout le monde nous fait la morale sur le mont Blanc, qui appartient à tous. Quand on est dans les calanques, dès que vous faites un feu, trois camions de CRS débarquent ; dans les gorges de l'Ardèche, l'État conduit une politique de réglementation ; dans certains parcs américains, on vous demande de revenir avec vos excréments. Sur le mont Blanc, rien ! Avant, le mont Blanc, c'était à la fois la nature et le bon sens paysan. Comme on a transformé le mont Blanc en parcours urbain, en attraction, il faut mettre des règles. C'est la carotte et le bâton, surtout le bâton d'ailleurs.

Selon vous, l’État a donc une responsabilité dans ces accidents ?

Il y a quelques années, j'ai eu un tilt. J'ai enterré un alpiniste sous X. On ne connaissait rien de lui. J'ai assisté à la mise en bière, fait venir un curé, acheté des fleurs... Même quelqu'un que vous ne connaissez pas, ça vous marque à vie. Ces deux gamins de 9 et 11 ans auraient pu mourir, leur père avec ! J'en ai ras le bol de ces tartuffes ! Ma démarche est donc double : d'une part, interdire à tous ces rigolos de faire n'importe quoi ; d'autre part, contraindre l'État et les responsables à réfléchir afin d'adapter nos règles aux comportements, et pas simplement constater que les comportements changent. L'État est inerte, c'est scandaleux. L'État a donc une responsabilité dans ces accidents. Je demande à François Hollande qu'il y ait un débat, une réflexion sérieuse autour de la sécurité et des règles sur le mont Blanc.

“Il y a un business énorme autour du mont Blanc – et l’État est à la caisse”

Mais le massif du Mont-Blanc est classé site naturel...

Oui, et c'est l'État qui l'a classé, dans les années 60. On ne peut rien faire. Pour bouger le moindre caillou, c'est quasi impossible. Alors, imaginez pour instaurer un règlement pour l'ascension du mont Blanc ! Le paradoxe, c'est qu'on autorise un concert de Zaz au sommet du mont Blanc pour la marque Mammut ou une bande de rigolos à installer un Jacuzzi à 4 800 mètres ! L'État doit aujourd'hui se poser des questions. En fait, ce n'est qu'une question de gros sous. Il y a un business énorme autour du mont Blanc. Et l'État est à la caisse. Certains pensent que, si on réglemente, on tuera la poule aux œufs d'or. C'est tout l'inverse ! Ce qui est rare est recherché et attire.

L’alpiniste américain était équipé d’une caméra embarquée. Il a filmé la coulée de neige qui a manqué d’emporter ses enfants. La chaîne américaine ABC, à qui Patrick Sweeney a envoyé la vidéo, devait-elle diffuser le document ?

Non ! Un média ne doit pas diffuser ce genre de vidéo ! Mais les médias subissent la politique des patrons de presse, qui cherchent de l'audimat à tout prix. Ceux qui regardent sont aussi coupables. Aujourd'hui, on aime le sordide. On se complaît sur des images de cadavres en Israël et dans la bande de Gaza. C'est monstrueux. Il y a donc une responsabilité collective.

Repères

77 morts en 22 ans

17 000 alpinistes tentent la conquête du "toit de l'Europe" (4 810 m) chaque année. Selon la fondation Petzl, entre 1990 et 2012, 77 alpinistes sont morts entre les refuges de Tête-Rousse et du Goûter, dont une grande partie dans le couloir du Goûter (3 340 m).
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