À quoi ressemble le quotidien de ceux qui prévoient le temps qu’il fera demain ? À Bron, les équipes de Météo-France surveillent l’atmosphère en continu, croisent des millions de données et arbitrent entre les scénarios produits par les modèles numériques. Reportage dans les coulisses de la prévision météorologique.
Il est 14 h au centre de Météo-France à Bron, à deux pas de l’aéroport. Dans la salle de prévision, l’atmosphère est étrangement calme, presque tamisée, contrastant avec l’effervescence des 42 millions de données qui transitent ici chaque jour sur les six écrans dont dispose chaque bureau. “Il y a tellement d’informations que l’on doit diviser les écrans en quatre, et même nos ordinateurs peinent parfois à tout afficher”, rapportent les prévisionnistes. Dehors, le ciel lyonnais menace. Un orage se prépare au nord des monts d’Or. Immédiatement, les équipes s’activent pour mettre à jour les prévisions.
Au “cœur du réacteur”, la surveillance du ciel ne s’interrompt jamais. Jour et nuit, les chefs prévisionnistes régionaux (CPR) se relaient par vacations de douze heures. Leur mission : analyser les modèles mathématiques, confronter les différents scénarios et produire la prévision la plus fiable possible. En dernière instance, ce sont eux qui arbitrent et valident les informations fournies par les machines. Malgré la tension créée par l’alerte, l’ambiance reste détendue : “Notre rôle est principalement de dégrossir les modèles en profondeur que nous envoie le service national, basé à Toulouse”, explique Matthias Letillois, chef prévisionniste régional, en poste le jour de notre venue. Autour de lui, les “météorologistes conseil” sont chargés de produire des bulletins adaptés aux clients, principalement des collectivités et de grandes entreprises. “Concrètement, nous leur envoyons un bulletin global qui résume la situation du moment sur leur zone ainsi qu’un document sous forme de cases colorées qui permet, pour des seuils bien précis, de déclencher des alarmes ou non”, expliquent les équipes.
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Le site de Lyon-Bron compte une soixantaine de personnes, dont douze chefs prévisionnistes et une vingtaine de météorologistes, les autres étant dédiés à la maintenance et aux services supports. À l’échelle nationale, Météo-France emploie environ 2 600 personnes, pour un budget de 415 millions d’euros, principalement financé par l’État et la redevance aérienne versée par les aéroports. 10 % proviennent de recettes commerciales.
De l’humain et des machines
“Pour savoir le temps qu’il fera sur la place Bellecour, il faut d’abord savoir celui qu’il fait à l’autre bout du monde”, résume Gabriel Chantrel, prévisionniste depuis dix ans à Météo-France. La veille repose sur un vaste réseau d’observations. Parmi les trente-neuf radars météorologiques déployés sur le territoire national, le plus proche de Lyon se situe sur le site de Moucherotte (Vercors), perché au-dessus de Grenoble. Ces équipements balaient l’atmosphère à l’aide d’ondes électromagnétiques afin de mesurer l’intensité et la nature des précipitations dans le ciel en temps réel.
À 36 000 kilomètres d’altitude, les satellites produisent aussi des images permettant d’identifier les signes précurseurs des orages les plus violents grâce à l’observation de structures nuageuses caractéristiques. À eux seuls, ces outils fournissent près de 90 % des observations quotidiennes. Le reste provient des outils des stations météo répartis sur le territoire.
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Ces données brutes sont ensuite transformées en prévisions grâce à “Belenos” et “Taranis”, les supercalculateurs de Météo-France (50 000 fois plus puissants qu’un ordinateur individuel) installés à Toulouse, qui réalisent jusqu’à 21 millions de milliards d’opérations par seconde. Les prévisionnistes utilisent différents modèles de calculs, capables pour certains d’avoir des prévisions à deux jours au kilomètre près, et d’autres jusqu’à plus de quinze jours mais moins précis sur la carte (10 kilomètres près). Pour affiner ces pronostics, les machines livrent plusieurs centaines de scénarios probables que les experts comparent toutes les trois à six heures afin d’identifier les trajectoires les plus fiables.
Mais la technologie a aussi ses limites. “L’humain demeure essentiel. Chaque modèle de prévisions a ses biais, ses défauts. Cette connaissance, doublée à notre expertise scientifique, permet ensuite d’être au plus juste. On fait alliance avec les outils. Ici on parle même d’intimité avec nos outils”, explique Anne Charlat, prévisionniste.
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